jeudi 31 janvier
Ce 14 juillet là (dernier acte)
Manivelle est une pipelette. C'est drôle de l'entendre raconter tout ce qui se passe chez elle. Et voilà qu'un jour en vacances chez son père, elle parle d'un certain Pierre. Pierre qui habite à la maison (ce qui est faux) , Pierre qui a des enfants, le nom et l'âge des enfants. D'ailleurs la fille de Pierre est dans la même école que Jolinette ! Et on a mis des lits à étage dans la chambre de Manivelle pour les enfants de Pierre. Ce qui pourrait laisser croire qu'on l'a poussée hors de sa chambre, ce qui est faux ! Il y a longtemps que Manivelle préfère dormir avec sa soeur et garder sa chambre pour jouer !
Monsieur l'ex-mari n'est pas content. Il prend son téléphone. Lui le champion de la fuite, du mél et du sms, prend son téléphone pour appeler son ex-femme... et lui fait une scène !
Pour une femme éplorée, elle n'a pas perdu de temps... Et en plus l'apprendre par Manivelle tout de même ! Il a le droit de savoir qui vit avec ses filles !
Servane est à la fois bouleversée et en colère ! De la part d'un homme qui n'a pas osé lui dire en face qu'il allait avoir un bébé ! (elle apprendra plus tard qu'il en avait parlé à ses filles, espèrant qu'elles passeraient le message, il faut croire que ça ne les intéressait pas du tout, le message n'est jamais passé !)
Ma mère est à son tour bouleversée. Persuadée que Jean-Louis va très mal, qu'il regrette d'être parti...
Que s'est-il passé dans la tête de cet homme ? Regrettera t-il un jour son coup de tête ? Regrettera t-il d'avoir mis tant de distance entre ses filles et lui, surtout quand elles seront adolescentes et qu'il comprendra vite qu'elles ont d'autre priorités que d'aller lui rendre visite ?
Le saurais-je jamais ? J'aurais aimé lui parler, lui dire que je ne le juge pas, lui demander si il est heureux maintenant...
Athéna me disait encore hier qu'il lui manquait, qu'elle aimerait le revoir. Je lui ai dit qu'on le reverrait sûrement un jour. Mais nous sommes les deux seules de ma tribu à en avoir envie, les autres n'ont pas pardonné.
mercredi 30 janvier
Ce 14 juillet là (partie 8)
C'est ainsi qu'à peine trois mois après son coup de tête, Jean-Louis décide de mettre 400 kilomètres entre ses filles et lui. Son départ est prévu pour Mars 2007, soit même pas un an après...
À force de coller les morceaux du puzzle, Servane avait connu toute l'histoire... En avril 2006 Jean-Louis en stage en province avait rencontré une femme (40 ans, deux enfants en bas age, divorcée) qui habitait en province. Il lui avait raconté ses malheurs, (malheurs qu'il était le seul à connaître je précise bien puisqu'il n'en avait jamais parlé à sa femme), à savoir qu'il n'était pas heureux dans son couple. Ils avaient sympathisé, étaient restés en contact... Par mél, msn, ou téléphone, on ne sait pas trop, mais vu le temps que passait Jean-Louis sur son PC, c'était certainement par msn.
A la première dispute, qui comme par hasard se produit dans des conditions idéales, l(es filles sont en vacances, il n'attendait que ça sans doute) il prend sa voiture pour aller se faire consoler ailleurs... Consolation qui a lieu, bien entendu à l'horizontale, même si il jure après ses grands dieux, qu'il ne l'avait pas encore fait ce fameux 14 juillet !
Après quoi se sentant sans doute libre de toute entrave puisqu'il avait dit à Servane que c'était fini, il propose bien gentiment à sa nouvelle maîtresse de passer quelques jours à Paris en l'absence de Madame son épouse... (et non pas un week-end comme il a voulu le faire croire)...
Dans le même temps Jean-Louis fuit sa famille. Ne réponds pas au téléphone à sa soeur, et son père doit insister lourdement pour réussir à lui parler... Cet état de fait rendra service à Servane... Sa belle famille pense que Jean-Louis a "pété un plomb" et reste solidaire avec elle...
Le père de Jean-Louis finit par aller voir Jean-Louis et la nouvelle copine. Il se dit surpris que Jean-Louis qui a toujours habité la région parisienne et vécu en ville ait envie de s'exhiler ainsi. De plus niveau travail il va avoir un poste moins intéressant.
Servane passe par une période toute folle. Elle m'entraîne en discothèque. Elle se fait offrir un verre, je la perds. Je la cherche partout avec mes filles et mon frère. Puis je finis par partir, je trouve un mot sur mon pare brise, "je suis avec Machin, voilà son numéro". Je suis affolée ! Je l'appelle. Le lendemain elle me dira qu'elle a bu deux verres, (ce qui lui suffit largement pour perdre raison) et qu'elle ne comprend pas ce qui lui a pris ! J'ai l'impression de revenir 20 ans en arrière : j'ai 26 ans et elle 16 !
- ne fais pas de bêtises ! Tu sais que maintenant il faut se protéger ! Tu pars avec moi et tu rentres avec moi, c'est clair !
Puis elle passe par une période "site de rencontres". Je la surveille : "préviens moi avant tes rendez-vous, où tu vas, avec qui, je veux le numéro de téléphone du mec, et vérifie qu'il ne t'en donne pas un faux... Ah ! Et attends ! Envoie moi un texto quand tu rentres chez toi !"
Ah ! Qu'elle est dure la vie de soeur aînée !
Ma soeur excitée comme une jouvencelle me raconte les histoires (passionnantes, qui me font bâiller d'ennui) de ses rencontres...
Dès qu'elle est invitée à dîner, même chez mon frère, elle est persuadée qu'on va lui présenter un lot intéressant de célibataires !
Même mes filles rigolent bien :
- Elle est plus gamine que nous !
Pourtant on ne peut pas dire qu'elle ait une jeunesse trop sage et qu'elle voudrait se rattraper !
En mars Jean-Louis s'en va. Il jure qu'il verra ses filles très souvent... Servane pleure pour ses filles. Les voir souvent comment ? Après 4 heures de train, sans pied à terre à Paris ? Elles sont trop jeunes pour voyager seules et il a choisi un coin si paumé qu'il n'y a pas d'acccompagnants SNCF pour les enfants, il faudra qu'il vienne les chercher lui même en train...
Il ne vient pas à la communion de Jolinette au printemps. Il a peur d'affronter la famille. Pourtant mon ex-mari est déjà revenu au sein de la tribu et personne ne l'a mangé. De plus sa soeur, son beau frère et son père nous en aurait probablement empêchés... Son père est lui-même divorcé. Au mariage de Servane et Jean-Louis, le père de Jean-Louis était là avec sa nouvelle femme, et la mère de Jean-Louis avec son nouveau mari...
Le divorce n'empêche pas des parents d'être présents pour leurs enfants lors d'une fête de famille.
Jean-Louis n'assume pas... Jean-Louis n'a pas l'air épanoui... Jean-Louis fuit sa famille, les problèmes. Il ne communique avec Servane que par sms, n'appelle même pas ses filles.
Au repas de la communion de Jolinette, Athéna a fait une crise de larmes. Jean-Louis était toujours entre elle et moi dans les repas de famille et nous faisait rire toutes les deux.
Le temps passe. Servane se lamente, veut trouver l'âme soeur. Je lui dis ce que je dis à mes filles : fais le deuil, prends le temps. Apprends à te connaître, à savoir ce que tu veux, qui tu veux, qui tu es... Une période de solitude n'est pas du temps perdu...
Elle ne m'écoute pas plus que mes filles ! Certaines personnes ne supportent pas les têtes à têtes avec elles-même.
Puis un jour elle recontre un homme charmant à l'anniversaire de mariage d'une amie. Divorcé depuis longtemps, deux enfants. Papa poule trop débordé par ses enfants un week-end sur deux pour avoir eu le temps de trouver une nouvelle femme. Ils se voient régulièrement. Au début elle est un peu réticente, ne veut pas nous le présenter. Je m'interroge, je trouve ça rapide... A t-elle fait le deuil ?
Elle lui présente ses filles, lui ses deux enfants.
L'été suivant, après une semaine à lui téléphoner 15 fois par jour, Servane me dit qu'elle veut l'inviter le week-end. Je pourrais le ramener à Paris en voiture ?
Elle me fait rire. Il vient passer un week-end, il est charmant, à l'aise tout de suite. Mais Servane ressemble à une petite fille tout intimidée. Elle me fait le même effet que lorsqu'elle a amené son premier garçon au sein de la tribu. On dirait qu'elle a peur... Qu'il ne nous plaise pas, qu'il ne soit pas à l'aise, qu'il ait une mauvaise opinion de nous. Tout ça à la fois... Normal à 16 ans, étonnant à 36...
Je lui demande si elle est amoureuse, si elle a fait le deuil si elle a des projets...
Ensuite elle est dans les tourments du divorce. Son futur ex la harcèle pour qu'elle accélère la procédure. En réalité il n'a jamais fait aucune démarche. C'est elle qui a pris rendez-vous avec un avocat avant qu'il ne soit muté. Sinon ils y seraient encore. Mais par contre il ne comprend pas pourquoi elle ne vend pas l'appartement pour lui donner "sa part". Bien sûr ce n'est pas simple...
J'apprends un jour soulagée qu'elle pourra racheter l'appartement. Mais la procédure traîne. Son ex mari ne répond pas aux lettres de l'avocat, ou oublie de signer les chèques. Appelle Servane pour lui demander ce que fait le notaire, parce que lui il ne sait pas téléphoner...
Puis un jour coup de fil de Servane en larmes... Qui répond sans doute à ma question : tu as fait le deuil ?
Jean-Louis lui a envoyé un mél (il ne communique que par écrit sauf exception). Il lui a écrit deux trois trucs (probablement qu'il parle de sous) et finit par ces mots laconiques :
au fait je vais avoir un bébé...
Je console ma soeur comme je peux. Elle veut connaître mon expérience, l'effet que ça fait... L'effet que ça a fait à mes filles d'avoir des "demis". Sauf que moi j'avais fait le deuil...
Il vient en coup de vent signer le divorce et chez le notaire, aller retour, sans prendre le temps de voir ses filles.
Je croyais que c'était le dernier acte... Mais non !
mardi 29 janvier
Ce 14 juillet là (partie 7)
Jean-Louis s'installe dans un studio meublé minuscule, pas très loin de chez Servane et ses filles. Sauf qu'il n'est pas vraiment parti... Souvent il "squatte" encore l'appartement familial parce que c'est plus pratique de faire faire leurs devoirs aux filles dans leur appart... Alors Servane est condamnée à faire les boutiques ou à aller voir sa mère pendant ce temps...
Puis il prend les petites à dormir... Et fais gaffe sur gaffe... Servane lui a demandé de ne pas parler encore de sa nouvelle copine aux filles. Lui il leur montre "une amie" sur msn, ben quoi msn ce n'est pas présenter quelqu'un ? Servane est furieuse... La douleur se ravive...
Et il y a les week-ends (1 sur 2) ou il va la voir en province. En laissant sa voiture garée pas loin de chez ma mère... Nouveau coup au coeur pour Servane...
Pour arranger le tout, ils travaillent ensemble... Pas dans le même service, mais tout de même... Tout le monde sait que Servane et Jean-Louis sont mariés. Et Servane n'a parlé qu'à sa collègue avec qui elle partage le bureau... C'est aussi une amie, et c'est bien pratique. Quand je l'appelle, elle me dit "pas de problèmes, je peux parler, Muriel est au courant de tout".
Alors les gens qui la croisent dans l'ascenseur lui disent "il ne va pas bien votre mari, il est malade ?". En effet Jean-Louis a décidé de ne plus se raser et de s'habiller n'importe comment. Sans doute par rébellion ! Servane lui a souvent reproché son look négligé du week-end, du coup il a décidé de faire pareil la semaine ! Sans penser qu'au travail c'est limite...
Un soir nous sommes invitées Servane et moi chez Camomille, sans nos enfants. Camomille n'habite pas loin de chez Servane qui est venue à pied. Au moment de partir, je propose à Servane de la ramener en voiture, dix minutes à pied la nuit après un bon repas, on a pas toujours envie... Juste au moment où nous partons, Camomille reçoit un coup de fil de son deuxième fils (mon filleul) il a passé la soirée chez un copain à deux pâtés de maison de là, et elle n'a pas trop envie qu'il rentre seul. Camomille me demande si ça ne m'ennuie pas de le prendre et de le ramener... Non non bien sûr. Je ne connais pas ce quartier de la ville, Servane me guide, droite, gauche, droite... C'est un quartier d'immeubles résidentiels qui se ressemblent tous. Servane me dit : "Jean-Louis habite là". Je regarde à droite "c'est sa voiture là !". Nous regardons à gauche, vers l'allée qui mène à l'immeuble... C'est lui ! De dos, il tient par les épaules une femme habillée en noir. Merde !
Servane est dans tous ses états et abreuve d'insulte son futur ex-mari. Quand à moi je suis bien embêtée contre la cruelle ironie du sort... et si... et si on n'avait pas fait ce crochet, et si on était parties cinq minutes plus tard.... plus tôt ! Nul ! Merde !
Nous récupérons mon neveu qui lui rigole bien
- oh là ! Comme si je risquais quelque chose dans ce quartier ! Oh la la ma reum !
Nous déposons l'ado rieur chez sa "reum"...Puis je dépose Servane chez elle, après qu'elle m'ait bombardée de questions :
- elle était habillée comment, elle t'a paru grande ?
- laisse tomber, on s'en fout !
Et puis le temps passe un peu... Pas tant que ça, à peine 3 mois depuis le fameux 14 juillet...
Un jour dans l'ascenseur à son travail, une collègue dit à Servane :
- vous avez fait une demande pour être mutés en province ? J'ai vu votre nom sur la liste, c'est formidable !
Servane s'écroule en larmes dans l'ascenseur.
mercredi 23 janvier
Ce 14 juillet là (partie 6)
C'est la période des cris, des larmes et des règlements de comptes. Et puis il y a les moments dont on se passerait bien... Annoncer à deux petites filles innocents que papa et maman ne vivront plus ensemble... Servane ne veut pas qu'il se défile, elle veut qu'il soit là pour le leur dire, mais elle ne leur dira pas lequel des deux a décidé de mettre fin au mariage...
Pendant ce temps il cherche un studio mais il part régulièrement en province rejoindre "l'autre". Servane me demande comment ça s'est passé pour moi quand j'en ai parlé à mes filles. Elle appelle Athéna qui avait 7 ans quand nous avons divorce, assez grande pour s'en rappeler, assez grande pour en discuter. Comme je la comprends ! J'ai un souvenir atroce de ce moment, et j'ai le coeur serré en pensant à mes nièces. Un soir Servane et Manivelle viennent chez moi regarder un dessin animé. Manivelle est entre nous deux sur le canapé, elle a 3 ans, presque un bébé. Nous sommes tristes pour elle, et Servane se dit qu'elle n'a pas de chance...
Elle n'a pas connu son adorable grand père qui nous a quitté quand Servane était enceinte, et son père va partir trop vite. Qui lui apprendra à faire du vélo, à plonger. Servane se torture en regardant les films de Jean-Louis apprenant à nager à Jolinette... Comment peut on laisser en plan un enfant ? Il les verra, il les prendra en week-end et en vacances, mais quoiqu'on dise, quoiqu'on fasse, rien ne sera jamais plus comme avant...
Je ne sais trop quoi lui répondre, vu que je suis dans la même situation... Je lui dis :
- tu es là toi, tu seras toujours là ! Et puis il y a nous !
Servane a été très émue par l'amour des siens. Jean-Louis ayant monopolisé la voiture familiale sous le ridicule prétexte "la carte grise est à mon nom", Cédric a donné à sa soeur sa vieille fiat, sa deuxième voiture qu'il utilisait peu et comptait revendre. Martine garde souvent les filles. Et comme Jean-Louis a le mauvais rôle, sa belle famille, sa belle-soeur et son beau-père sont restés proches et lui prennent souvent les filles.
Un jour Servane s'énerve parce que la recherche de studio prend trop de temps... Il proteste : "si tu crois que je me sens chez moi depuis que je dors sur le canapé !"
Elle n'en revient pas : "tu ne croyais tout de même pas que j'allais te garder dans MON lit".
Il ne sait pas trop quoi dire... Peut-être bien que si ! Il l'a cru !
Et puis Servane se défoule : "ta p*tasse, ta s*lope"
Oh ! Comme on la comprend ! Comme le dit si bien Camomille : "Tomber amoureuse d'un homme pas libre, ça peut se comprendre, personne n'est à l'abri ! Mais commencer une relation comme ça, je ne te paye même pas même pas l'hôtel, allons dormir chez ma femme et moi, c'est d'un sordide !"
Puis vient le moment où il trouve enfin son studio pas loin du domicile conjugal...
Servane et Jean-Louis annonce la nouvelle aux filles. Enfin c'est Servane qui parle en pleurant. Jolinette bien sûr se met à pleurer... Manivelle n'y comprend rien, mais sa mère et sa soeur pleurent alors elle pleure aussi...
Et lui... Et bien lui il est vraiment mal...
mardi 22 janvier
Ce 14 juillet là (partie 5)
Ce soir là, je ne m'ennuie pas, comme c'est parfois le cas quand j'accompagne mes filles. Jean-Louis n'est pas toujours avec moi, bien sûr, mais parfois on se retrouve à la buvette, ou alors il discute avec Athéna et Artémis, quand elles en ont marre de danser.
Nous ne parlons pas de sa situation. Mais quelque part je sais qu'il sait que je sais...
Je pourrais lui faire la morale, défendre la cause perdue de ma soeur... Je l'aurais peut-être fait à 20 ans, sûre de mon bon droit, sûre d'être indispensable dans ce mélodrame...
Mais là je ne dis rien. Les choses seraient différentes aussi sans doute si j'avais détesté mon beau-frère ou si il m'avait été tout bêtement indifférent... J'aurais pris parti. Pas là...
Et puis en tant que soeur on est aussi très bien placé pour connaître la soeur en question... Bien placée pour savoir pour imaginer sans trop de difficultés ce qu'il peut lui reprocher... Même si je ne lui dis pas à elle, bien entendu... Personne n'est parfait, ni lui, ni elle
Puis une fois les jeunes épuisés et alcoolisés, nous les ramenons au lit. Jean-Louis va se coucher.
Le lendemain Servane me demande comment il s'est comporté, si il a "dragué". Le mot et la question m'étonnent. Comme si tout d'un coup, après 15 ans de mariage dont 9 ans de paternité, Jean-Louis allait se transformer en dragueur invétéré lui qui a toujours été pudique et réservé !
Je la rassure... Elle doit être vraiment à fleur de peau.
Les vacances se terminent. Jean-Louis, Servane et leurs deux filles font les bagages, se préparent à repartir, comme avant... Sauf que plus rien n'est comme avant...
Nous restons, ma mère, mes filles et moi quelques jours de plus. Ma mère est optimiste... Elle a tendance à voir tout en rose, quitte à mettre la tête dans le sable. Elle me dit : "il est venu, c'était une crise, ils vont se remettre, il s'est bien occupé des petites"...
Et avant même que j'ai quitté moi aussi la maison du Sud, ma soeur m'appelle en larmes...
En revenant chez elle, elle découvre l'horreur.
Monsieur l'a non seulement trompée, mais il a emmené une autre femme dans le lit conjugal.
La trahison suprême.... La faute impardonnable...
"Assez crétin pour laver les draps alors qu'il ne le fait jamais ! Et elle ça ne l'a pas gênée de dormir dans MES draps !".
Elle était prête à pardonner une crise, une passade...
Servane doit attendre que les filles soient au lit, ou gardées par un tiers pour hurler sur son mari, l'insulter, l'envoyer dormir sur le canapé...
En même temps elle a honte d'en parler comme si elle était fautive... Elle me demande de ne rien dire...
vendredi 18 janvier
Ce 14 juillet là (partie 4)
Ma mère est un peu tendue, mes filles et moi restons naturelles. Je ne pose naturellement aucune question à Jean-Louis, nous parlons de choses et d'autres. Il reprend sa place à table, fume sa clope dehors à la fin du repas, lit son journal l'après midi dans la chaise longue. Comme avant il me demande d'acheter l'équipe quand je vais au village le matin... Les enfants sont là pour occuper les conversations.
Ce qui m'étonne le plus, c'est ma soeur Servane. Elle ose à peine lui parler, lui poser des questions comme si elle ne le connaissait pas depuis 15 ans... Sa timidité m'amuse et m'étonne. Bien sûr il y a des moments de flottement. Manivelle veut toujours dormir avec sa mère, comme si elle sentait que quelque chose ne va pas. Servane est rassuré, ça fait une bonne excuse pour que papa dorme dans le canapé... Mais Jolinette est plus grande et trouve ça étrange... En temps normal, maman aurait "d'accord pour une nuit, mais après tu retournes dans ton lit, maman dort avec papa"... Même si c'est la vacances, c'est bizarre.
Puis quelquefois lui aussi il est bizarre. Il parle d'une chose, s'interrompt, bafouille. Il a une cartouche de cigarettes qui vient d'Espagne, quand Athéna l'interroge il dit que c'est "quelqu'un" qui lui a ramené.
Le soir il s'isole le portable à la main et téléphone de longues minutes. Lui qui avait horreur d'utiliser le portable sauf en cas d'urgence, qui l'oubliait régulièrement déchargé sur le réfrégirateur où il restait parfois durant un mois..
Ma soeur continue à me bombarder de "tu penses que"... et parfois alors qu'il est à deux mètres de nous... Je ne sais pas quoi lui dire... Je sais que ça ne changera rien, puisqu'il est décidé à mettre fin à leur mariage, de savoir qu'il a quelqu'un d'autre... Je pense qu'elle veut se rassurer, qu'elle ferme les yeux, qu'elle refuse d'y croire alors qu'elle a tant d'indices sous le nez...
En même temps je la comprends : tant que le principal protagoniste refuse de mettre des mots sur les faits, elle se réfugie dans le spéculations. Mais pourquoi diable ne dit-il pas les choses ? De quoi a t-il peur ? D'une crise, d'une scène ? Elle ne le ferait pas devant ses filles, et puis ma mère et moi sommes là pour calmer le jeu...
Les vacances touchent à leur fin, c'est la fête au village. Mes filles rejoignent leurs potes aux auto-tamponneuses, les petites font des tour d'avions. Je suis à la terrasse du café avec Jean-Louis et Servane. J'avoue que là j'ai un peu de mal. D'habitude je me plains de ne pas avoir d'adultes pour me tenir compagnie quand je sors avec mes filles, là je me passerais bien de cette ambiance pesante où je suis la seule à parler normalement à deux éléments d'un couple qui n'arrivent plus à communiquer... Sans compter que rassurer continuellement ma soeur sans lui dire ce que je pense vraiment :
oui c'est clair il en a une autre, oui sinon il ne téléphonerait pas... Et il serait allé où à la mer, chez qui ? C'est forcément une qu'il a rencontré le 14 juillet...
Mais je me tais. Elle ouvrira les yeux bien assez tôt... À quoi bon faire du mal à quelqu'un qui aura mal de toutes façons ?
Heureusement ils se couchent plus tôt que moi et je rejoins mes filles à la buvette et au bal. Mes filles sont assez grandes pour que je puisse leur parler du problème, et assez jeune pour ne pas s'impliquer ni en avoir l'air devant le couple.
Mes filles invitent tous leur copains pour un barbecue. Je demande à Jean-Louis de m'aider pour faire griller les saucisses. Nous préparons une grande table pour les jeunes, et une plus petite pour Martine, Servane, Jean-Louis et moi. Les petites sont toutes excitées à l'arrivée des "grands" et en profitent pour apprendre de tas de gros mots.
À table Jean-Louis ne s'assoit presque pas. Le barbecue lui sert de prétexte. Ma mère et ma soeur sont de mauvaise humeur et parlent à peine. Heureusement les jeunes sont en forme. En fin de repas, ma mère va se coucher, Servane va coucher Manivelle. Jean-Louis et moi servons le café puis nous installons à la grande table côte à côte. Les jeunes vont et viennent, ne restent pas assis.
Nous parlons beaucoup, nous rions. C'est la première fois depuis le début des vacances que Jean-Louis est vraiment en forme !
Nous devons aller à un concert en plein air, mais les jeunes s'amusent, personne n'est pressé !
Puis enfin nous partons dans deux voitures. Moi je prends l'espace pleine de jeunes, un autre garçon qui n'a pas bu en emmène 5. Puis soudain sans prévenir Jean-Louis me dit qu'il veut venir aussi : "tu ne seras pas la seule vieille".
Merci pour la vieille... Cette soirée me laissera un souvenir inoubliable...
jeudi 17 janvier
Moqueuses
Je ne vous ai peut-être jamais avoué cette tare particulièrement horrible : je suis fonctionnaire... (je ne vous dirais pas où il y a des limites à l'impudeur !).
Mais pour les besoins de ce billet, je dois le dire Argh !!!Donc dans la fonction publique, on passe des concours... tout le monde connaît. C'est très bien pour l'égalité des chances, c'est très bien pour monter les échelons... Sauf que passé un certain âge et un certain nombre d'années dans la "boîte", on se dit que passer encore des examens à l'âge adulte, ben bof !
Sans compter que dans certaines administrations les épreuves des concours internes (je ne suis pas téméraire au point d'essayer de changer d'administration) n'ont pas grand chose à voir avec le travail sur le terrain. Alors plancher sur une note de synthèse sur les tribunaux administratifs et passer un oral sur la réforme de l'Etat, ben voilà c'est un pensum....
Là vous vous dîtes, mais quel rapport avec le titre du billet ? J'y viens !
Donc j'ai gravi péniblement glorieusement les échelons, et lors de mon dernier succès, j'ai rencontré dans le stage dit "d'adaptation" (obligatoire même si ça fait 20 ans que tu fréquentes le même Ministère, mais c'est vrai que les Ministres changent) une copine de galère, Lisa. Nous somme restées en contact, et voilà que depuis le début de l'année, Lisa me motive pour passer un autre concours pour devenir chef cette fois ci !
Alors que moi je m'étais bien juré que c'était fini que je me contenterais de mon misérable énorme salaire en attendant ma non moins énorme retraite... Mais bon en même temps, elle n'a pas tellement tort, ce serait idiot de ne pas profiter de cette chance et si je n'avais jamais passé de concours, j'en serais encore à faire des trous dans des fiches cartonnées ! j'exagère bien sûr !
Donc nous voilà donc à nous auto encourager, à nous plaindre par téléphone des sujets lamentables et des correcteurs très mauvais... À comparer nos glorieuses notes, et nos mirifiques progrès...Bref, nous voilà revenues à l'école...
Il y a quelques jours, nous avons assisté à un concours blanc. Après la pause café, nous nous installons, nous étalons plutôt... La madame devant le tableau explique qu'elle va distribuer les sujets... Et mon amie et moi continuons à piapiater même une fois qu'il faut se taire...
Après coup je me retiens de rire : nous sommes bien des filles... se dit la mère qui lève un sourcil qui se veut sévère en lisant le bulletin d'Artémis :
- Comment se fait-il qu'il y ait écrit "bavardages" aussi souvent sur ton bulletin ?
Puis une fois plongée dans les méandres de mon esprit de synthèse et d'analyse, le stylo à la main, je lève parfois le nez et je regarde la salle. Les gens sont tous plus âgés que ma complice et moi. Plus que la cinquantaine, on dirait que certain n'ont pas quitté leur bureau depuis des lustres... Ça ne veut rien dire, mais je me dis à part moi (ouh la vilaine) qu'ils n'ont pas la tête de l'emploi !
Bon c'est pas beau, ça je ne le dirais pas tout haut !
Puis cette aprèm Lisa m'appelle parce qu'elle a eu sa note. On parle, on compare, on pense au corrigé, je me décourage : "non mais laisse tomber, aucune chance, je suis nulle !"
Elle proteste :
- je ne veux pas être méchante, mais tu as vu les gens dans la salle ?
J'éclate de rire ! Je n'osais pas et là, du coup j'ose !
Peut-être une manière de se rassurer ?
Peut-être qu'être fille c'est aussi être moqueuse. Hé ! Moqueuse c'est pas méchant hein !
Artémis a du mal à accepter ce côté moqueuse (que j'ai en commun avec Athéna), elle dit que je critique tout le monde. Alors que critiquer c'est différent, c'est plus méchant (et oui bien sûr ça m'arrive !). Pour moi critiquer c'est plus juger le comportement de quelqu'un !
Mais moqueuse, ça j'ai été à bonne école avec ma mère et mes soeurs. Je me souviens de ma mère à un feu d'artifice du 14 juillet, qui avaient déclenché chez ses 3 filles un fou rire ininterrompu :
- tu as vu la tronche de la femme du préfet ? Il doit pas rigoler sous la couette !
lundi 14 janvier
Ce 14 juillet là (partie 3)
Le temps passe, je suis enfin en vacances. Je tiens compagnie à ma soeur, je sors le soir avec mes filles. Servane n'a pas le moral, pas envie de sortir. Elle passe son temps à me poser des questions auxquelles je ne peux pas répondre... Parfois je me crois revenir en arrière : j'ai 26 ans et elle 16, et elle passe son temps à me questionner : "tu crois que je lui plais, tu crois que ça va durer, tu crois qu'il va revenir, tu crois que ça va marcher"...
Question auxquelles je ne peux pas répondre, parce que je n'ai pas réponse à tout, ou parce que je suis délicate... Parce que je me doute de certaines choses mais je ne peux pas le dire...
Et puis moi Jean-Louis je l'aimais bien... Je ne vais pas le détester du jour au lendemain... Si ce n'est qu'une crise, une passade, je ne dirais pas un mot... Bien sûr je suis triste pour ma soeur, pour ses filles... Mais quelque part, leur problème de couple ne me regarde pas, même si je suis à l'écoute... Je répète bien souvent ça à ma mère qui ne veut pas l'entendre.
Entre les coups de fil à son garagiste à Chateauroux, la réparation traîne et ceux à son ex, Servane est occupée... Pourtant il n'appelle pas souvent Jean-Louis. Même quand ses filles laissent un message sur son répondeur...
Quand je les regarde, j'ai mal au coeur. Jolinette si gaie, si bavarde... En âge de comprendre... Comment va t-elle réagir ? Et Manivelle, trois ans... Elle pose des tas de questions : "où est papa, il vient quand ?". Serena lui répond qu'il bricole à la maison. Mais c'est long... Avant il venait tous les week-ends lui aussi.
Finalement la voiture est réparée. Il va la chercher à Chateauroux. Puis il dit à Servane qu'il part en vacances à la mer, et qu'il viendra après dans la maison de vacances. Il ne veut voir personne de la tribu à part ma mère et moi (nananèreuh !).
Il ne veut pas être jugé, il a peur du regard des autres... Ça se comprend... Même si il y a fort à parier que personne n'aurait rien osé dire, il y aurait eu une certaine gêne tout de même... Et puis il sait très bien qui lui pardonnera et qui le condamnera...
J'essaie de distraire ma soeur, je lui prête ma voiture.
Elle me dit qu'elle veut bien pardonner une passade... Que parfois elle est sûre de vouloir revivre avec lui, parfois non...
Elle me parle de ses absences malgré sa présence... Pas de tendresse, pas de compliments, des heures devant l'écran... De son manque de motivation même vis à vis des filles. Plus envie de faire pour Manivelle ce qu'il a fait pour Jolinette, lui apprendre à faire du vélo, l'emmener au manège... Une impression de démission qui pèse à Servane...
Jean-Louis a appelé son père. Mais n'a rien dit à part "c'est fini". Son père lui a demandé si il avait quelqu'un d'autre. Il a dit non. Il a aussi juré à Servane qu'il ne l'a pas trompée... Maintenant elle doute... parce que si ce n'est pas fait, que va t-il faire en vacances à la mer, et avec qui...
Cet été là, mes filles et moi sortons beaucoup. Nous allons voir des festivals de rock en plein air parfois à plus de cinquante kilomètres de là. Nous rentrons au petit matin. Les copains des filles squattent la maison, les lits, les mobylettes montent et descendent le jour ou la nuit. J'aime bien cette ambiance...
Servane me demandent comment je fais. Comment j'ai survécu seule, pourquoi je ne cherche pas quelqu'un... Je lui dis que j'ai 10 ans d'avance sur elle. Que j'ai vécu de sales moments aussi, mais que plus les filles grandissent moins on se sent seule.
Puis enfin dans la maison ne reste plus que Martine, Servane et ses filles, Louisianne et ses filles. Jean-Louis annonce son arrivée...
Le jour où il arrive, il se gare devant la maison... Il hésite, il descend de la voiture. Servane pousse ses filles devant elle, et se cache derrière moi. Les filles se précipitent sur leur père, puis je m'avance.
Je lui demande si il a fait bon voyage... Il se détend. Servane vient lui dire bonjour, puis mes filles, et enfin Martine.
Manivelle lui demande dix fois : "papa tu as bricolé à la maison"...
Il ne lui reste plus qu'à s'installer... reste le problème du lit...
jeudi 10 janvier
Ce 14 juillet là (partie 2)
Le mardi matin je reçois un mél au bureau :
"Voilà c'est fini, il ne veut plus continuer, il veut qu'on se sépare". Comme c'est plutôt calme au bureau, je l'appelle. Je lui demande si elle est seule. Non sa collègue est en face d'elle, mais heureusement, sa collègue est une amie, elle est au courant, de plus je la connais aussi.
Elle parle. Ils ont parlé, mais ça a été difficile. Jean-Louis est plutôt calme, casanier, rarement énervé. Il avait du mal à décoller de son PC ou de son lit, parlait peu avec Servane au quotidien, mais se montrait très gai en famille. Et voilà qu'il a mille reproches à lui faire. Trop autoritaire (parce qu'elle voulait commencer les travaux), trop ceci, trop cela... Voilà qu'il sort des griefs qu'ils n'avait jamais exprimé... Elle se pose des questions. Ainsi il avait tout gardé à l'intérieur, il devait bouillir et tout ressort d'un coup. Était il à ce point mal dans sa peau ?
Il lui dit : "ça fait 3 ans que ça ne va pas". Elle tombe des nues !
- il y a trois ans, on a acheté un nouvel appartement et on a fait un bébé : Manivelle !
Il n'a pas voulu lui dire où il était allé le week-end.
Je crois que les coups de fils entre nous ont du durer un jour ou deux. Le soir j'invite ma soeur à manger une salade dans le jardin. Mais elle va très mal. Elle n'arrête pas de pleurer. Tout s'écroule, tout son univers. Elle pleure dès qu'elle prononce le prénom de ses filles.
- mes pauvres petites filles ! Elles ne vont rien comprendre ! Que vont-elle devenir ? Qu'est ce que je vais devenir ?
Je la rassure : regarde moi ! Regarde Athéna et Artémis, elles ne sont pas si malheureuses !
Mais je lui dis surtout d'attendre. Cela ressemble à une crise. Elle me dit des choses qu'elle n'a jamais dites à personne. Jean-Louis lui avait déjà dit il y a longtemps qu'il n'allait pas bien, qu'il n'était pas heureux. Puis cela semblait s'être tassé. Elle me dit qu'il passait du temps sur Internet. Sur des forums, à chatter, à écrire.
Un jour elle avait reçu le mél d'une femme qui lui disait de s'occuper plus de son mari, qu'elle allait le perdre. Cette femme avait réussi à trouver son mél au travail. Bien sûr elle était furieuse. Lui avait trouvé l'excuse de l'amitié virtuelle. Elle lui a fait un discours de ce genre :
- facile de ne montrer qu'un côté de toi sur la toile ! Montrer ce que tu veux bien montrer ! Facile de dire "ma femme me néglige" et d'en trouver des dizaines prêtes à te consoler !
Je ne lui demande pas pourquoi elle ne m'a pas raconté tout ça, je le sais. Pas envie d'entendre la tribu donner des conseils ou juger. Pas envie que l'on porte un regard différent sur Jean-Louis.
Bien sûr j'avais eu des indices. Je parlais beaucoup avec Jean-Louis. Un jour il m'avait dit que peut-être sur des forums, je pourrais faire des rencontres (alors que je n'avais rien demandé). Parfois il avait eu des plaisanteries étranges... Mais comme il a un côté ado, faire la part de l'humour et de la réalité !
Servane se demande si il n'a pas rejoint le week-end une rencontre virtuelle. Elle va mal, fuit son foyer, mange chez mon frère ou avec moi. Puis elle prend rendez vous chez le médecin, elle a perdu 4 kilos. Elle en perdra 8 en tout avant le mois d'août.
Le médecin se transforme en psy pour l'occasion. Il est très gentil, très à l'écoute. Il lui dit de ne pas prendre de décision hâtive : "c'est peut-être une crise, les hommes partent mais reviennent. Les femmes prennent toujours la décision du divorce. Les hommes sont lâches, je le sais j'en suis un ! Lui il ne sait pas ce qu'il veut, mais si vous prenez une décision, il laissera faire, alors que ce n'est peut-être pas ce qu'il voulait, il se laissera porter par les événements".
Ce brave médecin lui fait un arrêt maladie. Bizarrement il avait presque le même discours que moi. Du calme, attends... Camomille au téléphone s'excite : "mais qu'elle quitte cet ignoble s*laud, d'ordure, de c*nnard, mais qu'elle le foute dehors, ça lui apprendra". Elle tient le même discours à Servane : "jette le, quitte le, venge toi !". Inutile de préciser que Camomille n'a pas d'atomes crochus avec Jean-Louis !
Servane est donc en arrêt maladie et part plus tôt en vacances rejoindre une partie de la tribu, Camomille et ses 4 enfants, Ma maman, Cédric et ses filles (sa femme Mariane travaille) et Athéna et Artémis. Quand à moi je continue mes voyages tous les week-ends.
Jean-Louis n'est pas content que Servane prenne la voiture. Tant pis, elle lui dit qu'il n'aura qu'à descendre en train et qu'ils remonteront ensemble comme prévu.
Servane est sur la route, j'appelle comme toujours pour voir si tout roule. Contrairement à moi Servane n'a pas l'habitude de conduire 6 heures seule, et elle n'aime pas particulièrement ça. Je l'appelle. Catastrophe.
- Je suis à Chateauroux, la voiture a brûlé, enfin le moteur ! J'attends la dépanneuse !
Un malheur n'arrive jamais seul ! Je téléphone à la maison de vacances, pour leur dire qu'elle sera en retard.
J'écris à ma belle soeur Mariane, qui me réponds :
"La pauvre, elle va être à ramasser à la petite cuillère ! Mais pourquoi ce n'est pas arrivé à Jean-Louis quand il a fait sa fugue le 14 juillet !"
Puis de coup de fil en coup de fil, je suis le périple de Servane. Un dépanneur est venu la chercher, envoyé par l'assistance, mais ce n'est pas un garagiste. C'est elle qui doit appeler partout pour trouver quelqu'un qui veut bien prendre sa voiture. Mais sa voiture est vieille, personne n'en veut. Finalement elle trouve. Un taxi l'emmène jusqu'à une société de location où on lui prête une voiture, tellement moderne qu'elle met 5 minutes à la démarrer : pas de clé, une carte !
Elle arrivera à minuit épuisée à la maison de vacances.
Le week-end suivant je fais le voyage avec Luc. Il me dit en parlant de Jean-Louis :
- je n'aurais jamais fait ça !
- quoi partir ?
- non revenir ! Si il est parti qu'il aille jusqu'au bout.
Je retrouve Servane et nous parlons. Bien sûr l'humeur est morose. Voir Jolinette parler et rire et se demander ce qu'il l'attend... Regarder Manivelle 3 ans. Se souviendra t-elle de son père si ils se séparent... Comment tout cela finira t-il ?
Servane se pose mille questions. Elle sait que Jean-Louis n'est pas allé ni chez son père, ni chez sa soeur. Elle me demande mille fois si je pense qu'il l'a trompée. Que lui dire ?
Je ne sais pas peut-être, peut-être pas... C'est une femme qu'il est allé voir tu es sûre ? Il n'a pas d'ami homme ? Une amie ? Moi en tant qu'amie d'un homme marié malheureux qui vient me voir en pleine crise, je ne le précipiterais sûrement pas dans mon lit... Mais bon on ne sait pas qui c'est cette femme...
Servane m'entraîne au cyber café. Elle consulte les relevé de carte bleue du 14 juillet. Elle voit qu'il a pris de l'essence dans un bled inconnu. Elle me demande comment faire pour situer le bled. Je l'aide. C'est sur l'autoroute de l'Est. Nous rions en même temps, on est pas un peu débile, là ?
Et lui quel crétin, il a cru que tu ne verrais pas les relevés de CB ?
mardi 08 janvier
Ce 14 juillet là (partie 1)
Il y a des choses qu'on ne peut pas écrire tout de suite... Parce qu'il faut prendre du recul, parce que c'est douloureux... Et puis un jour la plume court toute seule... se débloque...
C'était en juillet 2006. Ma mère et mes deux filles étaient dans le Sud, dans la maison de vacances. Je les rejoignais tous les week-end, dont bien sûr ce week-end du 14 juillet...
J'avais emmené en partant le vendredi soir, les deux filles de ma soeur Servane, Jolinette (8 ans) et Manivelle (3 ans). Comme tous les ans, elles passaient le mois de juillet sous la garde de leur grand mère, et leur parents les rejoignaient en août...
Servane et Jean-Louis avaient des travaux à faire dans leur cuisine. Servane devait nous rejoindre une semaine avant son mari à la fin du mois. Ils décalaient leurs vacances (lui restait une semaine de plus) pour que leurs filles en profitent...
Dans l'ensemble nous nous entendons bien dans la famille. Mais malgré nos 10 ans d'écart, c'est de ma soeur Servane et de son mari Jean-Louis que je suis le plus proche. C'est eux qui restent le plus longtemps en vacances avec nous (ma mère, mes filles et moi) dans le Sud. Camomille est prof, elle reste un mois avec ses enfants en juillet, puis part ailleurs quand son mari est en congé. Les filles de mon frère Cédric viennent aussi sans leur parent, mais Cédric a une épouse bretonne qui ne supporte pas la chaleur, donc ils viennent un week-end prolongé, voire une semaine à tout casser, récupérer leurs filles et repartent.
La fin du mois d'août c'est toujours la période d'accalmie, où on se retrouve moins nombreux. Avec Servane et Jean-Louis, ça se passe toujours bien. Nous sommes sur la même longueur d'ondes... Pas de stress, pas de cris, pas de problèmes d'enfants du style "tu devrais sévir avec tes enfants". J'adore leurs filles, Servane est la marraine d'Athéna. Jean-Louis s'entend bien avec mes ados, il n'est ni coincé, ni moralisateur, il est un peu ado lui aussi. Et Artémis et Athéna adorent s'occuper de Joliette et de Manivelle. Les petites, elles demandent à être coiffés, maquillées, déguisées...
Le voyage du vendredi 13 avait été un peu difficile, je suis habituée à ma tranquillité... Mais entre Jolinette qui n'arrêtait pas de parler, Manivelle qui tirait les cheveux de sa soeur, j'attendais avec impatience qu'elles s'endorment ! À chaque arrêt, Manivelle me demandait de quelle couleur était ma voiture, elle ne la reconnaissait pas sur le parking...
Ce week-end là exceptionnellement ma soeur Camomille est partie avec ses enfants rejoindre des amis à Perpignan, et son mari Luc (qui travaille) les a rejoint en avion. Le samedi, j'emmène ma mère et les petites au lac où un spectacle avait lieu. Mes filles sont parties rejoindre leurs copains. Au retour ma soeur Servanne m'appelle. Je suis dans la voiture en train de me garer et il y a le haut parleur. Elle pleure. Je lui dis "attends".
Je descends de la voiture et je m'isole avec le téléphone. Elle m'annonce en larmes qu'elle s'est disputée avec son mari et qu'il a quitté la maison. Je l'écoute... Je pose des questions...
Un mot de trop, parce qu'elle lui reprochait de ne pas commencer les travaux de la cuisine, alors qu'ils devaient faire ça tout le week-end. Enervée, elle était partie faire les boutiques... Elle avait reçu un SMS : "je ne suis plus à la maison", et avait constaté que la voiture avait disparu.
Elle me dit qu'elle veut nous rejoindre en train et repartir avec moi en voiture...
Je lui déconseille. Je lui dis qu'elle va être crevée, que ses filles ne vont rien comprendre. Nous calculons les horaires de train, elle pourrait partir le soir et arriver à 6 h du mat... Pour repartir en voiture à 17 h.
Plus tard Camomille me reprochera de lui avoir conseillé de rester ! Peut-être ai-je eu tort... Mais j'ai réagi à chaud, et pour moi Jean Louis allait revenir avant la fin du week-end...
Puis je lui passe notre mère. Ma mère n'a jamais eu le chic pour consoler, elle a tendance à faire l'autruche, à nier le problème, "tout va s'arranger, pense à tes filles, secoue toi". Plus tard quand elle ne peut plus nier le problème, elle gère son stress en ressassant, en cherchant un coupable, ou en prétendant qu'elle avait vu venir la chose !
En ville, Servane est seule. Cédric est parti en Bretagne avec sa famille pour le week-end. Je l'appelle régulièrement. Je recharge mon portable toutes les 10 minutes, car je n'ai pas de forfait et je ne l'utilise jamais autant ! Servane me dit que Jean-Louis a déjà eu des crise, dit qu'il n'était pas bien, pas heureux. Mais cela semblait s'être tassé...
Camomille m'appelle. Elle me dit que Luc rentre en avion, elle voudrait savoir quand je rentre, il faudrait quelqu'un pour aller le chercher à Orly. Malheureusement je risque de ne pas être rentrée, et avec le péage de Saint Arnoult, on sait à quelle heure on est bloqué, mais pas à quelle heure on sera débloqué !
Du coup elle me demande comment va Servane :
- mal ! Jean-Louis est parti !
- je m'en doutais ! Je lui ai demandé si elle pouvait aller chercher Luc et elle m'a dit "je n'ai pas de voiture" et s'est mise à pleurer. Je vais l'appeler.
Je me demande si Servane va apprécier, si j'ai eu tort ou raison. Cédric vite au courant de la nouvelle appelle aussi sa soeur. Je n'ai pas eu tort : la solidarité s'est mise en route, les mains se sont tendues.
Servane ne veut pas rentrer chez elle le dimanche soir. Elle ne veut pas qu'il la trouve sagement à la maison en rentrant. Luc est rentré, il invite Servane à manger puis à regarder le film, il lui propose de dormir chez lui. Luc d'habitude peu bavard, se montre très gentil. Mais Servane préfère dormir chez mon frère Cédric, rentré lui aussi, car c'est plus près de son travail. Elle reçoit de nouveau un SMS de Jean-Louis "Où es-tu, quand rentres-tu ?". Elle ne répond pas...
Je suis rentrée, je travaille. Le lundi nous communiquons par mél ou par téléphone ma soeur et moi. Je sais que le lundi soir ils vont s'expliquer donc je ne l'appellerai pas...
