vendredi 27 juillet
En vacances
Pour un très long mois !
Je retrouve mes paysages du Sud, j'emmagasine plein de soleil et de souvenirs !
Je tiens à cette longue coupure, j'ai toujours un peu vécu sur un rythme scolaire ! Pour moi l'année ne finit pas le 31 décembre et ne commence pas le 1 janvier. Elle se termine fin juin et recommence le 1er septembre. Même si ça fait des siècles que je n'ai pas pris deux mois de vacances, mon grand rêve !
Bien sûr beaucoup me disent : mais ce n'est pas trop long, tu ne t'ennuie jamais ? Je mentirais si je disais que je m'amuse 24 h sur 24 h et que je suis au top tous les jours !
Bien sûr il y a des temps morts, des après midi qui se traînent. On ne peut pas sortir tous les soirs faute de sous !
Mais j'aime bien ce rythme. Les soirées à rester longtemps dehors ou à jouer aux cartes. Les matinées à prendre dix cafés parce qu'on en reprend un chaque fois qu'un nouveau venu se lève pour déjeuner. Se rendre compte qu'il est midi et que je n'ai même pas fait mon lit !
Parce que même les fois où je m'ennuie je me dis que je décompresse. Parce que là j'oublie mon compte en banque, les factures, les soucis qui m'attendent à la rentrée (il y a en a toujours un peu, une nouvelle école pour une des filles etc...).
C'est une grande parenthèse et ça fait du bien. Quand je reviens j'ai le cafard pendant au moins un mois. Je me demande comment je pourrais changer de vie, pourquoi je ne gagne pas au loto, pourquoi je ne peux pas aller vivre au soleil et qu'est ce que je pourrais bien faire pour arrêter de travailler.
Je n'ai toujours pas trouvé la solution !
mardi 24 juillet
L'âge adulte
Un jour, il y a longtemps, j'avais lu un article dans un magazine psycho où on demandait à des célébrités à quel moment il avaient eu l'impression de devenir adultes. Pour certain il s'agissait d'un événement, comme quitter le foyer familial, leur région, pour d'autres un succession de petites choses, d'autres encore disaient qu'ils ne s'étaient jamais posé la question, c'est comme ça.
Alors bien sûr je me suis posée la question pour moi. Et j'ai eu un peu de mal à trouver, mais j'ai noté tout de même une chose importante, pas vraiment significative du monde adulte. Plutôt la fin de la crise d'adolescence en fait : le jour où j'ai réalisé que je ne ferais jamais rien d'extraordinaire comme partir au pôle nord, écrire un livre, sauver une vie etc... Je serais juste quelqu'un de bien comme dit la chanson.
Mais la prise de conscience a eu lieu bien plus tard. Un jour, en vacances, ma soeur, mon frère et moi avions décidé d'aller en discothèque pour faire découvrir ce lieu à nos ados (encore trop jeune pour y aller seuls) j'ai entendu ma soeur dire :
- si on m'avait dit qu'un jour je traînerais des pieds pour aller en boîte !
Phrase que je peux guère n'approprier vu mon peu d'estime pour les discothèques. Mais il est vrai qu'au fil du temps, de la vie, je me suis aussi dit parfois : si on m'avait dit qu'un jour...
Alors j'ai fait la liste ! Comme c'est difficile d’écrire à l’imparfait pour la concordance des temps, je vais tricher un peu et écrire au présent.
Je ne l'aurais jamais cru :
- Je ne lis plus l’horoscope
- Au marché je passe indifférente devant les babioles et m’intéresse aux produits régionaux
- Les soldes me laissent froides
- Je ne pense plus que dépenser de l’argent est le meilleur moyen de s’occuper le samedi après midi
- J’achète peu de CD et quand j’en achète je ne les écoute pas en boucle. Parfois même je les écoute une fois et les oublie
- Je m’intéresse à la cuisine et j’ai envie de cuisiner pour ceux que j’aime
- Je peux passer une semaine sans vernis à ongles
- Je sais écouter
- Je me suis lassée des magazines féminins, de la psychologie, des potins
- Je ne rêve plus de restaurants et d’hôtels de luxe, de vie de riches avec armada de domestiques
- Je ne me demande plus si je plais
- Ma trousse à maquillage a réduit de moitié
- Quand j’arrive en vacances, je ne suis plus obsédée par l’idée de bronzer et vite, parce que je sais que je suis plus belle bronzée
- Je lis les journaux, je regarde les infos
- Je trouve reposant de ne plus chercher le prince charmant
- Je ne suis plus révoltée par les tâches ménagères
- À la fin des repas j’aide les femmes plutôt que de rester à table avec les hommes (que je croyais plus intéressants)
- Je ne crois plus que les femmes sont des ennemies
- Je suis sociable
- Je n'idéalise plus les gens, je ne les diabolise pas non plus
Et parfois je rajoute une phrase à ma petite liste !
jeudi 12 juillet
Une histoire ancienne (fin)
Le soir même je me précipitais sur mon stylo, j'écrivis comme ces soirs de jeunesse où je voulais tout écrire dans mon journal, vite pendant que l'émotion était encore là.
Il m'avait dit qu'il allait prendre la route aussitôt après notre rencontre et je savais ce qu'il verrait sur l'écran noir de son pare-brise : il allait tout revivre.
Les jours suivants je redevins la jeune fille rêveuse que je n'ai sans doute jamais cessé d'être. Avec mon baladeur, je parcourais les collines, sur ma bicyclette je m'envolais. J'étais heureuse, souriante, sociable.
J'ai tout revécu. J'ai même réalisé que je l'avais vu pour la dernière fois devant sa maison, à l'endroit même où nous avons parlé. Les images revenaient.
C'était une belle histoire. De celles que l'on doit vivre vite et fort, parce qu'on sait qu'elle est sans avenir. J'avais 20 ans, je manquais de confiance en moi, je pensais n'être pas suffisamment jolie ou pas assez ceci ou cela. Il en avait 7 de plus. Il n'était pas marié, mais pas libre. Tout nous séparait. Il n'aimait que la campagne, je ne peux vivre qu'en ville. Je faisais des études, il changeait de job depuis des années et vivait souvent au crochet. Il était sensible, romantique, délicat et il a été très important dans ma vie parce qu'après lui je n'avais presque plus de complexes. Une sorte de Pygmalion. Toute rêveuse que j'étais je restais lucide. Je n'étais pas du genre à penser qu'il avait toujours raison parce qu'il était plus vieux, je n'étais pas malléable.
Une belle histoire que l'on vit vite et fort. Après la séparation de la première année, les suivantes ont été un jeu du chat et de la souris : je te quitte, puis à la rencontre suivante : tu fais quoi ce soir on peut se voir, puis cette fois c'est bien fini !
Puis il était parti définitivement, sa maison a eu un panneau à vendre. Du moins je l'ai cru jusqu'à ce jour de 1994 où j'ai appris que son frère avait finalement racheté la maison dans laquelle il n'était pas venu depuis 11 ans.
Je l'ai attendu, j'ai rêvé à ce qui aurait être. Au mois d'août déjà, je ne l'attendais presque plus. J'avais refait le chemin à l'envers.
Il n'est pas venu. Je n'ai pas eu trop de regrets. Je l'avais revu c'était l'essentiel. À tant pis.... À plus tard...
Pourtant encore une fois il m'a aidée. Son regard sur moi a été bénéfique. En particulier son étonnement de me voir seule ce soir là, ce mari absent.
Cet événement m'a donné le courage de prendre le taureau par les cornes ! Mais qu'est ce que je fais de ma vie alors que j'ai vécu de si belles choses ?
J'ai divorcé peu après.
mercredi 11 juillet
Une histoire ancienne (partie 2)

Je me suis sentie si soulagée que je n'ai pu que dire :
- oui toi aussi c'est bien toi !
J'étais troublée. Nous parlions un mot de banalité, un "tu n'as pas changé". Ce faisant nous nous sommes retrouvés devant sa maison. Les petits jouaient à côté et ne faisaient pas attention à nous. Il me dit qu'il partait le lendemain, qu'il n'était là qu'une journée (encore un coup du destin). Je lui demandais où il habitait, où il partait en vacances. Mais je crois que je m'en moquais, j'étais trop troublée. Il m'a demandé si j'étais mariée, où était mon mari. Quand je lui ai dit qu'il était resté à la maison, il n'en revenait pas. Il m'a fait préciser : la maison de vacances ou resté à Paris pour le travail. La maison de vacances ! Et oui !
Puis il a dit ces paroles qui ont achevé de me troubler :
- J'ai de bons souvenirs avec toi, c'était bien.
J'aurais voulu crier : et moi tu n'imagines pas ! J'aurais voulu lui dire ces années de frustrations, lorsque malheureuse en couple, je m'évadais dans mes rêves, je revivais mon passé. Passé où il était toujours là. Comme dit la chanson de Jean-Jacques Goldmann :
Ces étreintes qu'en rêve on peut vivre cent fois !
Mais j'ai juste répondu : moi aussi !
Cette fois je ne savais plus où j'en étais. Il venait de balayer onze ans d'absence. Puis de banalités en semi déclaration, il me dit qu'il reviendrait au mois d'août, seul. Au mois d'août comme la première fois.
- tu pourras te libérer ?
J'ai dit OUI. Et si j'écris en majuscules, c'est parce trop intègre, très petite fille modèle, je n'avais jamais trompé mon mari qui l'aurait pourtant bien mérité.
Des pas ont résonné. Sa petite famille arrivait. Je suis partie vite. Il m'a crié : "à bientôt au mois d'août"
Ce qui était très risqué.
Dans la voiture j'ai poussé un grand cri de joie.
Inutile d'essayer de dormir après ça.
mardi 10 juillet
Une histoire ancienne (partie 1)

La semaine dernière j'étais avec mes filles et le copain de ma fille aînée dans un petit village, pour la première fête de l'été. Un petit bal de campagne, avec un orchestre brésilien. Il n'y avait pas beaucoup de monde, mais j'aime cette ambiance. Le paysage était joli, cela sentait la merguez, les bruits, les odeurs. Je regardais la lune rouge, par dessus un muret, la place du village est perchée en hauteur, la route est en contrebas. Et tout à coup je suis revenue en arrière. Je me suis rappelée une histoire ancienne.
C'était en 1994. Mes filles avaient 4 et 6 ans. J'étais en vacances, c'était la fin du mois de juillet. A cette époque, j'avais souvent une petite crise de cafard au début des vacances. Je me rappelais mes belles années.
Et mon mari refusait de sortir la plupart du temps. Ce soir là il me laisse donc aller au bal du village avec ma fille aînée et mon petit neveu. Il ne sort pas sous le fallacieux prétexte de garder la petite. Or entre sa grand-mère et ses tantes, la petite pourrait très bien se passer de son père pour une soirée !
Ce soir là j'avais une jolie robe et j'avais passé du temps à me maquiller, tout en étant persuadée que ça ne servait à rien. Lorsqu'on est plus regardée depuis des années par son conjoint, on finit par se persuader qu'on a perdu toute capacité de séduction. C'était l'époque où les bals de campagne marchaient moins bien, comme je le dis ici.
Nous étions là, sur ce plancher aux trois quarts vides, les petits et moi à danser sur du techno, lorsque je tourne la tête et je me mets à regarder un homme dont je ne vois pas le visage. Et c'est là que le destin frappe un grand coup, ou alors le pouvoir de l'amour, car il est plutôt petit, plutôt grassouillet, plutôt pas très bien habillé, en un mot comme en cent pas vraiment le genre d'homme que je regarde dans la rue !
Comme tous ceux qui se sentent regardés, il se retourne, je baisse les yeux, gênée...
À ce moment là je suis seule sur la piste. Il est installé un peu plus loin contre un poteau, me tournant le dos. Il est avec d'autres personnes. Sa femme probablement, un autre couple, et plusieurs enfants.
Cependant je continue à le détailler, car même si la ressemblance est frappante, je ne suis pas sûre que c'est lui. Je l'ai reconnu à ses pieds et à ses oreilles. Je le connaissais par coeur il est vrai ! Régulièrement il tourne la tête comme pour regarder au loin mais je sais qu'il me regarde.
Puis il est parti seul dans le noir. Je l'ai suivi, entraînant avec moi les enfants, mais tout de même mon coeur battait la chamade, je me demandais si j'avais toute ma raison et si c'était vraiment, vraiment lui.
Il a avancé vers une ruelle et il a fait demi tour, il est venu vers moi avec un grand sourire :
- C'est bien toi !
