Une grande rêveuse

Des petites choses que j'aimerais bien dire à quelqu'un

mercredi 30 avril

Hommage à mon papa

muguetÇa fait longtemps que je veux lui rendre hommage... Mais c'est difficile, c'est comme profaner une tombe... Toucher à l'intouchable. Demain c'est le premier mai. Il m'apportait toujours un petit brin de muguet ce jour là. Depuis sa mort en 2003, mon frère a pris la relève pour que je ne sois pas en manque de muguet, parce que mes filles oublient souvent...

Il me manque encore bien souvent. J'entends sa voix. Je pense à lui quand je lis un livre que j'aimerais lui faire lire, quand quelque chose casse chez moi et que je ne peux plus l'appeler pour bricoler, quand je vois un objet qui lui aurait plu, un événement, une maison, un endroit... et que je sais ce qu'il aurait dit, ce qu'il aurait pensé...

Mon papa Eugène c'était mon dieu, mon idole, je l'admirais, je le craignais un peu, j'étais fière de lui comme il était fier de moi...
Il était à la fois bricoleur et érudit, ce qui a toujours forcé mon admiration. De plus il avait un peu touché à tout : il savait jouer du violon et peindre. Il collectionnait les antiquités, les beaux objets.

C'était un homme intègre, sérieux, un mari et un père aimant. Même si il a toujours pris son travail au sérieux, il ne vivait que pour sa femme, ses enfants, sa famille. Rien ne comptait plus que cette vie là. Sa maison et sa maison de campagne, c'était aussi un fils attentif qui s'est occupé de ses parents jusqu'au bout.
Il n'aimait pas les voyages. Avec ma mère ils recevaient quelques amis, mais pas beaucoup. Pourtant il a toujours été charismatique, apprécié pour sa gentillesse, son intelligence et son humour, mais les amis comptaient peu pour lui. Sa famille c'était sa bulle.

Il rêvait d'avoir un seul fils et plein de filles parce qu'il aimait l'ambiance que mettent des filles dans une maison. C'est sûr que le maquillage qui traine, c'est mieux que les chaussures de foot ! Pari réussi avec trois filles et un garçon. Et mon frère est un garçon plutôt doux, normal avec 3 sœurs il n'avait pas intérêt à jouer les machos !

Ce que Eugène aimait par dessus tout c'était partir en vacances avec ses quatre enfants dans la voiture. Il ne voulait pas qu'on le quitte. Il rêvait, comme dans Dallas, d'une immense maison où nous aurions tous vécu, ses filles avec maris et enfants, son fil avec femme et enfants. Il a très mal vécu nos départs, s'en plaignait à ma mère.

Il faisait rire un de mes beaux frères, car dès que l'une de nous avait un coup de blues, il disait à ma mère :
"ben qu'elle revienne à la maison". Sous-entendu : le mari on le laisse, (un détail) les enfants pas de problèmes, elle les prend ! 
Ma mère lui expliquait que revenir chez ses parents c'était régresser et pas si simple !
Il a été aussi un grand père parfait. Patient, poussant les landaus, regonflant les vélos, trois petites filles à la fois sur les genoux, lisant une histoire ou regardant un dessin animé...

Mes premiers souvenirs sont très lointain. Je devais avoir 3 ou 4 ans. J'étais à la maison de campagne, je regardais mon papa en pantalon de velours côtelé bêcher pendant des heures. Puis quand il s'apprêtait à rentrer dans la maison, je posais ses chaussons à la porte, et je courrais me cacher. Mon papa me cherchait pour me prendre sur ses genoux, m'apprivoiser... La raison de ma timidité ? Je l'ai totalement oublié mais mon père a passé deux ans en Algérie. Nous avons du refaire connaissance...

Mais Eugène c'était aussi l'élégance. Quand il travaillait, il portait un feutre et un costume trois pièces. J'étais fière de lui, j'aimais caresser sa cravate. Il m'emmenait à la maternelle et je ne voulais pas le quitter, alors il me donnait son grand mouchoir à carreaux pour que je sente son odeur.

J'ai une photo de cette époque. Mon père qui ressemble à Humphrey Bogart avec son chapeau, ma mère en tailleur, talons aiguilles et chignon banane, et moi toute petite au milieu, cheveux noirs et courts et robe en organdi. Photo d'une époque lointaine où on a l'impression que tout était rose : les couples s'aimaient pour la vie, l'homme était sérieux et fidèle, la femme ne se posait pas de question existentielle.

Eugène était fonctionnaire. Il appartenait à cette génération où on est fier d'être fonctionnaire, où on se sent investi d'une mission.  Il était chef et a toujours laissé le souvenir d'un homme intègre et juste.  Humain juste  ce qu'il faut, intraitable avec les tires au flan. Il était respecté car respectable.

Papa c'était aussi le patriarche. Il n'a jamais levé la main sur nous, mais quand il élevait la voix on savait qu'il  fallait se tenir à carreau. Même si il n'avait rien dit, on savait d'instinct que certaines choses ne plairait pas à papa.

Il me fait penser aussi au Lino Ventura de "la gifle", un homme gentil, mais capable de coups de gueule.
C'était lui qui "affrontait" le monde extérieur : réclamation dans les magasins, hopitaux, copropriété. Pour sa tribu il se battait (pas physiquement bien sûr).

Mais ce n'était pas seulement en famille qu'il en imposait. Il forçait le respect. Aucun de nos amis ne se serait mal comporté devant lui ou ne se serait montré familier. Même ses gendres ont toujours gardé une certaine réserve. Le seul qui n'était pas intimidé était Laurent (qui lui ressemble beaucoup j'en parlerais plus loin).

Sans doute que les gens de l'extérieur ne voyait pas sa sensibilité. J'avais lu "La conversation amoureuse" d'Alice Ferney et je lui avais prêté, nous en avons beaucoup parlé. Peu d'homme lisent et commentent ce genre de livre. Il avait un côté si romantique, qui frisait parfois la naïveté. Il aimait les beaux films, les grands sentiments. L'amour, la famille, les enfants, les vraies valeurs. Parler ou regarder des films sur la guerre ne lui faisait pas peur, il connaissait et son père aussi.  Mais la porno*graphie, le v*iol, l'in*ceste et toutes ces horreurs, cela dépassait son entendement il en était presque naïf. Il était abasourdi quand ses filles lui racontaient de quelle manière certains hommes se collaient (enfin une certaine partie de leur anatomie) à elles dans le métro... C'était à des années lumière de lui...

Il était jaloux de ses filles, peu de garçons trouvaient grâce à ses yeux. De toutes façons bien peu étaient des courageux, capables d'avoir un vrai métier sérieux.

Ma relation avec lui

Fille aînée, fille préférée (aux dires de mes sœurs) j'ai toujours été proche de lui. Si je faisais un cauchemar je criais "papa".

Tout n'était pas tout rose : mon père avait du caractère moi aussi !  Pour lui j'étais trop paresseuse à l'école. 
Nous nous disputions, qui aime bien châtie bien !  Il avait une vision de la femme pas très claire, sans doute  à cause  de cette génération charnière...
Il aurait voulu que ses filles soient des femmes au foyer accomplies (comme sa mère et sa femme) mais en même temps bardées de diplômes (comme lui) parce qu'il faut bien vivre.
Or ne pas travailler je m'y voyais bien (mais pas pour devenir une ménagère accomplie) et munie du diplôme de grande rêveuse je m'y voyais bien aussi !
Pourtant, plus tard il a été fier de moi dans mon rôle d'épouse et de mère, et aussi de mon travail... Je pense qu'il se faisait surtout du souci pour moi...

Je disais souvent à mon père que j'étais son fils et sa fille. Pour Cédric mon père était un dieu, un modèle, jamais il ne se serait opposé à lui. À 30 ans il appelait encore mon père pour qu'il le conseille pour son travail.

Les disputes politiques c'était avec moi, le bricolage aussi (mon frère a deux mains gauches). Je lui disais souvent que je voulais bien l'aider mais que je ne pouvais pas porter de lourdes charges. À la fin de sa vie, il m'appelait pour changer ses essuie glace et soupirait "tu es plus douée que moi, tu m'as dépassé, je ne suis plus bon à rien !".
Il pouvait aussi avoir des discours intolérants, parce qu'il ne comprenait pas qu'on ne vive pas comme lui. Mais il était intelligent et quand je lui expliquais, il comprenait.  Une grande force : admettre ses erreurs, ne pas être buté...

En grandissant j'ai réalisé que mon père cherchait le conflit en public. À table le dimanche ou devant ma mère. En tête à tête nous ne disputions jamais.  Je m'asseyais près de lui dans le jardin, nous marchions doucement bras dessus bras dessous, nous parlions de livres, de films, de mes filles. Il m'appelait sa petite fille. Quand j'ai compris cela, les disputes ont cessé,  je désamorçais tout de suite le conflit, ça n'en valait pas la peine.

J'ai travaillé avec lui. Il m'a fait rentrer dans son service pour un job d'été. Quand j'allais le voir dans son bureau, j'aimais sa façon de reboucher son stylo plume et de me dire "comment ça va ma petite fille" alors que j'avais 20 ans. Plus tard je suis rentrée dans l'administration comme lui. Ma mère était un peu jalouse de notre complicité, et pourtant elle faisait tout pour s'effacer, comme trouver une excuse pour ne pas aller à un enterrement et m'y envoyer avec mon père. Servane a toujours été agacée par le fait que ma mère soit si timorée et se cache derrière mon père pour les mondanités...

Mon ex mari était un bricoleur.  Le bras droit de mon père et son préféré.  Pourtant  quand j'ai  divorcé mon papa a été heureux de bricoler à nouveau pour moi.  Il a été aussi un grand père parfait pour  mes filles.  Souvent nous allions manger  chez eux le  mardi soir, parce que mes filles restaient le mercredi chez leur grand parents. Il les aidait à faire leur devoirs, regardait des livres avec elle. J'aimais cette ambiance, tous autour de la table, la famille que j'aurais rêvé d'avoir... 

Souvent il conduisait. Il venait me chercher avec mes filles, nous emmenait à la maison de campagne. Vers la fin mes sœurs et mon frères n'y allaient plus que pour les grandes occasions : pâques ou week-end prolongé. Mes filles et moi étions toujours là. Quand mes filles partaient en colo (rarement) il m'emmenait car il était impossible de se garer à Paris, il fallait rester au volant. À la fin il était épuisé, moi je conduisais, et lui était content d'admirer Paris. Je ne peux pas rouler sur les berges de la Seine sans penser à lui.

Difficile de trouver un homme qui lui arrive à la cheville. Jeune, j'ai pu flirter avec de beaux garçons sans cervelle, mais je savais très bien que ce ne serait pas le bon.
Je voulais un intellectuel et bricoleur. Le seul que je connaissais comme ça était Laurent. Mon ami d'enfance estimait et admirait mon père et c'était réciproque. Mon papa aimait l'imagination, l'intelligence et l'aisance de Laurent. Et puis Laurent n'était pas dangereux : il était mon ami et rien d'autre. Son regard aurait sans doute changé si Laurent était devenu un soupirant...  Mon ex mari était bricoleur, pas intellectuel, manuel. Mon papa a toujours eu un plus grand respect pour les manuels, pour l'amour du travail bien fait. Jamais je n'aurais pu épouser un homme qui ne plaise pas à mon père. Mon papa a eu de la peine lors du divorce  mais il a bien vite compris ma décision.

Athéna l'appelait par son prénom parce qu'à 14 mois elle avait imité ma mère qui l'appelait. Elle lui écrivait des poèmes et le faisait rire. Elle lui disait qu'il était son grand père mais pas mon père, faut pas rigoler hein !
Artémis était l'enfant timide qu'il a du apprivoiser comme moi. Elle lui disait qu'elle voulait un père comme lui. Il a été son père de substitution quand le sien a été moins présent. Aujourd'hui elle en parle encore en disant qu'il était le seul à l'aimer.  Et je regrette qu'elles n'aient pas eu ma chance, et je m'en veux.

Je parlais récemment avec Calpurnia la gentille sorcière (qui a aussi un père formidable, des parents unis) de la difficulté de trouver un homme bien, de la chance qu'ont eu nos mères... Et elle m'a parlé  de cette belle chanson de Linda  Lemay que je ne connaissais pas honte à moi...  Le plus fort c'est mon père...

Je pense à toi souvent papa. Je t'entends me parler. Quand je démonte un truc et que je ne sais pas quoi faire, je te dis "aide moi" et je trouve aussitôt l'outil adéquat. Quand je craque je te demande de m'aider. Et je pense souvent à cette phrase :
Ne pleurez pas celui qui vous a quitté, réjouissez vous de l'avoir connu.

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mardi 29 avril

La vie sans GPS ou les 20 ans d'Athéna...

voiture1Ça fait un moment que j'y pense déjà... Une nuit où j'ai du aller chercher Athéna au fin fond d'une banlieue, où elle avait choisi d'aller en boîte. On se parlait par téléphone : il y a une route, un carrefour, route de machin. Moi aussi je voyais des routes, des carrefours et la route de machin. Et encore heureux que les portables existent !

Finalement de guère lasse, à 4 h du mat, je lui ai dit : "je suis à tel rond point de tel ville, prends un taxi pour me rejoindre". Le taxi, d'ailleurs en passant avait un GPS, mais était incapable de trouver le rond point (que j'avais pourtant nommé). Il a fallu que je fasse le tour du rond point pour lui dire le nom des rues.

Athéna me promit de m'acheter un GPS... Ben oui plutôt que d'admettre que c'était sa faute, qu'elle n'aurait jamais du partir sans savoir comment revenir, (et même pas pour aller dans sa discothèque habituelle), il fallait bien calmer la colère de sa mère ! Alors c'était la faute de ma voiture qui n'a pas de GPS !

Les 20 ans d'Athéna

Ou pourquoi le GPS revient dans les conversations...

Pour ses 20 ans, Athéna ne veut rien faire comme tout le monde, rien de ce que je lui propose. Un repas de famille avec quelques amis ? Une soirée ? Un repas avec ses copains du Sud et un goûter en famille en rentrant de vacances ?
Non rien de tout ça !

Après beaucoup de discussions et surtout du harcèlement de ma part, parce que si elle n'envoie pas d'invitations rapidement, personne ne sera dispo, elle se décide... Le jour même de ses 20 ans, le samedi, un pique nique au bord de l'eau, avec tous ses potes du Sud, dans Grande ville du Sud, ensuite ceux qui veulent iront en boîte. Je suis invitée... à faire les sandwiches et le chauffeur ?
Non j'exagère, ma fille veut que je sois là, et puis ses potes je les ai connus tout petits (ou presque).
Pour la suite de l'organisation (qui n'a rien à voir avec le GPS), un repas avec les copains à la maison de vacances, et au retour une soirée resto avec la famille !

Je trouve ça un peu compliqué tout ça : faire venir les copains de Petite ville du Sud à Grande ville du Sud, même si ils y vont souvent, tous ne veulent pas aller en boîte. L'un d'entre eux a un studio en ville et l'autre une chambre d'étudiant. Pour dormir à 10 c'est peu. Mais bon Athéna a 20 ans on ne va pas la contrarier !

Quand à moi, pas folle, j'ai réservé une chambre à l'hôtel. Mes filles me jurent qu'elles ne dormiront pas de la nuit, et que même je peux squatter chez Anthony... Euh comment dire... Non merci ! Je veux bien boire une bière avec eux, mais pour le reste j'ai une certaine idée du confort !!!

Nous voilà donc parties de la maison de vacances. Nous emmenons une copine des filles, Solène. Depuis la veille j'ai reçu 10 000 textos des potes de mes filles : tu peux m'emmener ? tu as combien de places dans ta voiture ? au retour on peut ramener machin ?

Le coffre est plein de victuailles, et avant toute chose je veux passer à l'hôtel déposer mes affaires. Athéna connaît certains quartiers de la ville, (c'était la ville de Martin), mais pas tous. Quand j'ai cherché l'hôtel sur Internet, j'ai évité les zones industrielles, elle m'a dit quels quartiers éviter (tu vas trop flippé la nuit à pied par là). J'ai choisi le Nibis centre le moins cher des deux. Sur le plan c'est à deux pas d'une place facile à retrouver, place sainte Jeanne.
L'heure tourne, nous avons droit aux embouteillages. Nous avons un plan, mais c'est compter sans les sens interdit. Solène aussi connaît un peu Grande ville du Sud. À elles deux elles m'embrouillent. À droite, non à gauche. On est où là ? C'est la gare ça ?
Athéna n'a jamais différencié la droite de la gauche :
- à gauche, mais à gauche, tourne !
- mais il n'y a pas de rue à gauche !
- mais je voulais dire à droite ! C'est malin c'est trop tard !
Le record du bétisier de ma blonde : "passe sous le pont"
Moi, docile je passe sous le pont !
- Non je voulais dire PAS SOUS LE PONT !

Bref l'ambiance se dégrade dans la voiture. Et aucun panneau pour indiquer la place Sainte Jeanne, ou la place Saint Jules ou les rues que nous repérons sous le plan. Finalement une dame nous indique une rue. Et dans cette rue l'hôtel Nibis centre est fléché. Après deux flèches et 3 rues nous le trouvons (impossible à trouver sans les flèches, complètement paumé dans des rues d'immeubles sans aucun repère). Heureusement il reste une place au parking. Ben oui on ne me l'a pas dit ça : le parking est petit, si il est plein on me propose un ticket pour la place Sainte Jeanne (génial je la trouve comment) et en plus il est payant.
Tout bien pesé avec les suppléments non annoncés, j'aurais pu prendre l'hôtel plus cher et plus facile à trouver !

sud

Peu après nous nous retrouvons sous les ponts avec les amis de ma fille. J'aurais préféré qu'on s'assoit dans l'herbe, mais Athéna a 20 ans on ne va pas la contrarier. Le pique nique se passe bien, plusieurs copains de Grande ville du Sud passent dire bonjour. Martin, venu en avion de Paris exprès pour l'occasion, nous rejoint.

Au bout d'un moment, je commence à fatiguer. Je dis à Athéna que si elle n'a pas besoin de moi pour l'emmener en boîte je vais me coucher. Athéna n'a plus envie d'aller en boîte (j'en étais sûre) vu que tout le monde est là et à part les filles, personne n'est tenté par la discothèque.
Anthony, qui a un studio me propose gentiment de m'héberger, je décline, il me dit qu'il hébergera mes filles. Mes filles décident de rester Place des bars, où il y a de l'animation. Je leur précise bien que je ne ressortirais pas de l'hôtel pour aller les chercher : il est trop dur à trouver, et je risque de perdre ma place de parking.

Je prends ma voiture. À l'hôtel j'ai pris un plan du centre, petit et coloré plus facile que le classique plan de ville. À priori ça a l'air facile, avec les feux rouges, j'arrive à lire en conduisant. Et le calvaire commence. Place des bars, Église Saint Cyprien, sens interdit, parking du centre, bar de la pétanque. Traversée de la rivière, erreur, retour au point de départ  : place des bars.

Bon je recommence, j'ai du me tromper là, j'essaye une autre rue. Église Saint Cyprien, c'est là que ça cloche. Rue Jean Moulin, parking du centre, bar de la pétanque, merde la rivière encore ! Retour place des bars... Je le refais avec quelques variantes. Direction autoroute, non je sors de la ville, c'est pas bon. J'appelle Athéna ça coupe.
Je n'en peux plus. Je me dis que je vais garer la voiture dans un parking payant et me débrouiller à pied (je n'aurais pas les sens interdis) ou alors prendre un taxi. Beaucoup de frais en plus, mais là je n'en peux plus !

Je m'arrête devant le bar de la pétanque, que je connais pour y être allée avec mes filles. J'appelle Athéna : "je suis devant le bar de la pétanque, tu ne peux pas me guider". J'entends à peine ma fille dans le fond sonore : "mais nous on est pas au bar de la pétanque ! Viens nous rejoindre au bar Maxime". Énervée je raccroche. Solène la copine me rappelle, je te passe Martin. Martin essaye de m'expliquer : "revenez vers la place des Bars, et ensuite retournez vers l'église saint Cyprien et prenez à droite"
- c'est ce que je fais depuis une heure !
- si vous ne trouvez pas, revenez place des bars, et je vous emmènerais !
Je refais un tour gratuit. Ça va faire une heure que je suis en voiture. Je roule dans des rues où il y a beaucoup de monde, des piétons sur la route, des petites rues, génial ! Je suis passée 15 fois place de bars, mais maintenant que je veux y retourner j'ai du mal !

Enfin j'y arrive ! De peur de me perdre encore, je me gare n'importe où (au feu rouge avec les warning) et j'appelle Martin. Il me rejoint. Je lui demande comment il fera après : "vous me ramènerez ici !"

- alors tu as intérêt à me montrer l'aller et le retour !

Martin me guide, mais lui aussi est surpris, les rues ont changé de sens depuis qu'il est parti. C'est simple, mais impossible à trouver. Il ne connaît pas l'hôtel mais nous retrouvons les flèches que j'avais vu la première fois. Je le ramène, et là aussi c'est tout simple. Je lui fais répéter dix fois les points de repére pour mon retour. Quand je l'ai re-déposé place des bars, et enfin rejoint l'hôtel, (ouf il reste une place au parking), je suis épuisée. Heureusement qu'Athéna n'a pas 20 ans tous les ans !

Vers 4 h du matin, Athéna m'appelle. "On est chez Anthony, Artémis veut rentrer, je la ramène à l'hôtel".
- tu vas retrouver ? Et toi tu fais quoi ?
- peut-être rejoindre Martin place des bars...
- je n'ai pas trop envie que tu sois dans les rues seule. Passe me voir quand tu ramènes ta soeur.

Athéna (qui ne sait pas la différence entre la droite et la gauche) et Artémis (qui suit sa soeur épuisée mais serait incapable de se repérer) demandent à un charmant jeune homme où se trouve le Nibis centre (centre tu parles !) Et le charmant jeune homme (guide touristique de son métier) accompagne les deux parisiennes jusqu'à l'hôtel (qu'elles n'auraient jamais retrouvé).

Artémis se couche aussitôt. Athéna essaye d'appeler des copains puis se couche aussi. Ça aussi j'en étais sûre (on ne va pas dormir tu parles !)
Gros avantage du Nibis centre : le lit est si grand que nous dormons sans problème...

Prochain achat : un GPS... Prochain hôtel... euh on verra, mais je me méfierais de l'appellation "Centre"

Posté par louisianne à 12:01 - Quotidien - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

samedi 19 avril

En vacances

ananas_orangeEn vacances une semaine loin d'Internet... Dans le Sud, où nous allons fêter les 20 ans d'Athéna... Pas une grande fête, non une fête de potes de mes filles... (avec leur vieille mère, si si !) et nous ferons un repas de famille plus tard...

Loin d'Internet mais pas tant que ça... J'ai craqué pour l'every*where de l'opérateur Mandarine, parce qu'il permet d'acheter des heures ou des week-ends... Je n'ai pas envie de payer toute l'année pour deux mois l'été...

Je sais la petite clé rouge et blanche de ElleSaitFaire que l'on voit à la télé est moins chère, mais dans mon village, c'est Mandarine qui capte ! Mandarine ou rien du tout... Et puis j'ai pas envie de payer toute l'année...

Et je n'ai rien dit à mes filles, Hihi ! Je vais leur faire la blague, quand elles émergeront de leur lit, d'être sur mon Portable et de dire "MSN bugue, flute !". Puis après on se chamaillera parce qu'il n'y a que deux heures de crédit pour nous trois !

Posté par louisianne à 12:00 - Quotidien - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

La fin de l'amie (fin)

bureau2Nathanaëlle fait de plus en plus de réflexions...
Soit à moi : "tu plais parce que tu es disponible" sous entendu si je n'étais pas mariée, c'est moi qu'il choisirait... Soit à Patrice : "et moi je suis transparente, tu ne me dis plus bonjour"...

Je commence à me demander si elle si heureuse qu'elle le dit en couple. Ce qui expliquerait sa curiosité pour la vie des autres, son intérêt pour mon histoire... Elle est envieuse...

Les rumeurs vont bon train bien sûr. Je pars en vacances, et de bonnes âmes me disent que Nathanaëlle a profité de mon absence pour déjeuner avec Patrice. Je ris. D'abord parce qu'on croit bon de m'informer (j'ignorais qu'il était ma propriété) et je ris du procédé puéril.

Les choses se dégradent aussi côté travail. M. Jeufairien est parti. Notre équipe va disparaître, chacun va soit trouver un poste, soit être recasé sans choisir. Nathanaëlle remplace M. Jeufairien par intérim. Tout le monde sait à la direction que M. Jeufairien ne faisait rien, et tout le monde croyait que Nathanaëlle faisait le travail à sa place. Or il n'en est rien, et Nathanaëlle est en première ligne maintenant. Quand elle part au mois d'août, je ne fais plus ce que je faisais avant : ramasser tous les dossiers en retard qu'elle a laissé traîner et le faire à sa place. Je ne fais rien. La secrétaire du directeur trouve un jour surprise une lettre datée et signée et jamais partie sur le bureau de Nathanaëlle.

Le directeur aussi me demande un travail, ce qui fait que je suis en contact direct avec lui. Nathanaëlle a peur que je parle d'elle : que je fasse comme elle en gros ! Descendre quelqu'un de mon équipe.
Elle travaille encore moins qu'avant. Elle passe son temps à se faire des relations pour son futur poste.

C'est une personne très classique. Ce qui est assez étrange, car je ne le suis pas. Habillée classique, s'exprimant de façon classique, préférant les gens qui ont la cinquantaine et font des ronds de jambes. Classique aussi dans ses loisirs, dans ses goûts. Parfois elle me faisait plus penser à la génération de mes parents qu'à la mienne.

Aurais-je été aussi aveugle ?

Elle ne se fait pas que des relations pour le travail : il n'y a plus de chef, donc plus de garde fou. De plus en plus de "clients" extérieur à notre service viennent prendre le café dans le bureau et restent longtemps. Tout cela déplait, se sait.

Un jour le clash a lieu. Nathanaëlle s'approprie un travail que j'ai fait pour le présenter au directeur en mon absence. Celui là n'est pas dupe bien sûr. Quand à moi si je peux laisser couler des manigances puériles pour attirer les regards mâles, je ne peux laisser passer ça.

Le froid s'installe dans le bureau. J'ai beaucoup de peine, je suis blessée. Je n'ai pas oublié les bons moments, la complicité. J'ai du mal à croire à ce que j'ai découvert d'elle. Nous ne nous parlons plus que par nécessité, pour le travail, mais nous sommes toujours face à face physiquement.

Un homme vient travailler pas loin de nous. Pas un bel homme comme Patrice, mais un ami du directeur. Il n'est là que par interim. Il est très intéressant, érudit, s'intéresse à tout. Il se lie d'amitié avec elle et moi. Je déjeune avec lui de temps en temps. Mais Nathanaëlle se débrouille pour déjeuner tous les jours avec lui...

Un jour il vient nous présenter un projet sur un PC dans notre bureau. Nathanaëlle est passionnée (sauf qu'elle ne se passionne pour rien).  Je pose des questions.  Nathanaëlle a un comportement si choquant qu'Annette et moi nous regardons ! Incroyable, je ne saurais pas le décrire... Se faire remarquer, parler d'elle en en faisant des tonnes...
Ça donne :
- tu crois que je pourrais être chanteuse, Barbara mais en blonde, tu veux que je chante...
Ce n'est pas la première fois bien sûr que je la vois faire un tel cinéma. Mais je n'y avais jamais vu si clair...

Finalement sa dernière tentative, sa dernière gaffe elle la fera avec Patrice. Patrice et moi nous connaissons depuis deux ans. Il m'a raconté sa vie, je l'ai écouté des heures. Il est toujours content de me voir, nous sommes devenus très proches. Nous nous plaisons bien sûr, mais c'est tout, parfois c'est comme ça et on sait que ça ne sera pas autrement. Nous avions besoin l'un de l'autre, à ce moment là, où je n'étais pas complètement guérie et où lui avait des problèmes personnels et professionnels.  Patrice était marié et il n'avait rien d'un cavaleur.

Nathanaëlle lui plaisait aussi probablement, au moins physiquement. Mais la relation était superficielle, comme toutes les relations de Nathanaëlle. Patrice connaissait son mari. Nathanaëlle n'aurait donc pas du voir d'un si mauvais œil ma complicité avec Patrice.

Un jour je reviens de vacances, je suis seule, Nathanaëlle est encore en vacances. Patrice arrive dans mon bureau et me demande où elle est... Je lui réponds qu'elle rentre demain...
- parce que j'ai un truc à lui donner" se croit il obligé de justifier, comme si j'allais le fouetter...

Je ne suis pas surprise, on m'a déjà prévenu qu'il ne fallait pas que je tourne le dos ! Diantre ! Quand Nathanaëlle arrive le lendemain, je lui dis que Patrice l'a cherchée. Elle bafouille rougissante "c'est parce que on a travaillé ensemble sur le dossier x"... Comme si j'allais la fouetter.

Je rigole bien sur mon clavier ! Il est vrai que Nathanaëlle, vu que je ne suis plus son amie a eu tout le temps de se faire des films... Et pour quelqu'un comme elle, tout ne peut tourner qu'autour de la drague...
Louisianne a eu une aventure il y a peu, elle a du faire du lieu de travail son terrain de chasse... Louisianne est disponible donc elle... Ben oui parce que se dire "Louisianne on l'aime bien, Louisianne se fait des amis" ce serait horrible !

Je ne sais pas quel était ce "truc"... Mais Patrice lui voudrait bien que je le sache. Il arrive dans le bureau et dit bien fort à Nathanaëlle : "vas y écoute les CD que je t'ai passé"... Elle est gênée. Patrice explique qu'il s'agit de maquettes d'un groupe quand il était jeune...

Je vois très bien la scène sans y être : Patrice parle de son groupe de jeunesse, Nathanaëlle s'écrit : "génial, je veux écouter"...
Je lui dirais bien qu'elle ne s'y intéresse pas vraiment. Qu'elle va mettre six mois à les écouter, six mois à lui rendre, et que l'avis qu'elle lui donnera le décevra sûrement. Elle n'y connait rien ! Il est comme un gamin tout fier qu'on s'intéresse à lui ! Les hommes peuvent être bêtes parfois !

Mais je ne lui dis rien, il le verra bien tout seul. Et il le voit. Il m'en reparle ensuite. Il a vu clair dans son manège :
- j'ai été nul ! C'est la rivalité avec toi ! Je n'avais pas compris !
- Si, un peu ! Quand tu es venu me dire que tu avais quelque chose pour elle, on aurait dit que tu avais peur d'une scène !
- ben oui c'est à ce moment en fait que j'ai réalisé ! Que ça avait quelque chose à voir avec sa relation avec toi !
- et après tu as tout fait pour que je sache de quoi il s'agissait. Comme si tu étais coupable !
- j'ai été con hein ?
- non juste crétin !

Même après les changements de postes, Patrice est resté en contact avec moi. Pas avec elle bien sûr.

Après heureusement les déménagements, changements de service,  je l'ai perdue de vue.

Mais cette histoire m'a laissée un goût amer. Était-ce parce que j'allais mal que je n'avais pas vu clair en elle ?

Je n'avais pas vu qui elle était : envieuse, superficielle et tout à fait immature dans sa relation aux autres.
Mais bien sûr il y avait tout de même des points communs qui nous avaient réunies, et qui m'ont fait avoir longtemps de la peine et des regrets.

Et puis je me rendais compte de tout ce que j'aurais du faire et ne pas faire. Je n'aurais jamais du me confier à elle, je n'aurais jamais du lui parler d'Alexis. Je n'aurais jamais du lui faire confiance et croire que ma bienveillance à son égard était réciproque...

Mais grâce à elle je sais reconnaître rapidement ceux et celles qui ont la même personnalité.

Et j'ai surtout appris à me méfier des amitiés de bureau... Il est vrai que le contexte s'y prêtait (trop peu de travail)

Mais c'est si loin tout ça, et j'ai tellement évolué depuis, que je n'ai pas besoin de me méfier... Aussi agréables que soient les relations de bureau, je sais que ce sont des relations factuelles. Et j'évite les confidences, les miennes et celles des autres !

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vendredi 18 avril

La fin de l'amie (où le petit prince m'aide sans le savoir)

Je voulais parler de deux histoires en une... Mais mélanger les histoires d'amitié de bureau, avec une belle histoire à la campagne, bof... Donc j'ai gardé Nathanaëlle pour la fin...

bureau1

Lorsque Nathanaëlle est revenue, je n'ai pas parlé tout de suite de ma belle histoire. J'ai attendu quelques jours, un jour où on s'est retrouvée en tête à tête au restaurant. Elle était étonnée. Elle m'a demandée si j'avais des photos. Je n'avais pas de photo de lui et moi, mais des photos de lui à la maison de campagne...

J'ai compris plus tard pourquoi elle voulait voir des photos. Louisianne est une grande rêveuse, elle a tout inventé. Elle m'avait déjà dit des petites choses à propos de mon ami d'enfance, dans le style "si tu t'étais fait un film ?". Mais elle faisait marche arrière en disant : "oui mais tout de même il a fait ça et ça, donc..."

Une grande rêveuse très attachée à son ami d'enfance qui lui n'a jamais rien ressenti pour elle.

Ce n'est pas seulement à cause de mon histoire avec Alexis que les choses que les choses ont commencé à se dégrader avec mon amie, c'est un ensemble de choses. Enfin se dégrader, n'exagérons rien. Disons que j'ai commencé à ouvrir les yeux.

J'allais de mieux en mieux. Sortie de mes années de galère, je redevenais souriante, sociable. Nathanaëlle me disait parfois "tu me voles la vedette".

Dans toute plaisanterie il y a une vérité cachée... J'y crois dur comme fer...
D'ailleurs je suis la première à faire passer par l'humour les choses que je pourrais dire plus méchamment.

Je n'ai jamais su pourquoi Nathanaëlle aimait tant les confidences, et pourquoi elle se plaisait tant à jouer les psys avec tout le monde, mais j'ai très vite su que je devenais moins intéressante, voire dangereuse. J'avais droit de plus en plus à des petites réflexions "le rose ce n'est pas un peu jeune pour toi ?".

Et puis sans doute que moi aussi je me mettais à analyser, à regarder de plus près. Je parlais beaucoup avec Annette, en âge d'être ma mère, qui ne l'aimait pas. Pour Annette j'étais sa "protégée", mais elle disait aussi de moi : "Louisianne n'a pas peur de dire M.. si elle en a envie, et ça Nathanaëlle ne saura jamais le faire"...

Elle reprochait à Nathanaëlle son côté "m'as tu vu", son côté mondain. Elle lui reprochait de passer plus de temps à se mettre en valeur et à bavarder qu'à travailler. Ce qui n'était pas faux. Nathanaëlle était responsable d'une petite équipe : la nôtre (Fred, Annette, deux personnes et moi). Ça ne signifiait pas grand chose, vu que nous avions tous le même travail, c'était juste pour veiller au grain, car le chef M. Jeufairien n'avait pas le temps de nous surveiller.

J'ai toujours eu un côté bienveillant pour les amis. Je peux être parfaitement consciente de leurs défauts, sans que cela me dérange. Elle ne bossait pas et alors ? Je n'étais pas son chef, je n'étais pas sa mère, je ne faisais pas son boulot, et on ne change pas les gens. Jusqu'à maintenant j'avais vaguement entendu sans écouter les critiques sur Nathanaëlle, (ça me paraissait normal, on a pas une responsabilité si petite soit-elle sans être critiqué).

Mais au fur et à mesure où j'ouvrais les yeux, j'écoutais plus, ou peut-être tout bêtement qu'on me parlait plus, parce que les gens devaient sentir que je n'étais plus une inconditionnelle de Nathanaëlle.

Nathanaëlle fit une vacherie à Fred qui travaillait avec nous. Il n'était pas parfait, mais M. Jeufairien l'aimait bien.  Nathanaëlle dit pis que pendre de lui à M. Jeufairien qui avait pleine confiance en elle. Le chef changea de regard... Je n'approuvais pas du tout ça. Je le lui dis, et écoutait patiemment les doléances de Fred. Et tout ça pour quoi ? Pour gagner quoi ?

Après Fred elle choisit une autre bête noire parmi les collègues. Elle se défoulait régulièrement derrière le dos de la personne en question. Quant à moi j'étais son alliée, sa préférée, rôle dont je voulais de moins en moins. Je déteste les traitements de faveur.

Le jour où Alexis m'a appelée chez moi, il m'a dit qu'il avait appelé au bureau une semaine plus tôt et qu'il était tombé sur Nathanaëlle, un mercredi et je ne travaillais pas.

Je fus un peu surprise et lui dis : "elle ne me l'a pas dit". Il fut surpris aussi, mais ne s'étendit pas sur la question. Il l'aimait bien, et en parlait parfois durant le mois où nous n'étions que deux au bureau.
Déjà lucide, je ne lui avais jamais dit qu'elle était une compagnie agréable, mais qu'elle ne lui apporterait rien, ç'aurait été mesquin.  Il serait bien assez grand pour le voir tout seul. Et en effet il l'a su à ce moment. En réalité il avait appelé un numéro au bureau au hasard, il avait d'abord parlé à Fred, puis à Nathanaëlle. Il était comme un gamin qui n'ose pas appeler. Il avait répété plusieurs fois : "ah c'est vrai Louisianne ne travaille pas le mercredi". Et il avait sûrement été surpris par la froideur de mon amie, pour elle Alexis était aux oubliettes. Elle m'a dit elle même : "ça m'étonnerait qu'il me rappelle". En y réfléchissant, je me suis rappelée que Nathanaëlle, sans doute coupable, m'avait demandé plusieurs fois si Alexis avait mon numéro chez moi.

J'ai fait comme si de rien n'était au début. J'ai dit à mon amie : "chouette il m'a appelée" comme j'aurais fait en temps normal. Puis après je l'ai mise au pied du mur : "mais pourquoi tu ne m'as rien dit ? "

Elle m'a alors expliqué que c'était pour ne pas me faire souffrir, parce que j'aurais été jalouse qu'il l'appelle, elle....
(je rappelle qu'il ne l'avait pas appelée elle).

Là je suis tombée des nues : jalouse moi ?
Jalouse après ce que j'avais vécu avec lui ?  Ce monde merveilleux où elle n'aura jamais accès ?
Jalouse alors que j'ai tout de suite compris "le petit prince qui n'ose pas appeler, qui a peur de se faire jeter"...

Bien sûr je lui ai dit ça tout de suite : "Jalouse, mais ce n'est pas mon caractère ! Et même si c'était vrai, c'était à moi de gérer ça, tu n'avais pas à me cacher l'information".

Mais là bien sûr c'était le commencement de la fin. Laquelle des deux était jalouse finalement ?
Je ne lui en voulais pas seulement de cette gaffe. Je me disais qu'elle n'avait rien compris à ce que j'étais, à notre relation après toutes ces années. C'était une belle femme, donc j'aurais du être jalouse, même si je ne l'étais pas ?

Puis les choses ont changé. Un homme, Patrice et son équipe sont venus travailler à côte de nous, déménagement de bureau. Elle le connaissait, c'était un ex-collègue de son mari. Patrice était un méditerranéen, gai, ouvert, sociable. Pour un projet j'ai du travailler avec lui. Il était marié et la relation était professionnelle, mais nous nous sommes entendu comme deux larrons en foire.
Il m'invitait souvent avec son équipe à déjeuner à la cantine avec eux, ils avaient des horaires complètement décalés...

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jeudi 17 avril

Le petit prince (partie 5)

blog_decor008La semaine suivante au bureau n'est pas trop difficile. Nathanaëlle et Fred sont rentrés. Et, comme tout le monde raconte ses vacances, il y a de l'animation. Le soir parfois je l'appelle tandis qu'il est encore au bureau et nous nous racontons des choses amusantes, nous rions de toutes les fois où nous avons failli nous trahir. Il me dit que j'étais belle avec cette robe et qu'il aurait voulu pouvoir me le dire.

Mais quand nous parlons, il me dit souvent que c'était éphémère qu'il ne sait pas où il en est. Je lui réponds que oui j'avais compris... Il a un rapport de stage à présenter, un nouveau poste à négocier, il est très occupé. Il me promet qu'il m'appellera quand il sera reparti. Après son pot de départ, je suis presque soulagée de ne plus le voir tous les jours. C'était trop dur, nous étions passés à autre chose que les relations de bureau.

Je vois Laurent au mariage de ma soeur. Je me dis que je lui parlerai un jour de cette belle histoire. Mais quand j'essaye, Laurent se ferme comme d'habitude. Si j'avais dit:  "j'ai eu 30 amants d'un soir en un mois dont je me moque éperdument", il aurait ri et m'aurait demandé des détails. Dès que je commence par "j'ai vécu quelque chose de beau, j'ai rencontré quelqu'un qui compte", il baisse la tête et se ferme.
Mais après cet été là je ne lui ai plus jamais rien raconté de ma vie sentimentale. Mais oui ça me fait encore quelque chose de le voir au mariage de ma soeur, je suis encore troublée.

Le temps passe, l'hiver s'installe. J'écris des pages et des pages pour raconter mon histoire avec Alexis le petit prince. Je ne veux oublier aucun des mots, aucun des gestes. L'éloignement me l'attache encore plus.

Une part de moi me dit que c'est impossible, que je me trompe, que nous nous sommes croisés au bon moment, mais que rien ne prédispose à un avenir commun. L'autre part de moi me dit que j'ai trouvé le bon, que c'est lui et pas un autre...

Deux trois photos de lui, un bouchon de champagne, des souvenirs inoubliables, c'est tout ce que j'ai dans les mains.

Un mercredi il m'appelle chez moi. Je saute de joie. Il me dit qu'il a quitté son foyer, me parle de son travail. Nous parlons. Puis de nouveau le silence de longs mois.

Il m'appelle de nouveau... C'était trop douloureux, pour ses enfants, pour elle, pour lui peut-être... Comme tant d'autres avant lui il est revenu en arrière. Il est retourné dans son foyer. Reddition après la rébellion. Je lui dis que je ne crois pas au raccommodage que ça ne marchera pas. Je pleure...

Un homme qui ne m'a pas quittée sans un mot. Un homme qui jusqu'au bout m'a respectée...

Je mets du temps. J'y pense, j'oublie. Un beau roman, un belle histoire. Sauf que c'est elle qui habite là haut dans le brouillard et lui qui est descendu dans le midi.

Je regarde parfois son nom dans l'annuaire, mais il a un homonyme... Je vais visiter sa ville, en rêvant de le croiser par hasard. Sa ville du Sud ressemble comme une grande soeur à ma Petite-ville-du-sud... Mais nos souvenirs sont en normandie, un coin de France qu'il ne connaissait pas du tout.

Je ramène chez moi un tableau qui était dans la maison de campagne, un paysage qui ressemble au Maroc et qui avait attiré son œil.

Et sans le savoir il m'a aidée aussi pour la fin de l'amie... (prochain épisode)

bonus : Sur le petit prince partie 4, c'est une vrai photo de la maison de campagne, la vue du grenier que je décris dans le récit. Jusqu'à maintenant je n'avais pas mis de photo, pas par peur qu'on le reconnaisse, elle n'est plus à moi, et je doute que ce soit reconnaissable, mais parce que c'était trop douloureux...

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mercredi 16 avril

Le petit prince (partie 4)

merisier_louisianneLorsqu'on sort d'une longue relation, c'est comme si on était à nouveau vierge... Je n'ai pas oublié la musique, mais j'ai oublié les pas... Je suis aussi effarouchée que si on me déshabillait pour la première fois... Lui aussi a peur... de décevoir, de n'être pas à la hauteur. Il me le dira plus tard.

Je me retrouve ainsi dans mon lit de jeune fille. Non pas celui que j'ai partagé avec mon conjoint, il y a beaucoup de lits ici. C'est mieux.

Nous sommes tous les deux blessés par une histoire d'amour qui a mal fini, pas encore cicatrisés, incertains de l'avenir. C'est sûrement pour ça que c'est si merveilleux.

Nos corps se parlent comme si nous nous connaissions depuis toujours. Je pleure même d'émotion, je ne savais pas que c'était possible, en tout cas pas dans cette situation. Sans qu'il ait besoin de le dire je sens son besoin de tendresse, d'amour, je sens l'homme qui a été aussi négligé que je l'ai été.

Nous nous endormons serrés l'un contre l'autre à étouffer, jusqu'à ce que les crampes nous obligent à changer de position. En pleine nuit, je descends chercher du jambon (oui nous avons oublié de manger) et nous le mangeons avec les doigts en riant comme des gamins.

Nous nous réveillons très tard le lendemain et traînons encore au lit. Puis après une douche nous allons vite faire les courses avant la fermeture, c'est la campagne ici !
En faisant les courses, dans la voiture, tous les gestes du quotidien s'enchaînent sans que je ressente une gêne quelconque, comme lorsqu'on se retrouve avec des gens qu'on connaît peu. J'ai l'impression qu'il fait partie de ma vie...

Il parle toujours, dit que ma peau dorée ressemble aux champs de blé au coucher du soleil, il invente des poèmes juste pour moi... Je rêve...

Au retour je lui fais visiter la maison, je prépare le repas, nous parlons. Je suis si bien. Pourquoi me suis-je tant torturée avec un homme qui coupait les cheveux en 4, qui m'a fait tant souffrir, pourquoi ai-je prolongé une relation conflictuelle, alors qu'il y a des relations si simples ?  Alors que j'ai l'impression de passer un week-end avec un homme que je connais depuis 10 ans, et que cette impression ne s'arrête pas au sortir des draps.  Lui aussi il m'en parle...
- mais tu étais où toutes ces années où j'ai vécu sans toi  ?
Je sursaute. Cette phrase je m'étais toujours promis de la dire un jour.

Nous nous promenons dans la campagne. Mais le temps change il pleut. Le soir nous décidons de dîner au champagne. Il m'appelle pour me montrer un arc en ciel. Nous parlons longtemps avant de monter...

Ce soir là le champagne m'a désinhibée... Et j'ai changé d'univers... Nous sommes moins épuisés que la veille, nous n'avons plus la notion du temps... J'ai l'impression de n'avoir rien vécu avant. Tous les bons souvenirs sont si loin...

Mais le temps passe vite. Le dimanche, je suis triste, je pleure après le repas du midi, la fatigue y est sans doute pour beaucoup. Je ne veux pas que ça finisse. Pour conjurer le mauvais sort, je lui dis qu'on refera ça en hiver, avec un feu de cheminée.

En partant dans la voiture, en admirant les champs de blé labourés, je me sens comme la petite fille que j'étais, triste de quitter la campagne, triste de rentrer en ville le dimanche soir.

Et tant d'épreuves m'attendent encore ! Le retour au bureau. Il ne reste qu'une semaine, le pot de départ, nous n'aurons pas à faire semblant longtemps, mais ce sera dur quand même. Ensuite il y a le mariage de ma soeur Servane, à la maison de campagne début septembre, et Laurent y sera.

Nous rentrons en ville. Je le ramène chez lui. Et je retrouve mes filles qui viennent de rentrer chez mes parents... Elles sont volubiles, prennent toute la place... Je n'ai pas le temps de penser...

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mardi 15 avril

Le petit prince (partie 3)

tasse_by_louisianneLe mois d'août passait vite. Il y a eu un week-end où j'ai rejoint mes filles en train, et où Alexis rejoignait sa famille en train aussi.
Le lundi matin nous nous sommes retrouvés tous les deux très tôt au bureau, arrivant directement de la même gare parisienne...

Il restait peu de temps avant la fin de son stage, peu de temps avant le retour des autres collègues, peu de calme en fait.

Un midi nous sommes allés déjeuner au restaurant tous les deux et les choses se sont accélérées...

Les histoires d'amour commencent toujours par les pieds. Non on ne se faisait pas de pied sous la table. Mais il avaient emprisonné mes pieds entre les siens, puis les genoux, puis les jambes. Et nous avons parlé encore plus que d'habitude... Mais là nous passions aux choses sérieuses : où ? quand ?
Tout en restant très lucides. Nous savions tous les deux que c'était une belle histoire éphémère à vivre vite et fort...  Qu'il repartirait pour le Sud. Qu'il allait changer de travail mais pas pour venir à Paris. Qu'il était en pleine séparation, mais que ses enfants ne le savait pas encore et qu'il ne savait pas ce qu'il attendait, qu'il avait peur de ne plus voir ses enfants.
Il ne restait qu'un week-end de libre. Un week-end où un vieil ami de ceux qu'on ne voit jamais, mais qui tout d'un coup se manifeste, passe un coup de fil : "tu es seul à Paris, viens donc à la maison !". Il refuse.

Le soir en partant, je vais le voir dans son bureau. J'ai réfléchi. Il habite une chambre de bonne minuscule, et propose l'hôtel à Paris. Chez moi, je n'en ai pas envie, peur que le téléphone sonne, et puis il y a trop peu de temps que mon mari a fait ses valises, je ne serais pas détendue...

Je lui propose la maison de campagne. Loin de son univers, du mieux, coupés du monde. Il est tout heureux à l'idée de passer tout un week-end avec moi. Et là je ris presque et je me dis qu'à part nos pieds, nous ne nous sommes pas touchés. Je lui dis "embrasse moi". Il court presque pour faire les 3 pas qui nous séparent.
Après il me dit qu'il est si heureux qu'il est capable de sauter par la fenêtre pour courir sur les toits.

Le vendredi soir il a une réunion et je l'attends dans mon bureau. J'ai peur. Qu'il ait changé d'avis, qu'il soit rentré chez lui. Où ?  Pas de portable, je ne sais même pas où le joindre. Et puis il faut encore passer chez lui chercher des affaires, aller chez moi chercher la voiture. Et si mon ex-mari me faisait une mauvaise blague et soit venu chercher la voiture ? Et si...

Enfin il arrive avec un grand sourire. Le temps est long... et court ensuite. Le voyage dans le métro à s'embrasser comme des ados. Le passage chez lui, où il voudrait bien essayer le lit à une place, mais je préfère attendre d'être "dans mon rêve". Le train de banlieue et le passage chez moi, puis la voiture enfin. Je le laisse conduire et nous partons.

La maison de campagne n'a pas été ouverte depuis 2 mois. Le portail grince, nous nous garons sur la pelouse. Ça me fait drôle d'ouvrir la porte, des toiles d'araignée traverse la pièce. Les tomettes sont fraîches, le vent fait murmurer les feuilles des arbres...

Le calme, le temps de la fin août en Normandie que j'aimais tant retrouver quand j'étais enfant après des vacances brûlantes au Sud... Un sas entre deux mondes, après les mois d'été, avant la rentrée quand les vacances duraient jusqu'à septembre... Un soleil reposant...

Mais là, la maison pour nous seuls, c'est encore mieux... La nuit va tomber. Nous n'avons pas faim, c'était trop long le préambule jusqu'ici. Je l'emmène au grenier où la fenêtre mansardée donne sur les plus hautes branches du merisier. En face on ne voit pas une maison, juste la campagne. Je veux changer les draps mais il m'en dissuade, pas le temps. Et pourtant il prend tout son temps.

Je lui avais dit que j'aimais lire. Alors il me parle du petit prince. Un petit prince qui lui ressemble avec ses cheveux frisés. C'est un poète, il me raconte des histoire extraordinaires, me parle des arbres, des sables du désert, du désert du petit prince, de la rose du petit prince...

Et il me fait des tas de compliments. Je revis. Je suis une jeune fille qui a profité de l'absence de ses parents pour emmener un garçon à la maison de campagne...

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lundi 14 avril

Le petit prince (partie 2)

avril_014Alexis venait du Sud de la France. Il était en stage dans notre service pour deux mois, juillet et août. Il ne travaillait pas avec nous, mais nous l'hébergions physiquement dans un de nos bureaux. C'est pour cela que notre chef est venu nous le présenter dès le premier jour.
Il avait la quarantaine, tout de suite le courant est passé entre lui et nous. Drôle, agréable, sympathique, nous devions nous retenir de ne pas le tutoyer d'emblée.

Il vient donc très souvent parler avec Nathanëlle et moi, et nous parle un peu plus de sa vie. Il vit en couple et a deux enfants comme nous tous. Il nous parle aussi de son travail, de sa vie au Sud. Il apporte un renouveau et de la bonne humeur.

Comme je vais bientôt partir en vacances, nous parlons du Sud et nous trouvons des points communs. Il repart souvent chez lui le week-end.

Je pars en vacances en juillet. Mais je sais déjà que quelque chose s'est passé, que quelque chose va se passer...  Durant toutes mes vacances au soleil, je pense au retour, ce qui n'est pas du tout dans mes habitudes.

Et puis je reviens, je laisse mes filles en vacances. Un moment de liberté en août à Paris. Du calme et du soleil plein la tête. J'ai bronzé, cela me va bien, je me sens belle.

Je reviens et c'est calme au bureau. Tout le monde est en vacances. Nathanaëlle, Fred, il ne reste que Annette mais elle ne travaille pas dans mon bureau. Alexis vient prendre le café tous les matins dans mon bureau. Et il reste longtemps... beaucoup trop longtemps...
Et il revient dix fois par jour sous n'importe quel prétexte. Le soir quand tout le monde est parti, nous fermons la porte et nous restons.

Il me parle de son travail qu'il veut quitter. Je lui parle de mon divorce et il m'avoue qu'il est aussi en crise, que son couple ne marche plus. Nous nous parlons comme si nous nous connaissions depuis 20 ans, ébahis et ravis. Il me tutoie, se force à me vouvoyer en public. Le soir quand je rentre, j'écris tout ce qu'on s'est dit. Je n'ai qu'une envie repartir au travail. Je rêve en regardant le plafond, je n'ai pas vécu ça depuis... depuis... des lustres, avant mon mariage, une autre vie...

Je m'achète une robe orange qui fait ressortir mon bronzage. J'achète un vêtement pour plaire et cela non plus je ne l'ai pas fait depuis longtemps. Je suis différente, même au travail. Sociable, gaie, enjouée...

Je plane. J'ai des ailes.

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vendredi 11 avril

Le petit prince (partie 1)

Je voulais raconter l'histoire d'Alexis le petit prince. Mais il est impossible de la raconter sans parler aussi de ma meilleure amie de l'époque... Elle n'apparaîtra pas dans le titre, mais il y aura deux histoires en une.

colline_automne_by_louisianneDurant les dernières années de mon mariage j'avais changé de poste, et j'arrivais ainsi dans un nouveau service où je fis la connaissance de celle qui allait être ma meilleure amie plusieurs années. Elle portait, comme prénom, mon nom de jeune fille : Nathanaëlle. J'y voyais là un signe.

Elle a été ma dernière meilleure amie, et même si grâce à elle j'ai appris beaucoup de choses, (comme me méfier des amitiés de bureau, et me méfier aussi de certain travers), il n'en reste pas moins que je reconnais avoir eu la chance de travailler tous les jours avec une amie, durant ces années où tout allait mal dans ma vie. Nos confidences, son regard, son avis, tout cela m'a beaucoup aidée.

J'étais dans ces années où j'évoluais encore beaucoup où je me cherchais encore beaucoup. Un mélange d'adulte et d'adolescente attardée (sans doute cette nouvelle catégorie des adulescents... qui n'a rien à voir avec des ados attardés d'après les sociologues !)
À la fois à l'aise dans mon rôle d'épouse et de mère, mais gardant une certaine frustration de mes années de jeunesse. Sans doute que mon mari avait laissées vacantes une part de ma capacité amoureuse et intacts mes rêves de jeune fille (jolie phrase un peu modifiée qui m'a marquée à l'époque, et qui est de Benoîte Groult).
Et si j'explique tout ça, c'est aussi pour expliquer cette amitié, parce que les choses changent : aujourd'hui même si je trouvais la meilleure des amies, je ne parlerais plus de tout ça...

Nathanaëlle avait que deux ans de plus que moi, deux enfants. Nous en sommes venues très vite aux confidences, (et pourtant j'ai mis très longtemps à lui dire que je n'étais pas heureuse dans mon couple). De  quoi parlions nous ? Et bien de ce tout ça justement : les sentiments, nos anciennes histoires d'amour, nos petits copains, notre jeunesse. Bien sûr nous parlions aussi de nos enfants, du travail. Mais tout ça n'en restait pas moins l'essentiel de nos conversations.  Probablement qu'elle aussi, malgré les apparences, était une adulescente (le mot n'existait pas). 

Je lui parlais beaucoup de Laurent. Elle se disait souvent étonnée de cette relation. Je me souviens d'un jour où je lui avais dit que Laurent m'avait appelé de Moscou pour mon anniversaire. Elle m'avait dit qu'il devait m'aimer plus qu'il n'aimait sa propre femme. Nathanaëlle était mariée avec un garçon qu'elle avait connu très jeune (16 ans). Ses souvenirs de jeunesse ressemblaient aux miens, et elle avait vécu une longue histoire d'amitié avec ce garçon, (enfin elle avait trouvé ça trop long), avant qu'ils ne soient vraiment ensemble.

Son histoire tombait donc à pic pour Louisianne qui s'interrogeait sur son mariage et sa relation avec Laurent.
Ce moment de ma vie où je me demandais si je n'étais pas passée à côté de quelque chose, si l'histoire d'amitié avec Laurent n'aurait pas du, à un moment ou à un autre se transformer...

Ce qui m'aidait aussi, c'est que Nathanaëlle était heureuse en couple. Or jusque là je n'avais pas eu d'amie heureuse de son choix. Ça peut paraître bizarre mais c'est ainsi : Roselyne n'était pas heureuse en couple, (s'était elle vraiment mariée par amour ?), Serena ne nageait pas dans le bonheur. Reste ma soeur Camomille qui est heureuse de son choix encore aujourd'hui, sauf que son couple ne m'a jamais fait baver d'envie !
Alors à cette période cela m'a aidée...

Pourtant Nathanaëlle et moi étions très différente. Elle était très extravertie, très mondaine, incapable de se débarrasser des bavards. Pleine d'humour, d'un abord facile, elle était très avide de confidences. Beaucoup de collègues venaient comme au confessionnal raconter leur malheurs. Elle déjeunait deux, trois fois avec, puis ensuite ils se montraient déçus et frustrés d'avoir été si vite oubliés. Nathanaëlle se nourrissait des confidences des autres, mais ne leur apportait rien, sinon une oreille attentive durant un temps limité. Tout cela je ne l'ai su que beaucoup plus tard. C'était (c'est toujours probablement) une belle femme, et comme nous faisions un métier en relation avec le public, elle attirait pas mal de soupirants souvent collants, dont elle ne savait pas se défaire.

J'avais bien sûr un peu de mal à supporter ces satellites autour d'elle, mais je m'en accommodais en déjeunant avec elle ailleurs qu'à la cantine.  Il lui restait peu de temps pour travailler, mais elle savait faire illusion auprès des chefs, et comme je l'ai dit c'était une belle femme.

De plus elle n'était pas seule dans l'équipe. En dehors de nous deux, il y avait un homme de notre âge Fred, et une femme en âge d'être ma mère, Annette.  Nous étions tous très proches, une ambiance presque familiale que je n'ai jamais retrouvé ensuite.

Nathanaëlle a donc été ma confidente. Elle a tout su de mon divorce, de mes souffrances, de ma relation avec Laurent. C'était l'été, le premier que je passais sans mon mari. Mes filles étaient dans la maison du Sud avec mes parents. J'étais blessée, triste, mais pourtant pleine d'espoir.

Et c'est dans ce contexte que j'ai rencontré Alexis le petit prince. Le préambule était long, mais nous y voilà !

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