Une grande rêveuse

Des petites choses que j'aimerais bien dire à quelqu'un

lundi 09 juin

Les expressions de Martine

Martine, ma maman est une femme qui parle correctement, ne fait pas de fautes de français, écrit sans fautes...
Seulement elle a un problème avec les expressions toutes faites ! En général, elle n'aime pas que je la reprenne  me dit que je ne comprends rien et que c'est comme ça qu'on dit !

Hier nous étions en voiture, ma soeur Camomille, ma mère et moi. Et voilà que ma mère me dit pour la nième fois une de ses expressions favorites...
Le contexte est toujours le même : quand on est vieux on perd un peu la boule... et le mieux serait de quitter ce bas monde avant ! Mais pour Martine, perdre la boule, ça se dit :
Gnognoter de la touffe !

Je lui dis qu'elle arrête avec sa touffe, que pour moi, la touffe ça veut dire autre chose ! Ma soeur s'insurge :
- ben moi je comprends que ce que maman veut dire !
- moi aussi ! Là n'est pas la question !
- ben pour moi aussi la touffe c'est la tête ! La preuve : gnognoter de la touffe !

Là j'éclate de rire, ça me rappelle mon billet sur les expressions de famille que l'on croit universelles :

- parce qu'à part maman, tu connais beaucoup de gens qui emploient cette expression ?

Et il y en a d'autres, souvent le mélange de deux expressions !

Le retour de la médaille  ! le revers de la médaille et le juste retour des choses

Tirer une croix ! faire une croix dessus et tirer un trait

Faire ma douche ! je lui ai demandé cent fois de combien de m2 de carrelage elle a besoin pour "farie sa douche", rien à faire, elle sait qu'on dit prendre une douche, mais elle ne veut pas !

La cinquième roue de la charrette ! du carrosse

Prendre le taureau par la barbichette ! prendre le taureau par les cornes... tu me tiens je te tiens par la barbichette (qui n'est pas une expression mais une comptine)

C'est tout ce qui me vient pour le moment, mais si Martine en invente d'autre, je vous tiens au courant !

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mercredi 30 avril

Hommage à mon papa

muguetÇa fait longtemps que je veux lui rendre hommage... Mais c'est difficile, c'est comme profaner une tombe... Toucher à l'intouchable. Demain c'est le premier mai. Il m'apportait toujours un petit brin de muguet ce jour là. Depuis sa mort en 2003, mon frère a pris la relève pour que je ne sois pas en manque de muguet, parce que mes filles oublient souvent...

Il me manque encore bien souvent. J'entends sa voix. Je pense à lui quand je lis un livre que j'aimerais lui faire lire, quand quelque chose casse chez moi et que je ne peux plus l'appeler pour bricoler, quand je vois un objet qui lui aurait plu, un événement, une maison, un endroit... et que je sais ce qu'il aurait dit, ce qu'il aurait pensé...

Mon papa Eugène c'était mon dieu, mon idole, je l'admirais, je le craignais un peu, j'étais fière de lui comme il était fier de moi...
Il était à la fois bricoleur et érudit, ce qui a toujours forcé mon admiration. De plus il avait un peu touché à tout : il savait jouer du violon et peindre. Il collectionnait les antiquités, les beaux objets.

C'était un homme intègre, sérieux, un mari et un père aimant. Même si il a toujours pris son travail au sérieux, il ne vivait que pour sa femme, ses enfants, sa famille. Rien ne comptait plus que cette vie là. Sa maison et sa maison de campagne, c'était aussi un fils attentif qui s'est occupé de ses parents jusqu'au bout.
Il n'aimait pas les voyages. Avec ma mère ils recevaient quelques amis, mais pas beaucoup. Pourtant il a toujours été charismatique, apprécié pour sa gentillesse, son intelligence et son humour, mais les amis comptaient peu pour lui. Sa famille c'était sa bulle.

Il rêvait d'avoir un seul fils et plein de filles parce qu'il aimait l'ambiance que mettent des filles dans une maison. C'est sûr que le maquillage qui traine, c'est mieux que les chaussures de foot ! Pari réussi avec trois filles et un garçon. Et mon frère est un garçon plutôt doux, normal avec 3 sœurs il n'avait pas intérêt à jouer les machos !

Ce que Eugène aimait par dessus tout c'était partir en vacances avec ses quatre enfants dans la voiture. Il ne voulait pas qu'on le quitte. Il rêvait, comme dans Dallas, d'une immense maison où nous aurions tous vécu, ses filles avec maris et enfants, son fil avec femme et enfants. Il a très mal vécu nos départs, s'en plaignait à ma mère.

Il faisait rire un de mes beaux frères, car dès que l'une de nous avait un coup de blues, il disait à ma mère :
"ben qu'elle revienne à la maison". Sous-entendu : le mari on le laisse, (un détail) les enfants pas de problèmes, elle les prend ! 
Ma mère lui expliquait que revenir chez ses parents c'était régresser et pas si simple !
Il a été aussi un grand père parfait. Patient, poussant les landaus, regonflant les vélos, trois petites filles à la fois sur les genoux, lisant une histoire ou regardant un dessin animé...

Mes premiers souvenirs sont très lointain. Je devais avoir 3 ou 4 ans. J'étais à la maison de campagne, je regardais mon papa en pantalon de velours côtelé bêcher pendant des heures. Puis quand il s'apprêtait à rentrer dans la maison, je posais ses chaussons à la porte, et je courrais me cacher. Mon papa me cherchait pour me prendre sur ses genoux, m'apprivoiser... La raison de ma timidité ? Je l'ai totalement oublié mais mon père a passé deux ans en Algérie. Nous avons du refaire connaissance...

Mais Eugène c'était aussi l'élégance. Quand il travaillait, il portait un feutre et un costume trois pièces. J'étais fière de lui, j'aimais caresser sa cravate. Il m'emmenait à la maternelle et je ne voulais pas le quitter, alors il me donnait son grand mouchoir à carreaux pour que je sente son odeur.

J'ai une photo de cette époque. Mon père qui ressemble à Humphrey Bogart avec son chapeau, ma mère en tailleur, talons aiguilles et chignon banane, et moi toute petite au milieu, cheveux noirs et courts et robe en organdi. Photo d'une époque lointaine où on a l'impression que tout était rose : les couples s'aimaient pour la vie, l'homme était sérieux et fidèle, la femme ne se posait pas de question existentielle.

Eugène était fonctionnaire. Il appartenait à cette génération où on est fier d'être fonctionnaire, où on se sent investi d'une mission.  Il était chef et a toujours laissé le souvenir d'un homme intègre et juste.  Humain juste  ce qu'il faut, intraitable avec les tires au flan. Il était respecté car respectable.

Papa c'était aussi le patriarche. Il n'a jamais levé la main sur nous, mais quand il élevait la voix on savait qu'il  fallait se tenir à carreau. Même si il n'avait rien dit, on savait d'instinct que certaines choses ne plairait pas à papa.

Il me fait penser aussi au Lino Ventura de "la gifle", un homme gentil, mais capable de coups de gueule.
C'était lui qui "affrontait" le monde extérieur : réclamation dans les magasins, hopitaux, copropriété. Pour sa tribu il se battait (pas physiquement bien sûr).

Mais ce n'était pas seulement en famille qu'il en imposait. Il forçait le respect. Aucun de nos amis ne se serait mal comporté devant lui ou ne se serait montré familier. Même ses gendres ont toujours gardé une certaine réserve. Le seul qui n'était pas intimidé était Laurent (qui lui ressemble beaucoup j'en parlerais plus loin).

Sans doute que les gens de l'extérieur ne voyait pas sa sensibilité. J'avais lu "La conversation amoureuse" d'Alice Ferney et je lui avais prêté, nous en avons beaucoup parlé. Peu d'homme lisent et commentent ce genre de livre. Il avait un côté si romantique, qui frisait parfois la naïveté. Il aimait les beaux films, les grands sentiments. L'amour, la famille, les enfants, les vraies valeurs. Parler ou regarder des films sur la guerre ne lui faisait pas peur, il connaissait et son père aussi.  Mais la porno*graphie, le v*iol, l'in*ceste et toutes ces horreurs, cela dépassait son entendement il en était presque naïf. Il était abasourdi quand ses filles lui racontaient de quelle manière certains hommes se collaient (enfin une certaine partie de leur anatomie) à elles dans le métro... C'était à des années lumière de lui...

Il était jaloux de ses filles, peu de garçons trouvaient grâce à ses yeux. De toutes façons bien peu étaient des courageux, capables d'avoir un vrai métier sérieux.

Ma relation avec lui

Fille aînée, fille préférée (aux dires de mes sœurs) j'ai toujours été proche de lui. Si je faisais un cauchemar je criais "papa".

Tout n'était pas tout rose : mon père avait du caractère moi aussi !  Pour lui j'étais trop paresseuse à l'école. 
Nous nous disputions, qui aime bien châtie bien !  Il avait une vision de la femme pas très claire, sans doute  à cause  de cette génération charnière...
Il aurait voulu que ses filles soient des femmes au foyer accomplies (comme sa mère et sa femme) mais en même temps bardées de diplômes (comme lui) parce qu'il faut bien vivre.
Or ne pas travailler je m'y voyais bien (mais pas pour devenir une ménagère accomplie) et munie du diplôme de grande rêveuse je m'y voyais bien aussi !
Pourtant, plus tard il a été fier de moi dans mon rôle d'épouse et de mère, et aussi de mon travail... Je pense qu'il se faisait surtout du souci pour moi...

Je disais souvent à mon père que j'étais son fils et sa fille. Pour Cédric mon père était un dieu, un modèle, jamais il ne se serait opposé à lui. À 30 ans il appelait encore mon père pour qu'il le conseille pour son travail.

Les disputes politiques c'était avec moi, le bricolage aussi (mon frère a deux mains gauches). Je lui disais souvent que je voulais bien l'aider mais que je ne pouvais pas porter de lourdes charges. À la fin de sa vie, il m'appelait pour changer ses essuie glace et soupirait "tu es plus douée que moi, tu m'as dépassé, je ne suis plus bon à rien !".
Il pouvait aussi avoir des discours intolérants, parce qu'il ne comprenait pas qu'on ne vive pas comme lui. Mais il était intelligent et quand je lui expliquais, il comprenait.  Une grande force : admettre ses erreurs, ne pas être buté...

En grandissant j'ai réalisé que mon père cherchait le conflit en public. À table le dimanche ou devant ma mère. En tête à tête nous ne disputions jamais.  Je m'asseyais près de lui dans le jardin, nous marchions doucement bras dessus bras dessous, nous parlions de livres, de films, de mes filles. Il m'appelait sa petite fille. Quand j'ai compris cela, les disputes ont cessé,  je désamorçais tout de suite le conflit, ça n'en valait pas la peine.

J'ai travaillé avec lui. Il m'a fait rentrer dans son service pour un job d'été. Quand j'allais le voir dans son bureau, j'aimais sa façon de reboucher son stylo plume et de me dire "comment ça va ma petite fille" alors que j'avais 20 ans. Plus tard je suis rentrée dans l'administration comme lui. Ma mère était un peu jalouse de notre complicité, et pourtant elle faisait tout pour s'effacer, comme trouver une excuse pour ne pas aller à un enterrement et m'y envoyer avec mon père. Servane a toujours été agacée par le fait que ma mère soit si timorée et se cache derrière mon père pour les mondanités...

Mon ex mari était un bricoleur.  Le bras droit de mon père et son préféré.  Pourtant  quand j'ai  divorcé mon papa a été heureux de bricoler à nouveau pour moi.  Il a été aussi un grand père parfait pour  mes filles.  Souvent nous allions manger  chez eux le  mardi soir, parce que mes filles restaient le mercredi chez leur grand parents. Il les aidait à faire leur devoirs, regardait des livres avec elle. J'aimais cette ambiance, tous autour de la table, la famille que j'aurais rêvé d'avoir... 

Souvent il conduisait. Il venait me chercher avec mes filles, nous emmenait à la maison de campagne. Vers la fin mes sœurs et mon frères n'y allaient plus que pour les grandes occasions : pâques ou week-end prolongé. Mes filles et moi étions toujours là. Quand mes filles partaient en colo (rarement) il m'emmenait car il était impossible de se garer à Paris, il fallait rester au volant. À la fin il était épuisé, moi je conduisais, et lui était content d'admirer Paris. Je ne peux pas rouler sur les berges de la Seine sans penser à lui.

Difficile de trouver un homme qui lui arrive à la cheville. Jeune, j'ai pu flirter avec de beaux garçons sans cervelle, mais je savais très bien que ce ne serait pas le bon.
Je voulais un intellectuel et bricoleur. Le seul que je connaissais comme ça était Laurent. Mon ami d'enfance estimait et admirait mon père et c'était réciproque. Mon papa aimait l'imagination, l'intelligence et l'aisance de Laurent. Et puis Laurent n'était pas dangereux : il était mon ami et rien d'autre. Son regard aurait sans doute changé si Laurent était devenu un soupirant...  Mon ex mari était bricoleur, pas intellectuel, manuel. Mon papa a toujours eu un plus grand respect pour les manuels, pour l'amour du travail bien fait. Jamais je n'aurais pu épouser un homme qui ne plaise pas à mon père. Mon papa a eu de la peine lors du divorce  mais il a bien vite compris ma décision.

Athéna l'appelait par son prénom parce qu'à 14 mois elle avait imité ma mère qui l'appelait. Elle lui écrivait des poèmes et le faisait rire. Elle lui disait qu'il était son grand père mais pas mon père, faut pas rigoler hein !
Artémis était l'enfant timide qu'il a du apprivoiser comme moi. Elle lui disait qu'elle voulait un père comme lui. Il a été son père de substitution quand le sien a été moins présent. Aujourd'hui elle en parle encore en disant qu'il était le seul à l'aimer.  Et je regrette qu'elles n'aient pas eu ma chance, et je m'en veux.

Je parlais récemment avec Calpurnia la gentille sorcière (qui a aussi un père formidable, des parents unis) de la difficulté de trouver un homme bien, de la chance qu'ont eu nos mères... Et elle m'a parlé  de cette belle chanson de Linda  Lemay que je ne connaissais pas honte à moi...  Le plus fort c'est mon père...

Je pense à toi souvent papa. Je t'entends me parler. Quand je démonte un truc et que je ne sais pas quoi faire, je te dis "aide moi" et je trouve aussitôt l'outil adéquat. Quand je craque je te demande de m'aider. Et je pense souvent à cette phrase :
Ne pleurez pas celui qui vous a quitté, réjouissez vous de l'avoir connu.

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jeudi 06 mars

Mères solides...

ciel_gris

Dans ma famille les femmes sont solides... Taillées comme des armoires normandes, comme dit ma Maman, rapport aux larges épaules et au fait qu'elles prend "tout dans le haut" quand elle grossit !
(Petite parenthèse tout de même, physiquement, je ne ressemble pas à ma mère et mes soeurs ! J'étais plutôt fluette petite, et maintenant que je me suis étoffée, je n'ai rien gagné en largeur d'épaules (Bizarre) et moi c'est plutôt tout dans le bas Hihi !)

Solide physiquement, pas le genre à se coucher pour un rhume, mais solide aussi moralement (et là oui je leur ressemble). Pas le genre à s'écouter, à se plaindre (ou alors pas longtemps). Optimiste, la tête sur les épaules, les pieds sur terre...

J'y pense ! Pas tellement étonnant que mes soeurs et moi ne supportions pas nos belles mères, amorphes, apathique, léthargiques, indolentes, hypocondriaques, shootées aux petites pilules... Hihi !

Ma grand mère maternelle Jeanne était garde barrière en Normandie. Ce qui signifiait garder la barrière et aussi vendre des tickets... C'était bien avant de venir en région parisienne dans une cité de cheminots. Mon grand père maternel (qui ressemblait à un viking) travaillait sur les voies.

Jeanne a eu 10 enfants. Martine ma maman, est la 7ième. Jeanne était infatigable, cuisine, jardin, devoirs des enfants, lessive (à la main mais oui !), et même couture, parce qu'il fallait bien habiller ses 10 enfants...
Le tablier autour des reins,courant après un enfant, en consolant un autre, elle a élevé sa tribu comme un chef, leur enseignant des valeurs solides. Très pieuse, elle trouvait même le moyen d'aider ses voisins dans la détresse, de recueillir des blessés pendant la guerre.
Elle était rarement malade, et si ça arrivait détestait les médicaments. 

Après ses enfants, elle a élevé 4 de ses nombreux petits enfants, une de ses filles vivait avec elle et travaillait. Jeanne a rechigné quand on a voulu lui offrir une machine à laver, elle pensait que le linge serait moins propre. Le lave-vaisselle il a fallu insister des années. Il n'y a que le magnétoscope qui ait trouvé grace à ses yeux, car elle demandait pour Noël les films de Fernandel et Bourvil. Même si elle lisait beaucoup, c'était au lit le soir, pas le genre de personne à rester assise longtemps...
Elle est morte à 92 ans, très entourée bien sûr...

Martine, ma maman a eu 4 enfants. Elle non plus ne tient pas en place. Elle ne sait même pas ce qu'est une chaise longue... Si elle est sur le canapé et que je lui dis "je vais chercher les glaçons" quand je reviens elle est en train de ranger une pile de magazines.
Elle a un emploi du temps très précis : lundi aspirateur, mardi vitres, jeudi couture...
Elle déteste être malade. Martine aussi ne lit que le soir...

Quand elle n'a pas de petits enfants à garder, elle s'ennuie... Insiste tout le temps auprès de ses filles pour qu'on lui confie nos travaux de couture ou de repassage... Bien sûr c'est surtout depuis qu'elle est en retraite...

Mes soeurs et moi sommes sûrement moins fans de ménage, mais nous avons l'excuse du travail.
Et pourtant !  Nous sommes aussi des mères solides. Mon frère a  aussi épousé une mère solide !
Oui je sais ça paraît normal, mais à voir nos belles mères, ça ne l'est pas tant que ça !

Aucune d'entre nous n'a jamais craqué même dans les pires moments de la vie. Jamais nous n'avons été incapables de nous occuper de nos enfants. Nous détestons être malades longtemps. Nous n'aimons pas geindre et nous plaindre. Nous n'aimons pas baisser les bras. Nous n'aimerions tout bêtement pas faire pitié !

Martine dit que la mère est le tronc de l'arbre.  C'est un peu vrai.
En ce moment, à cause du divorce de Servane, Martine s'inquiète du traumatisme des enfants dont le père est parti. Et je lui réponds souvent : mais regarde autour de toi, quand la mère est solide, les enfants s'en sortent bien ! Rien de pire que ma cousine (dont j'ai parlé je ne sais plus où) retournée chez ses parents, car incapable d'élever sa fille !

Seul inconvénient des mères solides ! Impossible d'accepter la moindre faiblesse ! 
Moi la première, à ma mère :
- comment ça tu vieillis ? Mais non tu n'as même pas de cheveux blancs ! Quoi tu mets tout ce temps pour ce tour à pied ? Secoue toi, tu le faisais en une heure avant !

Et mes filles ne font pas exception à la règle ! Si j'ai un coup de blues, si je fais une entorse à mon régime :
- elle est où la battante ? Bouge toi !

Les rares fois où je suis malade :
- comment ça tu ne peux aller m'acheter des kinder bueno, tu es encore malade, mais ça fait 2 jours ! C'est quoi une sciatique, comment ça tu ne peux pas aller au cinéma à pied ? Et ça va durer longtemps ton truc ?
Tu vas pas devenir comme Machine, hein ? Rassure moi !

Les mômes c'est ingrat (moi la première OK !)

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samedi 16 février

Nuit d'angoisse (partie 3)

Jeudi matin j'appelle Camomille pour avoir des nouvelles de Luigi et poser toutes les questions que je n'ai pas posé la fameuse nuit d'angoisse.

Voici donc l'histoire. Quelques jours avant la fugue, Chris avait eu un avertissement pour indiscipline... Pas sa première indiscipline, comme on l'a vu... Du coup il avait été tancé vertement par sa mère et son père, donc ambiance sympa dans la chaumière.

Luigi avait fait une énooorme bêtise au lycée : il avait écrit sur une table "M. X (prof) est un..." ce qui est un crime particulièrement abonimable et jamais personne n'a commis avant lui, surtout pas moi d'ailleurs...

Donc le lendemain il fugue... Il ne va pas loin, reste dans le coin... Quand son père part au commissariat, il est caché derrière des voitures, à deux voitures de son père.

Mais la nuit venant il a envie de rentrer, seulement il a très peur de ses parents et de se faire tancer vertement comme son frère. Alors il attend. Voyant ses parents partir à 2 h du matin, il fait le mur, mais pour rentrer, et trop terrorisé pour rejoindre son lit, il se cache sous l'escalier...
Jusqu'à ce que sa mère épuisée de larmes le prenne dans ses bras pour l'emmener au chaud.

Elle lui explique en long en large et en travers combien il est aimé, et qu'elle ne comprend pas sa terreur.
Ma sœur appelle la police pour leur dire d'arrêter les recherches... qu'ils n'ont jamais commencées  voir plus bas..
Pas une patrouille de police, ni en voiture, ni à pied... Si ils avaient des chiens ils le trouverait, mais ils n'en n'ont pas. Ils sont charmants, ils ont perquisitionné la chambre... Mais Camomille est persuadée qu'ils n'ont rien fait à part mettre le nom de Luigi dans un fichier.

Le lendemain le petit ne va pas en cours. Il y a un debriefing avec la police pour lui expliquer que c'est grave de faire ça... Il va en "psychiatrie"
comme le dit sa sœur !

Lui qui se croit mal aimé est tout étonné d'apprendre que ses parents ont appelé la police, qu'une partie de la tribu n'a pas dormi... Étonné que toute la journée ses copains appellent pour savoir si il est revenu...
Dimanche on fête son anniversaire... Je crois qu'on va tuer le veau gras...

Bonus : Si il y a des policiers parmi les lecteurs, qu'ils s'éloignent de l'écran... De même si vous en avez dans votre famille... Je vous rassure moi aussi !
J'ai toujours pensé en regardant FBI portés disparus, pour mémoire une série où on recherche des personnes disparues (et pas seulement des enfants) avec un compte à rebours "disparu depuis 2 h, depuis 20 h etc..." que ça n'existe pas en France... Qu'on ne cherche tout bêtement pas...
Bien sûr vous allez me dire, on voit bien à la télé des battues où tout le village s'y met, le maire, les habitants... et les gendarmes... Ben oui je vais relancer le débat police gendarmerie !
De même je suis convaincue que si un péquin moyen est assassiné, on enquête... sans plus.
Les experts à Miami en France ? Aucune chance que l'on mette à contribution une équipe de 10 personnes, ni que l'on fasse des analyses compliquées et onéreuses dans un labo...
mon ex beau frère policier, me dit que je me trompe... Mais il ne m'a jamais convaincue !

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vendredi 15 février

Nuit d'angoisse (partie 2)

2 h 45... J'ai du me rendormir... Le portable sonne, c'est ma sœur...

- on l'a retrouvé...
Elle m'explique qu'à 2 heures Luc voulait dormir persuadé qu'il n'y avait plus rien à faire. Camomille refuse et dit qu'elle veut faire encore un tour en voiture. Ils reprennent la voiture et font encore un tour. Puis ils rentrent. Mue par un instinct, maternel, sûrement, Camomille avant de rentrer va dans le jardin à l'arrière de la maison... Et trouve son bébé allongé sous l'escalier... frigorifié...
Je lui demande comment il va, si c'est au lycée qu'il a eu des problèmes... Elle me dit oui, et me dit qu'il a traîné tout le jour jusqu'à 2 h du matin...
Elle est crevée, moi aussi... Alors je ne pose pas trop de questions...
Je réveille Athéna pour lui dire que tout va bien. Puis j'essaye de dormir... Et j'imagine mon neveu couché sous l'escalier... A deux heures du matin... Près des chaises de jardin bleues...

Servane n'était pas au courant, ma mère non plus. Le mercredi midi Artémis mange chez sa grand-mère. Marine est là. Et voilà qu'elle dit à sa grand mère : "Luigi est en psychiatrie"...
Luigi est allé voir un psy mais n'est bien sûr pas interné ! Ma mère s'affole et Artémis fait signe à Marine de se taire...
- ce n'est rien grand mère !

Il reste encore pas mal de questions sans réponses... Ce n'est que jeudi matin que j'appellerais Camomille pour tout savoir.

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jeudi 14 février

Nuit d'angoisse (partie 1)

nuage_nuitMardi n'était pas un jour spécialement agréable. Athéna avait des problèmes avec son ex Martin, et Artémis avait fait une de ses crises d'amabilité...
Je vais en voiture au cours de musique avec Artémis. Puis sur le chemin du retour, (il était 22 h passé) Artémis me dit que Camomille a essayé de la joindre. Elle la rappelle, puis après avoir raccroché me dit :
- Luigi a disparu. Il n'est pas allé en cours et il n'est pas rentré...
Luigi n'avait pas pris son portable, ses parents avaient appelé tout son répertoire (dont Artémis) et bien sûr prévenu la police.

De retour à la maison, je demande à Athéna si elle a eu ma soeur. Oui mais elle ne savait pas pourquoi. Quand elle l'apprend elle appelle Thimothée. Il est en voiture, il fait des tours du quartier. Il lui dit que Luigi a pris un sac et de l'argent... Athéna propose de venir, chacun avec un voiture... Il dit non, pas pour le moment, la police arrive chez moi !

Les filles et moi paniquons, faisons des spéculations. Pourvu qu'il soit chez un copain ! Impossible, les parents auraient prévenu ! Un copain à qui il aurait demandé de le cacher alors ? ...
Pourvu qu'il ne soit pas dehors ! Pourvu qu'il ne fasse pas de mauvaises rencontres. Et s'il avait pris le train ? 
Difficile d'appeler chez ma soeur, ils doivent tellement attendre des nouvelles de leur fils, tout le monde n'a pas la présentation de numéro. Heureusement il reste les portables...
Je dis aux filles  :
- il est débrouillard... En même temps il était trouillard quand il était petit... Si il est autonome pas de problèmes, à un moment ou à un autre il ira chez quelqu'un : manger, dormir, il est trop habitué au confort.
Mais si il fait une mauvaise rencontre ? Des garçons plus âgés qui lui proposent de boire un coup pour oublier ? ou un malade ! 13 ans ce n'est plus un enfant, mais il y a des fous partout... Je pense avec angoisse aux sectes qui prennent les fugueurs pour cible.

À 23 h Artémis se couche. Athéna va fumer une cigarette dehors. J'appelle mon beau-frère sur le portable. Il me dit que la police fouille sa chambre. Cet image qui me rappelle FBI porté disparu me glace le sang. Je lui dis de m'appeler si ils le retrouve, même en pleine nuit.
Je pleure. Athéna me dit : il faut que tu dormes, tu vas faire des rêves.
Je lui dis oui je fais souvent des rêves prémonitoires, mais ce n'est pas comme à la télé : il faut les interpréter et souvent on ne sait qu'après que c'était un rêve prémonitoire.

Je me couche. Je me persuade que Luigi est chez un copain. Ça va bien se terminer, on ne verra pas sa photo au JT... Non il ne peut pas partir de lui même, il aime trop sa famille... Non ça ne peut pas nous arriver à nous...

Athéna pense qu'il a pris le train pour Petit-ville-du-sud. Elle appelle un copain de là bas et lui dit d'aller voir à la gare. Depuis le matin il avait le temps de faire le trajet. Je me souviens d'une histoire une fillette qui a fait Paris Marseille en train sans que personne ne réagisse...
Le copain du sud revient bredouille...

Je finis par sombrer... Je rêve que Luigi a laissé un message sur le répondeur d'Artémis.

- Je vais bien et les chaises sont bleues...

Je me réveille, il est deux heures du matin... J'essaye de trouver où il y a des chaises bleues... Mais mes idées s'embrouillent... Je me suis tellement persuadée qu'il est chez quelqu'un que j'essaye d'imaginer un intérieur avec des chaises bleues... pas commun... Je vérifie que mon portable ne s'est pas éteint, je dors avec comme quand mes filles sortent... Il est deux heures et personne n'a appelé... On ne l'a pas retrouvé...

Posté par louisianne à 12:03 - Famille - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Les enfants de la tribu...

Jusqu'à maintenant je n'ai pas parlé de tous les enfants de la tribu, mes neveux et nièces... Mais pour la suite de l'histoire il faut que je les nomme, ou plutôt que je les surnomme, en évitant de me tromper dans les pseudos bloguesques...
Ma mère a 10 petits enfants. J'ai déjà parlé des miennes bien sûr, et de Jolinette et Manivelle, les filles de Servane...

Mon frère Cédric a deux filles, une blonde et une brune, comme moi. Coralie, 14 ans, un peu le caractère de ma blonde à moi : gaie, facile à vivre, sans problèmes... Manuréva la brune, 12 ans, un peu le caractère d'Artémis, qui est d'ailleurs son modèle... toujours peur de n'être pas assez belle ou qu'on ne l'aime pas...

Camomille a 4 enfants, 3 garçons une fille, tous blonds aux yeux bleus comme leur parents.
Thimothée, l'aîné, 18 ans, un an de moins qu'Athéna, un an de plus qu'Artémis... Il a presque été élevé avec mes filles, (nous avions moins d'enfants avec ma soeur nous nous voyions plus) ils étaient tous les trois en maternelle ensemble... C'est le grand copain d'Athéna, il  n'y a qu'avec elle qu'il parle de ses petites copines...Plutôt calme, il aime le foot, les jeux vidéos... 1 m 85 blond frisé.

Chris
15 ans, c'est mon filleul. Beau gosse avec ses yeux bleus en amande et ses boucles blondes. Il est passionné de foot. Difficile de parler d'autre chose avec lui ! Mais il aime aussi les filles, bien sûr, danser. C'est aussi un rebelle, indiscipliné, bagarreur régulièrement puni pour mauvaise conduite à l'école... Ses copines cousines sont Coralie et Artémis.  Il est entre les deux en âge, mais beaucoup plus grand en taille !

Luigi
13 ans ne ressemble pas à ses frères. C'est un petit clown qui adore se déguiser, nous faire des démos de tecktonik. Il est aussi hyperactif, hyperintelligent. A 7 ans il lisait tous les Harry Potter et les seigneur des anneaux. Contrairement à ses frères, il n'aime ni le foot, ni la bagarre. Il est sensible, aime la compagnie des grandes filles (les copines de mes filles). Ses frères le malmènent, il a fini par trouver sa place en choisissant un autre sport que le foot. Mais le surnom Calimero lui va comme un gant. Ses copines cousines sont Artémis et Manuréva... Les trois sensibles, les trois qui pensent toujours qu'on ne les aime pas et qu'on ne les comprend pas !

Et enfin Marine... 7 ans.  Blonde et potelée, les joues rouge, le sourire... Une pipelette, un petit clown aussi, la délicatesse d'un éléphanteau ! Capable de dire à sa maîtresse : "tu es moche et grosse et tu sens pas bon !".
Je l'appelle ma petite hollandaise, à cause de sa blondeur et parce qu'elle ressemble plus à une Walkyrie qu'à une sylphide... Ma soeur rêvait de l'inscrire à la danse classique, elle fait du foot comme ses frères...  C'est la copine  cousine de  Jolinette et de Manuréva.

En résumé, sans couleurs, sans le nom des parents, mais par ordre d'âge :

Athéna 19 ans, Timothée 18 ans, Artémis 17 ans , Chris 15 ans, Coralie 14 ans, Luigi  13 ans, Manuréva 12 ans, Jolinette 10 ans, Manivelle 4 ans...

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jeudi 31 janvier

Ce 14 juillet là (dernier acte)

Manivelle est une pipelette. C'est drôle de l'entendre raconter tout ce qui se passe chez elle. Et voilà qu'un jour en vacances chez son père, elle parle d'un certain Pierre. Pierre qui habite à la maison (ce qui est faux) , Pierre qui a des enfants, le nom et l'âge des enfants.  D'ailleurs la fille de Pierre est dans la même école que Jolinette ! Et on a mis des lits à étage dans la chambre de Manivelle pour les enfants de Pierre. Ce qui pourrait laisser croire qu'on l'a poussée hors de sa chambre, ce qui est faux ! Il y a longtemps que Manivelle préfère dormir avec sa soeur et garder sa chambre pour jouer !

Monsieur l'ex-mari n'est pas content. Il prend son téléphone. Lui le champion de la fuite, du mél et du sms, prend son téléphone pour appeler son ex-femme... et lui fait une scène !
Pour une femme éplorée, elle n'a pas perdu de temps... Et en plus l'apprendre par Manivelle tout de même !  Il a le droit de savoir qui vit avec ses filles !

Servane est à la fois bouleversée et en colère ! De la part d'un homme qui n'a pas osé lui dire en face qu'il allait avoir un bébé ! (elle apprendra plus tard qu'il en avait parlé à ses filles, espèrant qu'elles passeraient le message, il faut croire que ça ne les intéressait pas du tout, le message n'est jamais passé !)

Ma mère est à son tour bouleversée. Persuadée que Jean-Louis va très mal, qu'il regrette d'être parti...

Que s'est-il passé dans la tête de cet homme ? Regrettera t-il un jour son coup de tête ? Regrettera t-il d'avoir mis tant de distance entre ses filles et lui, surtout quand elles seront adolescentes et qu'il comprendra vite qu'elles ont d'autre priorités que d'aller lui rendre visite ?

Le saurais-je jamais ? J'aurais aimé lui parler, lui dire que je ne le juge pas, lui demander si il est heureux maintenant...
Athéna me disait encore hier qu'il lui manquait, qu'elle aimerait le revoir. Je lui ai dit qu'on le reverrait sûrement un jour. Mais nous sommes les deux seules de ma tribu à en avoir envie, les autres n'ont pas pardonné.

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mercredi 30 janvier

Ce 14 juillet là (partie 8)

C'est ainsi qu'à peine trois mois après son coup de tête, Jean-Louis décide de mettre 400 kilomètres entre ses filles et lui. Son départ est prévu pour Mars 2007, soit même pas un an après...

À force de coller les morceaux du puzzle, Servane avait connu toute l'histoire... En avril 2006 Jean-Louis en stage en province avait rencontré une femme (40 ans, deux enfants en bas age, divorcée) qui habitait en province. Il lui avait raconté ses malheurs, (malheurs qu'il était le seul à connaître je précise bien puisqu'il n'en avait jamais parlé à sa femme), à savoir qu'il n'était pas heureux dans son couple. Ils avaient sympathisé, étaient restés en contact... Par mél, msn, ou téléphone, on ne sait pas trop, mais vu le temps que passait Jean-Louis sur son PC, c'était certainement par msn.
A la première dispute, qui comme par hasard se produit dans des conditions idéales, l(es filles sont en vacances, il n'attendait que ça sans doute) il prend sa voiture pour aller se faire consoler ailleurs... Consolation qui a lieu, bien entendu à l'horizontale, même si il jure après ses grands dieux, qu'il ne l'avait pas encore fait ce fameux 14 juillet !

Après quoi se sentant sans doute libre de toute entrave puisqu'il avait dit à Servane que c'était fini, il propose bien gentiment à sa nouvelle maîtresse de passer quelques jours à Paris en l'absence de Madame son épouse... (et non pas un week-end comme il a voulu le faire croire)...

Dans le même temps Jean-Louis fuit sa famille. Ne réponds pas au téléphone à sa soeur, et son père doit insister lourdement pour réussir à lui parler... Cet état de fait rendra service à Servane... Sa belle famille pense que Jean-Louis a "pété un plomb" et reste solidaire avec elle...
Le père de Jean-Louis finit par aller voir Jean-Louis et la nouvelle copine. Il se dit surpris que Jean-Louis qui a toujours habité la région parisienne et vécu en ville ait envie de s'exhiler ainsi. De plus niveau travail il va avoir un poste moins intéressant.

Servane passe par une période toute folle. Elle m'entraîne en discothèque. Elle se fait offrir un verre, je la perds. Je la cherche partout avec mes filles et mon frère. Puis je finis par partir, je trouve un mot sur mon pare brise, "je suis avec Machin, voilà son numéro". Je suis affolée ! Je l'appelle. Le lendemain elle me dira qu'elle a bu deux verres, (ce qui lui suffit largement pour perdre raison) et qu'elle ne comprend pas ce qui lui a pris ! J'ai l'impression de revenir 20 ans en arrière : j'ai 26 ans et elle 16 !
- ne fais pas de bêtises ! Tu sais que maintenant il faut se protéger ! Tu pars avec moi et tu rentres avec moi, c'est clair !
Puis elle passe par une période "site de rencontres". Je la surveille : "préviens moi avant tes rendez-vous, où tu vas, avec qui, je veux le numéro de téléphone du mec, et vérifie qu'il ne t'en donne pas un faux... Ah ! Et attends ! Envoie moi un texto quand tu rentres chez toi !"

Ah ! Qu'elle est dure la vie de soeur aînée !

Ma soeur excitée comme une jouvencelle me raconte les histoires (passionnantes, qui me font bâiller d'ennui) de ses rencontres...
Dès qu'elle est invitée à dîner,  même chez mon frère, elle est persuadée qu'on va lui présenter un lot intéressant de célibataires !
Même mes filles rigolent bien :
- Elle est plus gamine que nous !
Pourtant on ne peut pas dire qu'elle ait une jeunesse trop sage et qu'elle voudrait se rattraper !

En mars Jean-Louis s'en va. Il jure qu'il verra ses filles très souvent... Servane pleure pour ses filles. Les voir souvent comment ? Après 4 heures de train, sans pied à terre à Paris ? Elles sont trop jeunes pour voyager seules et il a choisi un coin si paumé qu'il n'y a pas d'acccompagnants SNCF pour les enfants, il faudra qu'il vienne les chercher lui même en train...

Il ne vient pas à la communion de Jolinette au printemps. Il a peur d'affronter la famille. Pourtant mon ex-mari est déjà revenu au sein de la tribu et personne ne l'a mangé. De plus sa soeur, son beau frère et son père nous en aurait probablement empêchés... Son père est lui-même divorcé.  Au mariage de Servane et Jean-Louis, le père de Jean-Louis était là avec sa nouvelle femme, et la mère de Jean-Louis avec son nouveau mari...
Le divorce n'empêche pas des parents d'être présents pour leurs enfants lors d'une fête de famille.

Jean-Louis n'assume pas... Jean-Louis n'a pas l'air épanoui... Jean-Louis fuit sa famille, les problèmes. Il ne communique avec Servane que par sms, n'appelle même pas ses filles.

Au repas de la communion de Jolinette, Athéna a fait une crise de larmes. Jean-Louis était toujours entre elle et moi dans les repas de famille et nous faisait rire toutes les deux.

Le temps passe. Servane se lamente, veut trouver l'âme soeur. Je lui dis ce que je dis à mes filles : fais le deuil, prends le temps. Apprends à te connaître, à savoir ce que tu veux, qui tu veux, qui tu es... Une période de solitude n'est pas du temps perdu...
Elle ne m'écoute pas plus que mes filles ! Certaines personnes ne supportent pas les têtes à têtes avec elles-même.

Puis un jour elle recontre un homme charmant à l'anniversaire de mariage d'une amie. Divorcé depuis longtemps, deux enfants. Papa poule trop débordé par ses enfants un week-end sur deux pour avoir eu le temps de trouver une nouvelle femme. Ils se voient régulièrement. Au début elle est un peu réticente, ne veut pas nous le présenter. Je m'interroge, je trouve ça rapide... A t-elle fait le deuil ?
Elle lui présente ses filles, lui ses deux enfants.
L'été suivant, après une semaine à lui téléphoner 15 fois par jour, Servane me dit qu'elle veut l'inviter le week-end. Je pourrais le ramener à Paris en voiture ?
Elle me fait rire. Il vient passer un week-end, il est charmant, à l'aise tout de suite. Mais Servane ressemble à une petite fille tout intimidée. Elle me fait le même effet que lorsqu'elle a amené son premier garçon au sein de la tribu. On dirait qu'elle a peur... Qu'il ne nous plaise pas, qu'il ne soit pas à l'aise, qu'il ait une mauvaise opinion de nous. Tout ça à la fois... Normal à 16 ans, étonnant à 36...

Je lui demande si elle est amoureuse, si elle a fait le deuil si elle a des projets...
Ensuite elle est dans les tourments du divorce. Son futur ex la harcèle pour qu'elle accélère la procédure. En réalité il n'a jamais fait aucune démarche. C'est elle qui a pris rendez-vous avec un avocat avant qu'il ne soit muté. Sinon ils y seraient encore. Mais par contre il ne comprend pas pourquoi elle ne vend pas l'appartement pour lui donner "sa part". Bien sûr ce n'est pas simple...

J'apprends un jour soulagée qu'elle pourra racheter l'appartement. Mais la procédure traîne. Son ex mari ne répond pas aux lettres de l'avocat, ou oublie de signer les chèques. Appelle Servane pour lui demander ce que fait le notaire, parce que lui il ne sait pas téléphoner...

Puis un jour coup de fil de Servane en larmes... Qui répond sans doute à ma question : tu as fait le deuil ?
Jean-Louis lui a envoyé un mél (il ne communique que par écrit sauf exception). Il lui a écrit deux trois trucs (probablement qu'il parle de sous) et finit par ces mots laconiques :
au fait je vais avoir un bébé...
Je console ma soeur comme je peux. Elle veut connaître mon expérience, l'effet que ça fait... L'effet que ça a fait à mes filles d'avoir des "demis". Sauf que moi j'avais fait le deuil...
Il vient en coup de vent signer le divorce et chez le notaire, aller retour, sans prendre le temps de voir ses filles.
Je croyais que c'était le dernier acte... Mais non ! 

Posté par louisianne à 14:42 - Famille - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

mardi 29 janvier

Ce 14 juillet là (partie 7)

detail_by_louisianneJean-Louis s'installe dans un studio meublé minuscule, pas très  loin de  chez Servane et ses filles. Sauf qu'il n'est pas vraiment parti... Souvent il  "squatte" encore l'appartement familial parce que c'est plus pratique de faire faire leurs devoirs aux filles dans  leur appart... Alors Servane est condamnée à faire les boutiques ou à aller voir sa mère  pendant ce temps...

Puis il prend les petites à dormir... Et fais gaffe sur gaffe... Servane lui a demandé de ne pas parler encore de sa nouvelle copine aux filles. Lui il leur montre "une amie" sur msn, ben quoi msn ce n'est pas présenter quelqu'un ? Servane est furieuse... La douleur se ravive...

Et il y a les week-ends (1 sur 2) ou il va la voir en province. En laissant sa voiture garée pas loin de chez ma mère... Nouveau coup au coeur pour Servane...

Pour arranger le tout, ils travaillent ensemble... Pas dans le même service, mais tout de même... Tout le monde sait que Servane et Jean-Louis sont mariés. Et Servane n'a parlé qu'à sa collègue avec qui elle partage le bureau... C'est aussi une amie, et c'est bien pratique. Quand je l'appelle, elle me dit "pas de problèmes, je peux parler, Muriel est au courant de tout".

Alors les gens qui la croisent dans l'ascenseur lui disent "il ne va pas bien votre mari, il est malade ?". En effet Jean-Louis a décidé de ne plus se raser et de s'habiller n'importe comment. Sans doute par rébellion ! Servane lui a souvent reproché son look négligé du week-end, du coup il a décidé de faire pareil la semaine ! Sans penser qu'au travail c'est limite...

Un soir nous sommes invitées Servane et moi chez Camomille, sans nos enfants. Camomille n'habite pas loin de chez Servane qui est venue à pied. Au moment de partir, je propose à Servane de la ramener en voiture, dix minutes à pied la nuit après un bon repas, on a pas toujours envie... Juste au moment où nous partons, Camomille reçoit un coup de fil de son deuxième fils (mon filleul) il a passé la soirée chez un copain à deux pâtés de maison de là, et elle n'a pas trop envie qu'il rentre seul. Camomille me demande si ça ne m'ennuie pas de le prendre et de le ramener... Non non bien sûr. Je ne connais pas ce quartier de la ville, Servane me guide, droite, gauche, droite... C'est un quartier d'immeubles résidentiels qui se ressemblent tous. Servane me dit : "Jean-Louis habite là". Je regarde à droite "c'est sa voiture là !". Nous regardons à gauche, vers l'allée qui mène à l'immeuble... C'est lui ! De dos, il tient par les épaules une femme habillée en noir. Merde !
Servane est dans tous ses états et abreuve d'insulte son futur ex-mari. Quand à moi je suis bien embêtée contre la cruelle ironie du sort... et si... et si on n'avait pas fait ce crochet, et si on était parties cinq minutes plus tard.... plus tôt ! Nul ! Merde !
Nous récupérons mon neveu qui lui rigole bien
- oh là ! Comme si je risquais quelque chose dans ce quartier ! Oh la la ma reum !
Nous déposons l'ado rieur chez sa "reum"...Puis je dépose Servane chez elle, après qu'elle m'ait bombardée de questions :

- elle était habillée comment, elle t'a paru grande ?
- laisse tomber, on s'en fout !

Et puis le temps passe un peu... Pas tant que ça, à peine 3 mois depuis le fameux 14 juillet...

Un jour dans l'ascenseur à son travail, une collègue dit à Servane :
- vous avez fait une demande pour être mutés en province ? J'ai vu votre nom sur la liste, c'est formidable !

Servane s'écroule en larmes dans l'ascenseur.

Posté par louisianne à 15:28 - Famille - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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