mercredi 31 octobre
Quand tout change...
Ça paraît étrange...
Pourtant c'est vrai
Il a changé ma vie...
Pour la première fois depuis des siècles, j'aime quelqu'un qui n'est pas de ma famille.
Mon prénom devient un mot gentil...
J'avais peur de l'amitié...
Il est plus jeune que moi...
On s'attache à un lieu, on s'attache à un être...
Je ne le vois que dans le Sud...
Et pour la première fois depuis longtemps, il n'y a pas que les routes qui sont belles...
Au début, moi réservée, lui timide, je lui posais beaucoup de questions, je voulais le connaître.
Je le dorlote, je le materne...
Je me posais des questions, je me protégeais et la relation s'est vraiment installée cet été.
Plus de peur, plus de barrages... C'est lui que j'ai rejoint une nuit pour parler...
Quand je viens le chercher il arrive en courant comme un enfant... C'est un enfant
Quand je perds mes moyens, que je doute, il m'écoute, c'est un homme.
Comme souvent dans les débuts d'histoire, (d'amour ou d'amitié), le destin s'en mêle. Son portable qu'il a oublié plusieurs fois chez moi, que j'ai du lui ramener, ce jour où je lui ai envoyé un sms par erreur, et je l'ai appelé après pour lui expliquer. Quand il me dit qu'il ne sera pas là ce week-end, et que le lendemain il arrive sans prévenir...
Depuis cet été il est chez moi, chez lui. Il habite loin et après les soirées il dort chez moi. Nous rions au petit déjeuner, nous pouvons chanter à tue-tête dans la voiture... Il fouille dans mon sac pour chercher mon portable...
Il perd tout, ses clés, son portable, oublie son blouson quelque part, je ramasse comme pour mes filles et range tout en lieu sûr.
Dans les fêtes nous ne sommes pas collés, il connait beaucoup de monde. Quand nous nous croisons il me fait une bise sur la joue.
Mais j'ai grandi... Je m'en rends compte. Je parle peu de mes soucis, petits ou gros... Si c'était vraiment grave j'en parlerais. Je ne parle pas de mes filles, il n'a pas d'enfants, il les connait pas besoin d'en parler, et puis j'ai envie de décompresser. D'ailleurs il me dit que je les aime trop, que je devrais vivre plus pour moi.
Dans ma tribu on s'interroge sur ma santé mentale ! On accueille à bras ouverts le nouveau copain de ma petite soeur, mais Louisianne, elle a un problème ? C'est qui cet homme enfant qui chahute avec Athéna et Artémis, et qui joue au ping pong avec mes petits neveux. Pourquoi elle l'invite aussi souvent ? Pire elle est même sortie un soir sans ses filles ! Il se passe quoi entre eux ? Ils ne se ressemblent pas vraiment pourtant !
Une part de nous sait choisir, reconnaître les gens, la famille spirituelle. En été 2005, en fin de soirée, il était avec une bande de copains. Il est venu m'inviter à danser, il m'a appelé Madame. J'ai trouvé ça touchant, amusant... J'ignorais que l'histoire ne s'arrêterait pas là...
Tu es de ma famille, de mon ordre et de mon rang, celle que j'ai choisi, celle que je ressens, dans cette armée de simples gens...
Quand je suis dans la voiture avec Athéna, Martin, Artémis et lui, je me dis que je suis avec tous les gens que j'aime, comme dans une bulle. Des gens que je protège, sur qui je veille.
Je l'ai appelé il y a quelques jours... Dommage à la toussaint il ne sera pas là...
Harmonie, intelligence et raison ou sérénité
Complice connivence, autant de mots pour exprimer tout ce que
c'est
C'est un peu tout ça tour à tour,
En tout cas, c'est pas d'l'amour...
mardi 30 octobre
L'histoire de Serena (fin)
Après le divorce je n'ai plus jamais eu de nouvelles de Lascar. Plus jamais il ne m'a appelée sur mon portable.
Je me disais qu'un jour ou l'autre, Serena me poserait des questions. Je redoutais cet instant, j'aurais dit la vérité, je n'ai rien à me reprocher. Mais dire à une amie que son mari était une ordure, ce n'est pas facile. 
Vint le temps des confidences... Serena n'était pas si naïve. Bizarrement, moi qui suis une grande rêveuse, je m'étais toujours persuadée que Lascar n'était qu'un dragueur de bas étage, mais qu'il ne devait pas avoir tant d'occasions que ça. Physiquement rien ne le justifiait, de toutes façons si il avait été un Appollon, il n'aurait pas eu à en faire autant, il se serait fait draguer lui-même !
Petite parenthèse, je suis peut-être très rétro, mais j'avoue avoir été très surprise, en voyant grandir mon frère du culot des filles et de la manière dont il se faisait draguer ! Je trouvais ça même lamentable, jeune, ça l'avait rendu prétentieux ! Heureusemnt il a trouvé une épouse qui a remis les pendules à l'heure (mais pour qui il se prend ?)
Serena n'était pas aveugle. Elle m'explique qu'elle savait être trompée depuis des années. Que lorsqu'elle était enceinte de sa seconde fille, son mari avait disparu quelques jours "pour prendre l'air". Elle m'explique comment, tandis qu'elle gérait son budget familial, elle retrouvait des tickets de carte bleue pour de grands restaurants...
Le clash eut lieu quand sa seconde fille découvre un sms compromettant sur le portable de son père. Elle est en pleine crise d'adolescence et pronfondément déçue. Serena comprend qu'elle doit protéger ses filles. Petit à petit elle en apprend de plus en plus. Il a une amie très jeune qu'il a installée dans un appartement, en la meublant du sol au plafond, et en se portant caution. Il lui raconte. Mais il ne prend pas au sérieux, il ne croit pas qu'elle ira jusqu'au divorce.
Puis plus tard elle apprend par sa soeur, à laquelle il s'était confié le crétin, qu'il a une liaision depuis des années avec sa meilleure amie. Les deux couples partaient en vacances ensemble !
C'en est trop, Serena déménage. Je n'ai jamais bien compris comment fonctionnait ce personnage bizarre, qui va jusqu'à faire des confidences à la soeur de sa femme ! Est-ce le syndrome de l'assassin qui veut être découvert ?
Plus tard Serena posera des questions à ma soeur, (je le précise même si ça ne crève pas les yeux, Serena est avant tout une amie de ma soeur) sur les agissements de son mari. Ma soeur lui dira qu'il a essayé, avec elle, avec moi, avec d'autres...
Serena ne m'a jamais posé aucune question et je lui en sais gré : je ne sais pas mentir !
Chaque fois qu'une femme proche de moi (y compris ma soeur) s'est retrouvée libre, je me suis dit : "chouette quelqu'un pour sortir" et je rêvais de théâtre, de cinéma. Pas de chance, et dieu sait pourquoi elles ne pensent qu'à une chose se recaser et vite ! Et me propose de sortir en discothèque (beurk) ou de m'inscrire avec elles sur mitik point fr (re-beurk).
Serena ne fait pas exeption à la règle : elle veut reprendre sa jeunesse là où elle l'a laissée. Mais heureusement elle fait des efforts pour moi et nous faisons quelques sorties entre filles, concert, restos.
Elle m'appelle régulièrement pour me confier ses aventures, d'une semaine, de quinze jours... Je souris...
Bien que je sois une grande gamine, et une grande rêveuse, je me sens très sage à écouter tout ça ! Tiens on dirait mes filles ados, elles sont en plein dedans ! Mais comment lui en vouloir ! Serena n'a connu que son mari, elle s'est mariée trop vite ! Alors elle connait cette période ô combien pathétique où on errre de looser en beaux parleurs, où on refuse de voir que dès le début, les dés étaient pipés...
Elle dit qu'elle ne me comprend pas...
Elle revient de nouveau nous voir en vacances... Ses filles sont avec leur père. Je lui demande si elle veut voir Pierrick, nous passons même devant chez lui. Elle me fait la même réponse : non je n'oserais pas frapper à sa porte, il faut qu'on le croise par hasard...
J'ai beau lui dire qu'il y a peu de chances... Elle ne veut pas.
Je l'emmène un soir avec mes filles, Cédric, femmes et enfants, Camomille mari et enfants dans un festival de rock. J'ai du insister parce que c'est loin, personne n'était motivé. Serena s'amuse, mais part tôt. Elle n'ose pas trop lâcher ma soeur et part avec elle. Je lui ai dit que c'était dommage, vu que je n'aime danser que l'été de rater cette occasion.
Un jour elle me dit qu'elle a trouvé le bon : un homme charmant qui lui envoie dix sms par jour pour lui dire qu'il pense à elle. Et puis je le croise chez mon frère. Je constate vite qu'il est carrrément stupide... Elle parle beaucoup, parle de ma tribu, explique comment on se connaît. Alors que je suis face à eux et que je parle, il chuchote à l'oreille de Serena. La première fois, ça passe, la deuxième je ne peux pas me retenir : je lui dis que c'est très mal elevé ! Pourtant en partant Serena me remerciera : j'ai été la seule à parler à son Jules, à essayer de le connaître. Cédric et Camomille ont montré leur désapprobation.
Plus tard elle m'appelera pour connaître mon avis. Et m'expliquera en long, large et en travers qu'il ne lui disait pas de mal de moi à l'oreille ! Je ris, quelle gamine ! Je m'en doute, ce n'est pas vraiment la question !
Puis plus tard elle m'appelle pour me dire que le charmeur est moins charmeur. Les sms et les coups de fil réguliers ont cessé. Moins présent, moins tendre... Il voulait probablement la mettre dans son lit, avait vu très vite qu'il avait à faire à une grande naïve... Mais on ne peut pas faire semblant très longtemps. Après une deux disputes, une ou deux soirées ratées, Serena le quitte. Et arrêt mitik point fr. Comme je m'inquiétais pour elle, comme je l'ai fait plus tard pour ma petite soeur, ça me rassure.
Puis au printemps, elle m'appelle de nouveau. Elle a rencontré quelqu'un dans son travail. Ou plus exactement, elle le connaissait depuis longtemps, l'avait un peu perdu de vue et il vient de divorcer et il la rapelle. Elle me dit qu'elle va venir cet été, mais elle n'est pas sûre qu'il sera là : il a lui aussi des enfants à charge.
Cet été Serena est venu avec son nouvel ami Pedro. Il est d'origine espagnole, très chaleureux. Tout de suite à l'aise dans la famille, on a l'impression de le connaitre depuis 20 ans !
Depuis j'ai revu deux fois Serena, une fois chez ma soeur, une fois chez mon frère. Toujours ensemble et visiblement heureux. À chaque fois je suis restée un moment avec eux, avec lui j'ai des atômes crochus, Serena me ressemble, cela m'aurait surprise de ne pas m'entendre avec son Jules. Ils font des projets pour vivre ensemble.
Voilà je ne vous ai pas raconté un conte de fées ! Dans un livre ou dans un film, peut-être que Serena et Pierrick se seraient retrouvés ! Mais c'est la vie, et quoiqu'en dise Serena, je ne pense pas qu'ils étaient fait l'un pour l'autre...
Si un jour les choses changent, je l'écrirai.... La vie est un éternel recommencement !
lundi 29 octobre
L'histoire de Serena (partie 5)
Nous étions à la terrasse du café, un peu en hauteur par rapport à la rue et au reste de la troupe (enfants etc). Lascar et Pierrick se serrent la main, puis la troupe continue son chemin. Pierrick, un peu troublé sans doute, me dit :
- tu es drôlement bronzée !
- oui comme tous les ans mais ce n'est pas à moi qu'il faut parler espèce de crétin
non ça je ne l'ai pas dit !
Je reste une minute le temps que les deux se décoincent, puis je m'éloigne un peu. Ça n'a pas duré très longtemps. Une fois que nous sommes allées rejoindre les autres, Serena et moi, la fille aînée de Serena est venue s'accrocher à sa mère, et a dit que Pierrick n'était pas beau. J'ai demandé à Serena si sa fille était au courant de quelque chose, elle m'a dit "bien sûr que non, elle a du flair !". J'avais déjà vu mes filles être extra lucides, c'est curieux ! Quand elles posaient une question qui me laissait sur le flan : "lui tu l'as aimé, n'est-ce pas".
Plus tard nous avons pu reparler au calme. Elle m'a dit qu'elle était frustrée, qu'elle aurait aimé avoir le temps de s'asseoir à la terrasse du café et "se raconter nos vies". Elle m'a confié qu'ils s'étaient écrit encore très longtemps, même après la rupture. Pierrick ne m'en avait jamais parlé.
Serena me dit qu'elle est déçue : il est moins beau qu'avant !
Je proteste ! Tu exagères ! Bien sûr il n'a plus de boucles brunes jusqu'aux épaules, il a les cheveux courts (preuve qu'il en a encore), bronzé et musclé, ça reste un bel homme !
Bien sûr moi je n'ai jamais été amoureuse de Pierrick, et je l'ai vu tous les ans ! Je n'ai pas fait un bond de 18 ans à 36 ans !
Ensuite Serena me dit : "il faut que tu lui parles ! Je veux savoir ce que ça lui a fait de me voir !".
Je lui réponds que je ne promets rien. Ça fait des années que Pierrick ne me parle que de la pluie et du beau temps !
J'arrive tout de même à le voir. Je lui demande ce que ça lui a fait de voir Serena
- j'ai été surpris !
Génial !
Un jour, des années après, je suis allée chez lui avec mes filles. Sa femme qui m'avait accueillie m'a laissée pour répondre au téléphone. J'étais assise sur un puits dans le jardin, pendant que mes filles faisaient connaissance avec le fils de Pierrick (en s'insultant copieusement, mais ça a changé à l'adolescence).
Pierrick est arrivé, tout surpris de me voir. Il s'est assis à côté de moi. Il m'a dit "tu te souviens quand on disait quand viendra l'an 2000 on aura 40 ans ? Ça nous paraissait loin ! Et c'est maintenant !"
On a parlé "vrai"... Mais ce jour là je n'étais plus sûre d'être une confidente mais plutôt une femme à séduire...
Les années passent. Serena continue à se plaindre de son mari. Moi je continue de m'étonner de son aveuglement. Elle me demandait souvent si je n'avais pas eu peur de la solitude en divorçant, comment je vivais ça...
Elle continue à me demander des nouvelles de Pierrick, je continue à lui en donner. Mais pour lui dire quoi ? Pierrick est marié et le restera !
Un jour j'étais dans un bal de campagne, mes deux filles ados sur la piste, moi au bord. Mes filles venaient de faire connaissance avec le fils de Pierrick, enfin de renouer puisqu'enfants, ça ne collait pas vraiment.
Pierrick s'approche pour me dire bonjour, et regarde sur la piste un couple d'ados en plein slow :
- mais c'est mon fils ! Mais c'est ta fille !
J'ai beaucoup ri de sa surprise : ça t'étonne ? l'hérédité sûrement !
Et puis un jour Camomille qui écoutait régulièrement Serena se plaindre de son couple, m'appelle pour me dire Serena divorce.... enfin !
samedi 27 octobre
L'histoire de Serena (partie 4)
Le temps passe. Pierrick est agriculteur. Il avait pourtant juré qu'il ne reprendrait pas la ferme de papa. Au début de son mariage, je lui ai demandé si il étai heureux, il m'a dit pourquoi je ne le serais pas... Mais c'était très rare que l'on parle. Nous avions été si bon amis, j'avais du mal à croire qu'il soit devenu presque un étranger. À part se demander des nouvelles des enfants, de nos tribus, rien de bien passionnant. Même si il lui est arrivé de laisser tomber le masque, comme la fois où il est venu me voir pour me dire qu'il avait eu un accident de voiture et failli mourir. Bizarre retour vers l'adolescence, je me souviens d'avoir caressé ses boucles brunes, comme avant. Je l'aimais bien Pierrick, j'ai mis du temps à faire ce deuil là, pourquoi une fois adultes doit-on faire comme si on ne s'était jamais connu ? Sa femme s'était montrée très jalouse les premières années, mais elle avait à me connaître...
Mais la vie trop calme de Pierrick, me faisait me dire que finalement Serena et Pierrick ce n'était peut-être pas ça finalement.
Serena et Lascar étaient revenus vivre en région parisienne. Ils ont deux filles. Serena devenue psychologue pour ados. Son mari gagnait bien sa vie, ils déménageaient souvent, toujours pour de beaux appartemens ou maisons, chacun leur voiture, les filles faisant des activités. Elle me demande de temps en temps des nouvelles de Pierrick. Je lui explique que j'ai du mal à le faire parler. Elle me demande si il s'est marié par dépit... Je ne sais quoi penser : il ne m'a jamais parlé de sa femme.
Lascar lui drague à chaque dîner. Un jour après une soirée du jour de l'an, il m'appelle le lendemain au bureau pour me faire une proposition malhonnête. Je lui explique que je connais trop Serena, que ça ne me tente pas etc... Bien sûr je pourrais lui raccrocher au nez, mais je l'ai dit à part ce défaut énorme, Lascar est une compagnie agréable. Je parle souvent avec lui, il est intéressant, et jamais avare de compliment avec les dames. Il tentera régulièrement sa chance en insistant davantage le jour où je suis divorcée. Je ne suis pas une sainte, j'aurais pu craquer à force de solitude... Mais si j'avais été une garce je n'aurais sans doute pas craqué : Lascar ne me plaisait pas, son côté pervers me faisait peur, quelle genre de gymnatisque veut pratiquer ce genre de type ? Et si en poussant les choses encore plus loin j'avais fait abstraction de tout ça : trop de principes pour accepter un homme marié, trop d'amitié pour Serena, physique moyen, côté pervers, il restait encore un hic : on se voyait tout le temps ! Et je si je venais à rencontrer quelqu'un, serais-je vraiment à l'aise dans les soirées du jour de l'an ? Serena pouvait dormir tranquille, je n'étais pas une rivale !
Le lascar faisait pire : un jour il croise dans une soirée la meilleure amie de ma petite soeur. Il apprend qu'elle travaille chez un grand couturier parisien. Il ne connait pas son nom mais téléphone le lundi chez le grand couturier en demandant à parler à la jeune fille brune aux cheveux longs. Il falait tout de même un sacré culot, la jeune fille brune après l'avoir remis à sa place (elle l'avait à peine remarqué lors de la soirée) le raconte à Servane ma petite soeur. Lascar prenait un sacré risque, si nous avons toujours été discrets vis à vis de Serena, toute la tribu, mes parents compris sont au courant de cette histoire !
Serena se confiait de plus en plus à moi pour me dire qu'elle et son mari ce n'était plus la passion, qu'elle le trouvait moins séduisant etc...
Me fvoilà bien entre les confidences de Madame et les tentatives de Monsieur !
J'essaye de dire à Serena qui a l'air déçue mais tout de même encore un peu amoureuse "mais tu n'as pas peur qu'une autre le trouve séduisant ?"
L'aveuglement et la naïveté de Serena sont tout de même légendaires ! Camomille et moi en parlons souvent.
Je suis maintenant seule avec mes deux filles. Un jour Lascar et Serena loue une maison dans le sud. Nous allons les voir mais ils ne viennent pas. Lascar a toujours peur de croiser Pierrick, enfin que Serena le croise. Puis l'année suivante enfin ils viennent. Serena avait 18 ans la dernière fois, là d'après mes souvenirs, elle et Pierrick en ont 35.
Nos enfants s'amusent ensemble. Serena vient faire les courses avec moi. Elle se confie plus facilement à moi qu'à ma soeur. Sans doute parce que divorcée je donne l'impression de comprendre mieux les choses que ma soeur et sa petite famille de 4 enfants. Sans doute parce qu'on se ressemble, je l'ai dit ma soeur et elle ne se ressemble pas vraiment, mais ne se sont jamais quittées.
Serena me confie, avec moult précautions, qu'il lui arrive de tromper Lascar, de temps en temps, ça lui fait du bien. Je lui dis que je ne suis pas choquée. Et je suis même contente pour elle. J'imagine que Lascar pratique ce sport depuis longtemps et si il y en a bien un qui mérite de porter des cornes, c'est lui !
Je dis à Serena : tu veux que je t'emmène voir Pierrick ?
Elle hésite... Non, frapper à sa porte, je ne pourrais pas !
- Mais tu seras avec moi !
- Je ne sais pas trop...
Je lui dis : "je me demande si tu aurais été heureuse avec Pierrick ! Tu te vois vivre ici dans une ferme, dans ce village paumé ?"
- Pourquoi pas, il ne faut pas dire ça !
Et pourtant je commençais à la connaître Serena, et je connais bien Pierrick aussi !
Le dimanche, nous allons au marché du village. Trois familles, des enfants partout, des poussettes. Et j'aperçois Pierrick qui ne va jamais au marché. Je donne un coup de coude à Serena, "suis moi".
Je me précipite vers Pierrick, craignant de le voir partir trop vite.
- viens avec moi, Serena est là !
- Serena ?
Pas la peine, même après toutes ces années à ne jamais prononcer ce prénom de lui préciser qui est Serena (bien sûr en vrai elle a un prénom plus commun).
Tada ! Patientez encore !
vendredi 26 octobre
Tous collés...
J'aime bien ces moments en famille où on est tous collés. Même si on est dans une grande maison avec plein de pièces (ce qui est rare à part en vacances !)
Cet été c'est arrivé un jour de pluie à la fin des vacances. J'étais sur le lit une place qui sert de canapé dans la pièce principale. J'essayais de regarder sur mon PC portable un épisode de Prison Break sous titré (avec la concentration que ça demande). Artémis avait les pieds sur mes genoux, je lui mettais du vernis dessus. Plus loin Martin, le copain de mon aînée faisait les mots croisés de la détresse du midi. Sur la grande table, Athéna avait étalé ses gouaches et peignait un tableau. J'aime ces moments, même si je ne peux pas suivre l'intrigue de la série ! Mais pourtant cet été j'avais un peu le coeur gros : je savais que Martin et Athéna allaient voler de leurs propres ailes à la rentrée et même si on était un peu serrés, surtout depuis que Martin vit avec nous et vu que je dors dans le salon, et bien ça me faisait quelque chose.
Et pourtant ma fille aînée est souvent là ! Comme je n'ai jamais voulu de chien, à peine a t-elle emménagé dans son studio qu'ils ont couru à la SPA adopter Cognac, un croisé je ne sais quoi. 1 an, encombrant, tout fou, affectueux. Même moi qui ne raffole pas des chiens, je l'aime bien !
Dimanche dernier Athéna était seule, son Martin parti dans le Sud voir sa famille. Elle est venue passer l'après midi avec nous. J'ai investi dans un PC portable pour le salon car je ne pouvais jamais accéder aux PC de mes filles dans les chambres. Depuis mes filles adorent s'en servir afin de rester "tous collés".
Donc dimanche j'essayais de regarder un policier avec la concentration que ça demande pour trouver l'assassin. Athéna était sur le PC du salon, (bien que ceux des chambres soient libres). Artémis qui faisait une journée pyjama (c'est à dire qu'elle ne s'habillera pas et traînera du canapé au PC) donc Artémis est à côté de moi sur le canapé et le chien qui se prend pour un poids plume étalé sur nos quatre genoux... tous collés.
Hier j'étais en arrêt maladie. Athéna est venue me réconforter et faire quelque course accompagné de son encombrant enfant à quatre pattes. Athéna était de nouveau sur le PC du salon, alors qu'elle avait commencé sur celui du haut dans son ancienne chambre. Artémis nous rejoint après ses cours, demande à sa soeur de rester pour regarder leur feuilleton préféré.
J'aime bien ces moments. J'avais tort de m'inquiéter... Mes filles et moi (et souvent le copain de ma fille) ne sommes pas près d'être décollées !
jeudi 25 octobre
L'histoire de Serena (partie 3)
Pendant que Pierrick erre de coeur en coeur en cherchant dans les bals de campagne des sosies de Serena, les choses s'accélèrent du côté de Serena.
Lorsque nous en parlions, mon frère Cédric nous disaient que ma soeur et moi étions de vilaines méchantes avec Pierrick. Selon lui Pierrick avait du être effrayés par les projets de Serena. En effet Serena avait bien vite parler de déménager. Elle n'a jamais été bien chez ses parents, c'est une autre histoire. Mon frère, mâle solidaire, avait peut-être raison. Pierrick était amoureux mais il n'avait que 18 ans.
Après le Bac, à défaut d'aller dans le sud pour une éventuelle vie avec Pierrick, partit continuer ses études à Chatearoux où Lascar avait été muté. Je l'ai dit Serena n'était pas bien chez ses parents, ce fut d'autant plus facile pour Lascar d'accélérer les choses à une époque où ma soeur et moi étions encore loin d'imaginer une vie de couple loin de nos parents.
Camomille et moi sommes allées passer un week-end chez Serena et Lascar. Là nous avons un peu mieux connu Lascar. Garçon intéressant et bien élevé, compagnie agréable, certes mais assez curieux dans sa façon de parler des femmes et de zyoter certains magazines disons olé olé (j'essaye de décourager Gogol et ses requêtes cochonnes).
De plus il avait une bizarre façon de faire la bise (pas sur les joues, mais sur les lèvres) à ma soeur et à moi. Habitude qu'il n'a jamais perdue au cours des années, sauf qu'il se tenait à carreau quand nos maris étaient à proximité. Du coup Camomille et moi étions devenues championne du torticolis pour éviter une bouche baladeuse (ça se dit ça ?) Les mains j'ai connu ça beaucoup plus tard au cours des dîners !
Serena semblait ne rien voir, et nous nous gardions bien de lui dire !
L'été suivant nous avons vu Pierrick se caser avec une fille particulièrement jalouse, ce qui nous faisaient bien rire, ma soeur et moi. Il n'aurait jamais du nous le dire, nous faisions exprès de lui sauter au cou !
Puis il a fini par en trouver une autre, très peu sociable, il lui a fallu quelques années pour dire bonjour. Mais maintenant je peux dire que je parle plus avec qu'elle qu'avec Pierrick que j'ai l'impression de n'avoir jamais connu (j'en ai déjà parlé).
Pierrick se marie et a une fille très vite. Son deuxième fils a l'âge de mon aînée.
Serena et Lascar se sont mariés aussi. Nous étions dans un hôtel en province. Je me souviens que le lendemain matin Lascar était venu nous réveiller pour le repas du lendemain. Mon copain de l'époque était sous la douche et du coup Lascar en a profité pour me faire une bise à sa manière. J'ai esquivé :
- ah ! tu ne fais que deux bises ?
- ben oui dans ces conditions !
Peu de temps après nous sommes allés avec mon beau frère, ma soeur voir Serena et Lascar qui fêtaient leurs deux ans de mariage. Ils nous ont montré leur nouvel appartement. Ils voulaient un bébé. Mon beau-frère nous a fait rire après en nous parlant des deux tables de nuits :
la femme innocente pense à faire des enfants, sur la table de nuit le livre "le bébé est une personne" et monsieur a sur sa table de nuit un magazine célèbre "olé olé".
Serena qui a toujours été une très jolie fille, nous parlait en secret de ses complexes. À force de voir son mari regarder des bombes, elle finissait pas se croire pas si bien que ça !
Je me suis mariée dans le Sud. Serena n'a pas pu venir. Son cher mari Lascar avait trop peur qu'elle ne rencontre Pierrick. Et Pierrick est venu à mon mariage bien sûr !
L'histoire ne s'arrête pourtant pas là !
mardi 23 octobre
Rêve éveillé
Je fais souvent ce rêve éveillée... Quand je suis malade ou très fatiguée. A la fin d'une sieste ou le matin... Je suis dans un demi sommeil, je sais que je vais bientôt en sortir mais pas encore, je traîne...
Je suis dans une maison, une maison à la campagne, ou à la mer... Une location ou un gîte, une maison où je me sens bien. Je suis dans une chambre à l'étage. Quelqu'un vient me parler doucement, une voix masculine, mais je ne vois pas son visage...
Il me dit "repose toi encore, je vais préparer le repas". Et après ça sent bon dans la maison... Je traîne encore un peu et je me dis que je n'aurais rien à faire, juste à me mettre à table, il y aura plusieurs personnes que j'aime... ma famille sans doute...
Si c'est le matin, il me dit qu'il va préparer le petit déjeuner... alors ça sent bon le pain grillé et le café... et je prends plaisir à traîner encore au lit...
Mais ce rêve ne se réalise jamais..
Je me lève et c'est moi qui dit cette phrase à mes filles, à ma fille. C'est moi qui dorlote et plus jamais moi qu'on dorlote...
lundi 22 octobre
L'histoire de Serena (partie 2)
Figurez vous que samedi soir j'ai vu Serena à une soirée organisée par mon frère (j'en reparlerais) et pendant que je lui parlais, je me disais : si elle savait que je suis en train d'écrire son histoire sur un blog, elle qui sait à peine ce qu'est un blog !
Je n'ai pas de souvenirs précis de ce Noël en famille, je me souviens vaguement des repas, et il reste quelques photos. Nous sortons pas mal, mais Pierrick n'apprécie pas vraiment la vie parisienne, les files d'attente au cinéma et critique tous les endroits de Paris que nous lui montrons.
Par contre je me souviens très bien que Serena et Pierrick n'avaient qu'une seule nuit où ils pouvaient dormir ensemble...
Le lendemain donc Serena vient raconter à ma soeur sa nuit chez la grand mère, et ma soeur me le raconte ensuite (les filles sont de vraies pipelettes, mais en l'occurence, il n'y a pas vraiment d'indiscrétion car Serena me racontait aussi beaucoup de choses !). Les deux tourtereaux ont passé la nuit à parler. J'ai beau être une grande romantique, je trouve ça stupide, je le dis à ma soeur ! Passe encore si c'était une nuit parmi tant d'autres et si ils avaient eu le temps de se rattraper, mais là ! Je commence à me poser des questions sur mon ami Pierrick (oh ! la vilaine ! ). Rêveur à ce point là c'est presque vexant ! À la place de Serena, ça m'aurait même énervée d'avoir pris la pilule depuis plusieurs mois en prévision ! Mais bon, c'était l'adolescence, et selon ma soeur, c'était une preuve d'amour... Comme du temps de la grand mère sans doute, dont la présence fantomatique dans l'appartement avait du influencer les tourtereaux.
La fin des vacances arrive et notre authentique crétin et surement puceau Pierrick reprend le train pour le Sud. Serena habite chez ses parents et un jour, elle se fait aborder par Lascar, un jeune homme très sûr de lui qui veut faire connaissance. Comble de l'ironie, il l'aborde à la poste alors qu'elle poste une lettre pour Pierrick. Serena accepte de boire un coup avec lui mais lui précise bien qu'elle a déjà un homme dans sa vie.
En effet les choses se précise : Serena a déclaré à Pierrick que dès qu'elle aurait son bac, elle irait continuer ses études dans une grande ville du sud, à 200 km de chez Pierrick. Pierrick est un peu surpris, mais il comprend qu'elle veuille se rapprocher de lui.
À Pâques ma soeur organise une soirée pour son anniversaire dans la maison de campagne. À cette occasion Pierrick revient, mais cette fois chez les parents de Serena qui sont d'accord pour recevoir le petit copain, mais pas dans la même chambre bien sûr ! Du coup Pierrick passera de nouveau du temps avec sa Dulcinée... mais rien... La soirée se passe bien, comme toutes les soirées. Même si Pierrick plutôt sauvage et peu sociable critique pas mal et ne se sent pas à l'aise.
Pierrick et Serena dorment dans une chambre avec 10 autres personnes et des matelas par terre. Et il repart dans le Sud, après un week-end très chargé.
Pendant ce temps Lascar continue son travail de séduction. Il voit souvent Serena, lui parle, l'invite à dîner. Elle se met à nous parler souvent de lui, nous le présente même, mais en temps que copain. Il est petit, maigre, pas spécialement beau. Il a de petits yeux vicieux et détaille sans vergogne tout ce qui porte jupon (d'où le surnom de Lascar). Il est tout de même intelligent, parle facilement, aime Paris et le luxe, faire les magasins. Lascar est aux antipodes de Pierrick.
Or Serena est assez contradictoire, idéaliste certes, elle aime la nature et la campagne, mais elle adore aussi le luxe, faire les magasins, sortir au restaurant et finalement ne s'ennuie pas avec Lascar.
Un jour c'est le clash, notre crétin et sûrem... Pierrick fait un faux pas. Il sort en boîte un soir et trouve un flirt pour la soirée... Pour couronner le tout il l'avoue à Serena.
Serena pourtant gentille, pourtant du genre à pardonner facilement ne veut plus entendre parler de lui. Elle coupe les ponts. Peut-être qu'elle était très tentée par une aventure avec Lascar et qu'elle restait sérieuse pour donner une chance à une histoire qui commençait tout juste. Raison pour laquelle elle est si fachée.
Pierrick le crétinus écrit des lettres désespérée à ma soeur Camomille, suppliant de plaider sa cause auprès de Serena : "dis lui de me pardonner".
Il est d'autant plus crétin que l'été arrive, Serena serait venue en vacances avec nous. Mais Camomille ne peut plus rien pour lui : Lascar a fait main basse sur Serena comme la misère sur le pauvre monde, il n'attendait que ça ! Et il lui interdit formellement d'avoir la moindre relation avec lui de près ou de loin. Pourant Serena aurait aimé voir Pierrick, lui parler en face : c'était elle qui avait pris la décision de la rupture !
L'Eté arrive. Pierrick désespère, pleure. J'ai encore le souvenir de lui, la tête sur mes genoux : "je veux Serena", je tentais de le consoler tout en le traitant de crétin : "si tu avais profité de la seule nuit que tu avais, peut-être ne t'aurait-elle pas quitté ! À cause de tes bêtises, son premier c'est Lascar !"
Et oui je les aimais bien tous les deux, j'aurais aimé les voir ensemble. Et lui disait qu'il aurait aimé la voir au moins une fois, ils n'avaient pas pu s'expliquer.
samedi 20 octobre
L'histoire de Serena (partie 1)
Serena était une amie de ma soeur Camomille. Bien sûr depuis le temps qu'on la connaît, elle est devenue une amie de la famille. J'avais dix-huit ans quand ma soeur l'a connue. Au début de loin, puis de mieux en mieux puisqu'elle a même vécu chez nous pour terminer son année scolaire alors que ses parents déménagaient.
Serena ne ressemble pas vraiment à ma soeur. C'est une idéaliste, rêveuse, je devrais plutôt dire planeuse ! Très naïve aussi, mais cependant intelligente. Elle croyait en la bonté humaine, aurait tendu la main au pire des escrocs (d'ailleurs elle rêvait d'être assistante sociale ou psy) aurait cru aux flatteries du pire des baratineurs. En amour c'était pire que tout. Ma soeur Camomille lui remettait souvent les pendules à l'heure. Un jour elle avait failli accepter l'invitation d'un type dans la rue qui lui proposait de la photographier, une autre fois elle n'avait pas saisi les allusions d'un autre qui lui proposait, pas moins que ça, de faire commerce de ses charmes ! Ma soeur et moi nous moquions parfois de ses belles phrases candides. Bien sûr c'était l'adolescence, le bon moment pour ces choses là !
Serena est aussi gentille, sympathique, simple. Trop gentille sans doute !
Donc Serena rêvait de rencontrer l'homme idéal et passait d'un petit copain à l'autre. Puis un jour elle vient en vacances avec ma famille dans le Sud. Nous passons Camomille et moi dire bonjour à mon ami Pierrick (dont j'ai parlé là) en emmenant Serena. Pas beaucoup d'échanges ce jour là, Pierrick est timide, Serena ne le remarque pas plus que ça.
Mais voilà que de retour à Paris, Pierrick écrit à Camomille pour lui dire qu'il est béat d'admiration pour Serena (à qui il n'a pas dit un mot) et qu'il aimerait bien lui écrire. Ma soeur n'y voit pas d'inconvénient et donne l'adresse de son amie.
S'ensuit une correspondance assidue. Pierrick et Serena font connaissance par courrier. Pierrick est lui aussi un rêveur un peu idéaliste, attaché à sa région et ses traditions. Mais contrairement à Serena, il vit à la campagne et compte y rester. Bien sûr je n'ai pas de détail sur cette correspondance, mais quelquefois Serena nous raconte à ma soeur et à moi des anecdotes. Par exemple comment une fois par un jeu de chiffres, il lui avait demandé de deviner son âge. Elle s'était trompée dans les calculs et il avait plaisanté en lui disant que pour le Bac, c'était pas gagné.
Noël approchait et notre Serena était de plus en plus amoureuse de loin. Elle avait des parents, qui comme beaucoup à cette époque, n'auraient jamais accepté un petit copain à la maison et surtout pas à dormir, nous avions du magouiller avec ma tribu un stratagème. Pierrick viendrait passer Noël chez nous, (ce n'était pas la première fois). Mais au lieu de dormir chez nous, nous lui prêtions l'appartement de ma grand mère qui était hospitalisée. L'appartement de la pauvre grand mère, avait d'ailleurs servi plus d'une fois à héberger des copains, voire à faire des soirées loin des parents ! Serena s'est préparée et pas seulement psychologiquement, elle est aussi allée chez le gyneco se faire prescrire la pilule.
Noël arrive et Pierrick aussi par le train...
vendredi 19 octobre
En dehors de la vie
J'ai souvent ressenti cette sensation quand j'étais encore à l'école. Les rares fois où j'étais malade.
Cette sensation étrange d'être en dehors de la vie. Il se passe des choses ailleurs. Les autres sont en cours, devant un prof. Mais ils ont si peu de réalité, ils semblent être si loin dans l'après midi fiévreuse. C'est tout juste si je me demande pas si ils ont existé, s'ils existent.
Il se passe des choses ailleurs. J'entends le bruit de la vie, le bruit des bus, les klaxons. La vie est dehors et moi je suis en dehors de la vie.
Ce n'est pas que j'ai l'impression de rater quelque chose, non. Comment pourrait-on avoir l'impression de rater une journée comme tant d'autres, une journée du quotidien... C'est simplement que je suis en dehors de la vie...
La sensation je m'en souviens a été plus forte encore un jour où j'étais allée en cours le matin, je me suis sentie si mal le midi que ma mère m'a dit d'aller me coucher. Je ne suis donc pas allée en cours l'après midi.
Aujourd'hui encore cela me fait le même effet. Lorsque l'absence se prolonge, comme pour les congés maternités, on se rend compte à quelle vitesse on a occulté le travail, les collègues, tout ce quotidien, on se demande si ils ont réellement existé, si ils continuent à exister quelque part... si loin et si près à la fois...
Pourtant cette sensation d'être en dehors de la vie n'est pas forcément agréable. Car quand je me retrouve à 14 h en train de regarder une ânerie à la télé, je me dis qu'une vie de femme au foyer, je n'en voudrais pas. Et que je ne suis pas pressée d'être à l'âge où on passe plus de temps chez soi que dehors parce qu'on n'a pas le choix.
Ça n'empêche pas d'aimer son foyer, sa maison ! Mais c'est tellement mieux de la retrouver le soir que d'y être par obligation !
