Une grande rêveuse

Des petites choses que j'aimerais bien dire à quelqu'un

vendredi 06 juin

Caillou dans l'île (partie 2)

Nous arrivons donc en larmes à l'entrée du village vacances. Didou est la seule capable d'expliquer. Roselyne contrairement à moi ne saigne pas abondamment, elle a un "trou rouge" dans la tête, dans les cheveux, au niveau de la tempe.
Le directeur du village vacances vient me voir, me caresse les cheveux et la joue (Waouh !) et me dit :
- pas d'inquiétude, la tête ça saigne beaucoup, mais ce n'est pas grave je vais vous emmener au village.

Le cuisinier arrive avec sa 4 L fourgonnette et nous fait monter derrière. Le directeur monte devant. Mais pendant qu'on faisait tout ça, notre agresseur est arrivé au village vacances !

Roselyne et moi nous écrions en chœur : "C'est lui, c'est lui !"
Le directeur, le cuisinier, et le barman venu à la rescousse, arrêtent le type et lui parlent. Puis le directeur nous emmène, et je ne sais pas trop ce qu'il font du pêcheur de coquillages. Nous arrivons d'abord à la gendarmerie. Je ne saigne plus, mais je suis couverte de sang...

Le directeur nous laisse à la gendarmerie où nous déposons une plainte. L'histoire est déjà connue, le pêcheur est appelé "le fou aux galets".
Je dis à Roselyne : "c'est vrai ça, on a cru que c'était des cailloux ! Des galets ça change tout ! Il faut qu'on arrête de penser en parisiennes"

Le gendarme tape avec deux doigts sur une antique machine. Il est de Dordogne, et plaisante avec nous. Je fais ma déposition la première, puis c'est le tour de Roselyne. Le directeur revient et me demande où on en est. Je lui demande ce qu'à bien pu dire le pêcheur. Il me répond qu'il n'avait pas envie de discuter avec lui...
Roselyne me dira plus tard que le pêcheur avait du nous traiter de s.. ou de p.. rapport à notre tenue.
J'ai des doutes mais on ne le saura jamais. En tout cas il ne s'attendait sûrement pas à se retrouver aussi vite interrogé par la maréchaussée !

Ensuite le directeur nous dépose chez le docteur "pour une urgence" dans une salle d'attente archi pleine et exotique. Des femmes en boubou coloré tiennent des enfants sur leurs genoux...
Roselyne s'écrit affolée : "ils vont nous couper les cheveux".
Ce qui me ferait rire si j'avais la tête à ça, car c'est le dernier de mes soucis !

Le docteur est un très bel homme. La quarantaine des yeux gris acier, une abondante chevelure grisonnante, même jeunes, même ne raffolant pas des grisonnants, mes copines et moi nous accorderons à dire plus tard qu'il était irrésistible.

Lui aussi est métropolitain. Il nous demande ce qui nous est arrivé et nous dit que les gens sont gentils ici, que ça n'arrive jamais. Il veut commencer par moi.

Je m'allonge sur la table. Il me pose des tas de questions. Mon âge, d'autre choses, il prend son temps. Au moment où il prend l'aiguille pour me faire deux points en haut du front, j'attrape sa main et demande si ça va faire mal. Geste qui me surprend moi même parce que 1) je ne suis pas douillette, 2) j'étais plutôt timide à l'époque...
Me voilà recousue. Il expédie les points de suture de ma copine Roselyne pas contente : "tu avais la côte et pas moi". Il a du lui couper 3 cheveux avec des ciseaux à ongles. Elle est ravie, les dégâts sont minimes.

Puis après le passage à la pharmacie juste à côté pour racheter les fils, le cuisinier, revenu nous chercher, nous ramène au village vacances.

Le soir le directeur nous offre l'apéritif et discute avec nous. Roselyne est presque contente !
Le lendemain mon front aura enflé d'un seul côté de façon spectaculaire. Au point de me donner de très élégante "rides du lion" au dessus du nez. J'ai un air de famille assez marqué avec Eléphant man, pour la partie supérieure du visage au moins.

Mais ce n'est pas très important. Nous sommes tellement terrorisées, Roselyne et moi que nous ne quittons plus le village vacances.  À part une excursion en car au volcan parce que nous n'étions pas seules. Les vacances sont gâchées, nous n'avons qu'une envie : rentrer chez nous. 
D'ailleurs nous avions appelé nos parents en larmes. Et j'avais même pu joindre Laurent en Nouvelle Calédonie.
Avec quelques années de plus, nous aurions sûrement relativisé.
Avec quelques années de plus, j'aurais réagi différemment : même pas peur, de toutes façons ça ne va pas m'arriver deux jours de suite !

Mais une fois revenue en métropole, j'ai vite oublié. Roselyne n'a pas voulu rentrer à Paris et est repartie chez ses parents dans le Sud pour le week-end.
Je me suis fait enlevé les points de suture par mon vieux médecin de famille, nettement moins sexy que celui de l'île. Puis j'ai invité plein de monde pour mon anniversaire, ravie de montrer mon bronzage et ma cicatrice tout en haut du front à gauche. Ça fait des choses à raconter !

Des mois plus tard, nous avons reçu Roselyne et moi un avis de procès pour M. X sans profession, avec invitation à nous y rendre ou remplir le formulaire joint si nous ne souhaitions pas y assister ! M. X risquait une amende et des dommage et intérêts  à régler à ses victimes.
Roselyne et moi rions bien : c'est sûr on va faire fortune !
J'ignore si le fou aux galets est resté en prison tout ce temps, j'en doute !

Puis plusieurs mois plus tard M. X a été condamné à payer des dommages et intérêts, mais il n'était pas solvable !
Nous n'avons jamais su le pourquoi de cette agression. Avec le peu d'infos que nous avions, nous avons supposé qu'il s'agissait d'un simple d'esprit, sans profession et probablement sans domicile fixe aussi.
Nous n'avons jamais remis les pieds à la Réunion. Je n'ai jamais remis les vêtements portés ce jour là, pourtant j'avais réussi à enlever le sang !

Des années plus tard, mère de deux filles, je les laisse à mes parents et à leur père pour aller faire une course en ville. Quand je reviens ma mère me dit affolée qu'Artémis (3 ans) a fait une chute. Un dérapage sur le parquet qui l'a fait atterrir sans se retenir, sans rien pour amortir, la tête la première sur le coin d'un buffet. Marre de sang, leur père l'emmène aux urgences, Athéna est en larmes, choquée et s'accroche à moi quand elle me voit revenir.

Je vois revenir la petite qui rit (passé l'épreuve de l'aiguille, elle a déjà oublié) dans les bras de son père.

Artémis a la même cicatrice que moi...

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mardi 03 juin

Caillou dans l'île (partie 1)

cafe_louisianneJ'étais encore une jeune fille insouciante lorsque je suis partie en vacances à l'ïle de la Réunion avec mes deux copines Roselyne et Didou...

Didou avait fait presque tous les pays avec son sac à dos. Roselyne et moi un peu moins. Et nous rêvions de partir au soleil en novembre. Après bien des recherches pour trouver le vol pas cher, l'hébergement sur place etc...

La première semaine se passe pas trop mal en ville à Saint Denis. Nous sommes tout de même un peu déçue... Nous apprenons bien vite que l'île est idéale à coup de ses cirques, de son volcan... Idéale pour ceux qui aiment la montagne. Et nous rêvions de cocotiers et de plages ! Les plages son difficilement accessibles. Et nous remarquons vite que nous sommes les seules à nous baigner : et pour cause : oursins et rochers cachés et très pointus sont très dangereux...

La deuxième semaine nous rejoignons un village vacances à Saint Gilles. Nous nous retrouvons dans un bungalow avec cuisine et tout et tout... Dans un village vacances où il y a plutôt des familles... Pas le top du top... Didou s'en veut d'avoir mal choisi le voyage, de ne pas s'être assez bien renseignée... Parce que pour le même prix on aurait pu se payer le club en Crête... non pas pourquoi aller aussi loin, qui a eu cette idée ?

euh c'est moi je voulais le soleil en hiver...

Bon Roselyne et moi décidons de ne pas nous laisser démoraliser... D'ailleurs le directeur du village vacances est un très bel homme !

Ce matin ensoleillé de novembre, nous voilà donc parties bronzées et guillerette, à la plage un peu plus loin. Roselyne et moi arborons nos shorts tout neuf, Didou plus discrète en bermuda.

Nous marchons le long d'une route, bordée de cocotiers, avec des maisons alignés un peu loin de la route. Nous sommes à 500 m du village vacances. Nous croisons un homme de couleur, portant un filet chargé de coquillages dont l'odeur emplit l'air au passage.

Soudain je ressens un grand choc sur le côté gauche de la tête... Ma première pensée est que j'ai reçue une noix de coco sur la tête. Tout va très vite... je bafouille... qu'est ce que c'est, ce n'est pas possible, en même temps je ne vois plus grand chose, le sang coule à flot et m'aveugle. Mais je vois quand même : l'homme que nous venons de croiser nous insulte et envoie un caillou à la tête de Roselyne. Enfin je dis nous insulte, je le suppose vu sa colère, car il nous insulte en dialecte. Il repart du moins je le suppose.

Car Roselyne et moi sommes en larmes, et j'ai du sang qui coule jusqu'au pied... Des gens sortent des maisons. Didou fait signe à une voiture qui roule dans le sens opposé à nous, c'est à dire vers le village vacances. Ce sont deux petits jeunes, qui nous déposent au village vacances. Je m'en suis voulu car j'ai sali leur voiture (j'étais pleine de sang) et dans un tel état qu'à peine capable de les remercier et de m'excuser. Nous passons devant notre agresseur...

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samedi 19 avril

La fin de l'amie (fin)

bureau2Nathanaëlle fait de plus en plus de réflexions...
Soit à moi : "tu plais parce que tu es disponible" sous entendu si je n'étais pas mariée, c'est moi qu'il choisirait... Soit à Patrice : "et moi je suis transparente, tu ne me dis plus bonjour"...

Je commence à me demander si elle si heureuse qu'elle le dit en couple. Ce qui expliquerait sa curiosité pour la vie des autres, son intérêt pour mon histoire... Elle est envieuse...

Les rumeurs vont bon train bien sûr. Je pars en vacances, et de bonnes âmes me disent que Nathanaëlle a profité de mon absence pour déjeuner avec Patrice. Je ris. D'abord parce qu'on croit bon de m'informer (j'ignorais qu'il était ma propriété) et je ris du procédé puéril.

Les choses se dégradent aussi côté travail. M. Jeufairien est parti. Notre équipe va disparaître, chacun va soit trouver un poste, soit être recasé sans choisir. Nathanaëlle remplace M. Jeufairien par intérim. Tout le monde sait à la direction que M. Jeufairien ne faisait rien, et tout le monde croyait que Nathanaëlle faisait le travail à sa place. Or il n'en est rien, et Nathanaëlle est en première ligne maintenant. Quand elle part au mois d'août, je ne fais plus ce que je faisais avant : ramasser tous les dossiers en retard qu'elle a laissé traîner et le faire à sa place. Je ne fais rien. La secrétaire du directeur trouve un jour surprise une lettre datée et signée et jamais partie sur le bureau de Nathanaëlle.

Le directeur aussi me demande un travail, ce qui fait que je suis en contact direct avec lui. Nathanaëlle a peur que je parle d'elle : que je fasse comme elle en gros ! Descendre quelqu'un de mon équipe.
Elle travaille encore moins qu'avant. Elle passe son temps à se faire des relations pour son futur poste.

C'est une personne très classique. Ce qui est assez étrange, car je ne le suis pas. Habillée classique, s'exprimant de façon classique, préférant les gens qui ont la cinquantaine et font des ronds de jambes. Classique aussi dans ses loisirs, dans ses goûts. Parfois elle me faisait plus penser à la génération de mes parents qu'à la mienne.

Aurais-je été aussi aveugle ?

Elle ne se fait pas que des relations pour le travail : il n'y a plus de chef, donc plus de garde fou. De plus en plus de "clients" extérieur à notre service viennent prendre le café dans le bureau et restent longtemps. Tout cela déplait, se sait.

Un jour le clash a lieu. Nathanaëlle s'approprie un travail que j'ai fait pour le présenter au directeur en mon absence. Celui là n'est pas dupe bien sûr. Quand à moi si je peux laisser couler des manigances puériles pour attirer les regards mâles, je ne peux laisser passer ça.

Le froid s'installe dans le bureau. J'ai beaucoup de peine, je suis blessée. Je n'ai pas oublié les bons moments, la complicité. J'ai du mal à croire à ce que j'ai découvert d'elle. Nous ne nous parlons plus que par nécessité, pour le travail, mais nous sommes toujours face à face physiquement.

Un homme vient travailler pas loin de nous. Pas un bel homme comme Patrice, mais un ami du directeur. Il n'est là que par interim. Il est très intéressant, érudit, s'intéresse à tout. Il se lie d'amitié avec elle et moi. Je déjeune avec lui de temps en temps. Mais Nathanaëlle se débrouille pour déjeuner tous les jours avec lui...

Un jour il vient nous présenter un projet sur un PC dans notre bureau. Nathanaëlle est passionnée (sauf qu'elle ne se passionne pour rien).  Je pose des questions.  Nathanaëlle a un comportement si choquant qu'Annette et moi nous regardons ! Incroyable, je ne saurais pas le décrire... Se faire remarquer, parler d'elle en en faisant des tonnes...
Ça donne :
- tu crois que je pourrais être chanteuse, Barbara mais en blonde, tu veux que je chante...
Ce n'est pas la première fois bien sûr que je la vois faire un tel cinéma. Mais je n'y avais jamais vu si clair...

Finalement sa dernière tentative, sa dernière gaffe elle la fera avec Patrice. Patrice et moi nous connaissons depuis deux ans. Il m'a raconté sa vie, je l'ai écouté des heures. Il est toujours content de me voir, nous sommes devenus très proches. Nous nous plaisons bien sûr, mais c'est tout, parfois c'est comme ça et on sait que ça ne sera pas autrement. Nous avions besoin l'un de l'autre, à ce moment là, où je n'étais pas complètement guérie et où lui avait des problèmes personnels et professionnels.  Patrice était marié et il n'avait rien d'un cavaleur.

Nathanaëlle lui plaisait aussi probablement, au moins physiquement. Mais la relation était superficielle, comme toutes les relations de Nathanaëlle. Patrice connaissait son mari. Nathanaëlle n'aurait donc pas du voir d'un si mauvais œil ma complicité avec Patrice.

Un jour je reviens de vacances, je suis seule, Nathanaëlle est encore en vacances. Patrice arrive dans mon bureau et me demande où elle est... Je lui réponds qu'elle rentre demain...
- parce que j'ai un truc à lui donner" se croit il obligé de justifier, comme si j'allais le fouetter...

Je ne suis pas surprise, on m'a déjà prévenu qu'il ne fallait pas que je tourne le dos ! Diantre ! Quand Nathanaëlle arrive le lendemain, je lui dis que Patrice l'a cherchée. Elle bafouille rougissante "c'est parce que on a travaillé ensemble sur le dossier x"... Comme si j'allais la fouetter.

Je rigole bien sur mon clavier ! Il est vrai que Nathanaëlle, vu que je ne suis plus son amie a eu tout le temps de se faire des films... Et pour quelqu'un comme elle, tout ne peut tourner qu'autour de la drague...
Louisianne a eu une aventure il y a peu, elle a du faire du lieu de travail son terrain de chasse... Louisianne est disponible donc elle... Ben oui parce que se dire "Louisianne on l'aime bien, Louisianne se fait des amis" ce serait horrible !

Je ne sais pas quel était ce "truc"... Mais Patrice lui voudrait bien que je le sache. Il arrive dans le bureau et dit bien fort à Nathanaëlle : "vas y écoute les CD que je t'ai passé"... Elle est gênée. Patrice explique qu'il s'agit de maquettes d'un groupe quand il était jeune...

Je vois très bien la scène sans y être : Patrice parle de son groupe de jeunesse, Nathanaëlle s'écrit : "génial, je veux écouter"...
Je lui dirais bien qu'elle ne s'y intéresse pas vraiment. Qu'elle va mettre six mois à les écouter, six mois à lui rendre, et que l'avis qu'elle lui donnera le décevra sûrement. Elle n'y connait rien ! Il est comme un gamin tout fier qu'on s'intéresse à lui ! Les hommes peuvent être bêtes parfois !

Mais je ne lui dis rien, il le verra bien tout seul. Et il le voit. Il m'en reparle ensuite. Il a vu clair dans son manège :
- j'ai été nul ! C'est la rivalité avec toi ! Je n'avais pas compris !
- Si, un peu ! Quand tu es venu me dire que tu avais quelque chose pour elle, on aurait dit que tu avais peur d'une scène !
- ben oui c'est à ce moment en fait que j'ai réalisé ! Que ça avait quelque chose à voir avec sa relation avec toi !
- et après tu as tout fait pour que je sache de quoi il s'agissait. Comme si tu étais coupable !
- j'ai été con hein ?
- non juste crétin !

Même après les changements de postes, Patrice est resté en contact avec moi. Pas avec elle bien sûr.

Après heureusement les déménagements, changements de service,  je l'ai perdue de vue.

Mais cette histoire m'a laissée un goût amer. Était-ce parce que j'allais mal que je n'avais pas vu clair en elle ?

Je n'avais pas vu qui elle était : envieuse, superficielle et tout à fait immature dans sa relation aux autres.
Mais bien sûr il y avait tout de même des points communs qui nous avaient réunies, et qui m'ont fait avoir longtemps de la peine et des regrets.

Et puis je me rendais compte de tout ce que j'aurais du faire et ne pas faire. Je n'aurais jamais du me confier à elle, je n'aurais jamais du lui parler d'Alexis. Je n'aurais jamais du lui faire confiance et croire que ma bienveillance à son égard était réciproque...

Mais grâce à elle je sais reconnaître rapidement ceux et celles qui ont la même personnalité.

Et j'ai surtout appris à me méfier des amitiés de bureau... Il est vrai que le contexte s'y prêtait (trop peu de travail)

Mais c'est si loin tout ça, et j'ai tellement évolué depuis, que je n'ai pas besoin de me méfier... Aussi agréables que soient les relations de bureau, je sais que ce sont des relations factuelles. Et j'évite les confidences, les miennes et celles des autres !

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vendredi 18 avril

La fin de l'amie (où le petit prince m'aide sans le savoir)

Je voulais parler de deux histoires en une... Mais mélanger les histoires d'amitié de bureau, avec une belle histoire à la campagne, bof... Donc j'ai gardé Nathanaëlle pour la fin...

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Lorsque Nathanaëlle est revenue, je n'ai pas parlé tout de suite de ma belle histoire. J'ai attendu quelques jours, un jour où on s'est retrouvée en tête à tête au restaurant. Elle était étonnée. Elle m'a demandée si j'avais des photos. Je n'avais pas de photo de lui et moi, mais des photos de lui à la maison de campagne...

J'ai compris plus tard pourquoi elle voulait voir des photos. Louisianne est une grande rêveuse, elle a tout inventé. Elle m'avait déjà dit des petites choses à propos de mon ami d'enfance, dans le style "si tu t'étais fait un film ?". Mais elle faisait marche arrière en disant : "oui mais tout de même il a fait ça et ça, donc..."

Une grande rêveuse très attachée à son ami d'enfance qui lui n'a jamais rien ressenti pour elle.

Ce n'est pas seulement à cause de mon histoire avec Alexis que les choses que les choses ont commencé à se dégrader avec mon amie, c'est un ensemble de choses. Enfin se dégrader, n'exagérons rien. Disons que j'ai commencé à ouvrir les yeux.

J'allais de mieux en mieux. Sortie de mes années de galère, je redevenais souriante, sociable. Nathanaëlle me disait parfois "tu me voles la vedette".

Dans toute plaisanterie il y a une vérité cachée... J'y crois dur comme fer...
D'ailleurs je suis la première à faire passer par l'humour les choses que je pourrais dire plus méchamment.

Je n'ai jamais su pourquoi Nathanaëlle aimait tant les confidences, et pourquoi elle se plaisait tant à jouer les psys avec tout le monde, mais j'ai très vite su que je devenais moins intéressante, voire dangereuse. J'avais droit de plus en plus à des petites réflexions "le rose ce n'est pas un peu jeune pour toi ?".

Et puis sans doute que moi aussi je me mettais à analyser, à regarder de plus près. Je parlais beaucoup avec Annette, en âge d'être ma mère, qui ne l'aimait pas. Pour Annette j'étais sa "protégée", mais elle disait aussi de moi : "Louisianne n'a pas peur de dire M.. si elle en a envie, et ça Nathanaëlle ne saura jamais le faire"...

Elle reprochait à Nathanaëlle son côté "m'as tu vu", son côté mondain. Elle lui reprochait de passer plus de temps à se mettre en valeur et à bavarder qu'à travailler. Ce qui n'était pas faux. Nathanaëlle était responsable d'une petite équipe : la nôtre (Fred, Annette, deux personnes et moi). Ça ne signifiait pas grand chose, vu que nous avions tous le même travail, c'était juste pour veiller au grain, car le chef M. Jeufairien n'avait pas le temps de nous surveiller.

J'ai toujours eu un côté bienveillant pour les amis. Je peux être parfaitement consciente de leurs défauts, sans que cela me dérange. Elle ne bossait pas et alors ? Je n'étais pas son chef, je n'étais pas sa mère, je ne faisais pas son boulot, et on ne change pas les gens. Jusqu'à maintenant j'avais vaguement entendu sans écouter les critiques sur Nathanaëlle, (ça me paraissait normal, on a pas une responsabilité si petite soit-elle sans être critiqué).

Mais au fur et à mesure où j'ouvrais les yeux, j'écoutais plus, ou peut-être tout bêtement qu'on me parlait plus, parce que les gens devaient sentir que je n'étais plus une inconditionnelle de Nathanaëlle.

Nathanaëlle fit une vacherie à Fred qui travaillait avec nous. Il n'était pas parfait, mais M. Jeufairien l'aimait bien.  Nathanaëlle dit pis que pendre de lui à M. Jeufairien qui avait pleine confiance en elle. Le chef changea de regard... Je n'approuvais pas du tout ça. Je le lui dis, et écoutait patiemment les doléances de Fred. Et tout ça pour quoi ? Pour gagner quoi ?

Après Fred elle choisit une autre bête noire parmi les collègues. Elle se défoulait régulièrement derrière le dos de la personne en question. Quant à moi j'étais son alliée, sa préférée, rôle dont je voulais de moins en moins. Je déteste les traitements de faveur.

Le jour où Alexis m'a appelée chez moi, il m'a dit qu'il avait appelé au bureau une semaine plus tôt et qu'il était tombé sur Nathanaëlle, un mercredi et je ne travaillais pas.

Je fus un peu surprise et lui dis : "elle ne me l'a pas dit". Il fut surpris aussi, mais ne s'étendit pas sur la question. Il l'aimait bien, et en parlait parfois durant le mois où nous n'étions que deux au bureau.
Déjà lucide, je ne lui avais jamais dit qu'elle était une compagnie agréable, mais qu'elle ne lui apporterait rien, ç'aurait été mesquin.  Il serait bien assez grand pour le voir tout seul. Et en effet il l'a su à ce moment. En réalité il avait appelé un numéro au bureau au hasard, il avait d'abord parlé à Fred, puis à Nathanaëlle. Il était comme un gamin qui n'ose pas appeler. Il avait répété plusieurs fois : "ah c'est vrai Louisianne ne travaille pas le mercredi". Et il avait sûrement été surpris par la froideur de mon amie, pour elle Alexis était aux oubliettes. Elle m'a dit elle même : "ça m'étonnerait qu'il me rappelle". En y réfléchissant, je me suis rappelée que Nathanaëlle, sans doute coupable, m'avait demandé plusieurs fois si Alexis avait mon numéro chez moi.

J'ai fait comme si de rien n'était au début. J'ai dit à mon amie : "chouette il m'a appelée" comme j'aurais fait en temps normal. Puis après je l'ai mise au pied du mur : "mais pourquoi tu ne m'as rien dit ? "

Elle m'a alors expliqué que c'était pour ne pas me faire souffrir, parce que j'aurais été jalouse qu'il l'appelle, elle....
(je rappelle qu'il ne l'avait pas appelée elle).

Là je suis tombée des nues : jalouse moi ?
Jalouse après ce que j'avais vécu avec lui ?  Ce monde merveilleux où elle n'aura jamais accès ?
Jalouse alors que j'ai tout de suite compris "le petit prince qui n'ose pas appeler, qui a peur de se faire jeter"...

Bien sûr je lui ai dit ça tout de suite : "Jalouse, mais ce n'est pas mon caractère ! Et même si c'était vrai, c'était à moi de gérer ça, tu n'avais pas à me cacher l'information".

Mais là bien sûr c'était le commencement de la fin. Laquelle des deux était jalouse finalement ?
Je ne lui en voulais pas seulement de cette gaffe. Je me disais qu'elle n'avait rien compris à ce que j'étais, à notre relation après toutes ces années. C'était une belle femme, donc j'aurais du être jalouse, même si je ne l'étais pas ?

Puis les choses ont changé. Un homme, Patrice et son équipe sont venus travailler à côte de nous, déménagement de bureau. Elle le connaissait, c'était un ex-collègue de son mari. Patrice était un méditerranéen, gai, ouvert, sociable. Pour un projet j'ai du travailler avec lui. Il était marié et la relation était professionnelle, mais nous nous sommes entendu comme deux larrons en foire.
Il m'invitait souvent avec son équipe à déjeuner à la cantine avec eux, ils avaient des horaires complètement décalés...

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jeudi 17 avril

Le petit prince (partie 5)

blog_decor008La semaine suivante au bureau n'est pas trop difficile. Nathanaëlle et Fred sont rentrés. Et, comme tout le monde raconte ses vacances, il y a de l'animation. Le soir parfois je l'appelle tandis qu'il est encore au bureau et nous nous racontons des choses amusantes, nous rions de toutes les fois où nous avons failli nous trahir. Il me dit que j'étais belle avec cette robe et qu'il aurait voulu pouvoir me le dire.

Mais quand nous parlons, il me dit souvent que c'était éphémère qu'il ne sait pas où il en est. Je lui réponds que oui j'avais compris... Il a un rapport de stage à présenter, un nouveau poste à négocier, il est très occupé. Il me promet qu'il m'appellera quand il sera reparti. Après son pot de départ, je suis presque soulagée de ne plus le voir tous les jours. C'était trop dur, nous étions passés à autre chose que les relations de bureau.

Je vois Laurent au mariage de ma soeur. Je me dis que je lui parlerai un jour de cette belle histoire. Mais quand j'essaye, Laurent se ferme comme d'habitude. Si j'avais dit:  "j'ai eu 30 amants d'un soir en un mois dont je me moque éperdument", il aurait ri et m'aurait demandé des détails. Dès que je commence par "j'ai vécu quelque chose de beau, j'ai rencontré quelqu'un qui compte", il baisse la tête et se ferme.
Mais après cet été là je ne lui ai plus jamais rien raconté de ma vie sentimentale. Mais oui ça me fait encore quelque chose de le voir au mariage de ma soeur, je suis encore troublée.

Le temps passe, l'hiver s'installe. J'écris des pages et des pages pour raconter mon histoire avec Alexis le petit prince. Je ne veux oublier aucun des mots, aucun des gestes. L'éloignement me l'attache encore plus.

Une part de moi me dit que c'est impossible, que je me trompe, que nous nous sommes croisés au bon moment, mais que rien ne prédispose à un avenir commun. L'autre part de moi me dit que j'ai trouvé le bon, que c'est lui et pas un autre...

Deux trois photos de lui, un bouchon de champagne, des souvenirs inoubliables, c'est tout ce que j'ai dans les mains.

Un mercredi il m'appelle chez moi. Je saute de joie. Il me dit qu'il a quitté son foyer, me parle de son travail. Nous parlons. Puis de nouveau le silence de longs mois.

Il m'appelle de nouveau... C'était trop douloureux, pour ses enfants, pour elle, pour lui peut-être... Comme tant d'autres avant lui il est revenu en arrière. Il est retourné dans son foyer. Reddition après la rébellion. Je lui dis que je ne crois pas au raccommodage que ça ne marchera pas. Je pleure...

Un homme qui ne m'a pas quittée sans un mot. Un homme qui jusqu'au bout m'a respectée...

Je mets du temps. J'y pense, j'oublie. Un beau roman, un belle histoire. Sauf que c'est elle qui habite là haut dans le brouillard et lui qui est descendu dans le midi.

Je regarde parfois son nom dans l'annuaire, mais il a un homonyme... Je vais visiter sa ville, en rêvant de le croiser par hasard. Sa ville du Sud ressemble comme une grande soeur à ma Petite-ville-du-sud... Mais nos souvenirs sont en normandie, un coin de France qu'il ne connaissait pas du tout.

Je ramène chez moi un tableau qui était dans la maison de campagne, un paysage qui ressemble au Maroc et qui avait attiré son œil.

Et sans le savoir il m'a aidée aussi pour la fin de l'amie... (prochain épisode)

bonus : Sur le petit prince partie 4, c'est une vrai photo de la maison de campagne, la vue du grenier que je décris dans le récit. Jusqu'à maintenant je n'avais pas mis de photo, pas par peur qu'on le reconnaisse, elle n'est plus à moi, et je doute que ce soit reconnaissable, mais parce que c'était trop douloureux...

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mercredi 16 avril

Le petit prince (partie 4)

merisier_louisianneLorsqu'on sort d'une longue relation, c'est comme si on était à nouveau vierge... Je n'ai pas oublié la musique, mais j'ai oublié les pas... Je suis aussi effarouchée que si on me déshabillait pour la première fois... Lui aussi a peur... de décevoir, de n'être pas à la hauteur. Il me le dira plus tard.

Je me retrouve ainsi dans mon lit de jeune fille. Non pas celui que j'ai partagé avec mon conjoint, il y a beaucoup de lits ici. C'est mieux.

Nous sommes tous les deux blessés par une histoire d'amour qui a mal fini, pas encore cicatrisés, incertains de l'avenir. C'est sûrement pour ça que c'est si merveilleux.

Nos corps se parlent comme si nous nous connaissions depuis toujours. Je pleure même d'émotion, je ne savais pas que c'était possible, en tout cas pas dans cette situation. Sans qu'il ait besoin de le dire je sens son besoin de tendresse, d'amour, je sens l'homme qui a été aussi négligé que je l'ai été.

Nous nous endormons serrés l'un contre l'autre à étouffer, jusqu'à ce que les crampes nous obligent à changer de position. En pleine nuit, je descends chercher du jambon (oui nous avons oublié de manger) et nous le mangeons avec les doigts en riant comme des gamins.

Nous nous réveillons très tard le lendemain et traînons encore au lit. Puis après une douche nous allons vite faire les courses avant la fermeture, c'est la campagne ici !
En faisant les courses, dans la voiture, tous les gestes du quotidien s'enchaînent sans que je ressente une gêne quelconque, comme lorsqu'on se retrouve avec des gens qu'on connaît peu. J'ai l'impression qu'il fait partie de ma vie...

Il parle toujours, dit que ma peau dorée ressemble aux champs de blé au coucher du soleil, il invente des poèmes juste pour moi... Je rêve...

Au retour je lui fais visiter la maison, je prépare le repas, nous parlons. Je suis si bien. Pourquoi me suis-je tant torturée avec un homme qui coupait les cheveux en 4, qui m'a fait tant souffrir, pourquoi ai-je prolongé une relation conflictuelle, alors qu'il y a des relations si simples ?  Alors que j'ai l'impression de passer un week-end avec un homme que je connais depuis 10 ans, et que cette impression ne s'arrête pas au sortir des draps.  Lui aussi il m'en parle...
- mais tu étais où toutes ces années où j'ai vécu sans toi  ?
Je sursaute. Cette phrase je m'étais toujours promis de la dire un jour.

Nous nous promenons dans la campagne. Mais le temps change il pleut. Le soir nous décidons de dîner au champagne. Il m'appelle pour me montrer un arc en ciel. Nous parlons longtemps avant de monter...

Ce soir là le champagne m'a désinhibée... Et j'ai changé d'univers... Nous sommes moins épuisés que la veille, nous n'avons plus la notion du temps... J'ai l'impression de n'avoir rien vécu avant. Tous les bons souvenirs sont si loin...

Mais le temps passe vite. Le dimanche, je suis triste, je pleure après le repas du midi, la fatigue y est sans doute pour beaucoup. Je ne veux pas que ça finisse. Pour conjurer le mauvais sort, je lui dis qu'on refera ça en hiver, avec un feu de cheminée.

En partant dans la voiture, en admirant les champs de blé labourés, je me sens comme la petite fille que j'étais, triste de quitter la campagne, triste de rentrer en ville le dimanche soir.

Et tant d'épreuves m'attendent encore ! Le retour au bureau. Il ne reste qu'une semaine, le pot de départ, nous n'aurons pas à faire semblant longtemps, mais ce sera dur quand même. Ensuite il y a le mariage de ma soeur Servane, à la maison de campagne début septembre, et Laurent y sera.

Nous rentrons en ville. Je le ramène chez lui. Et je retrouve mes filles qui viennent de rentrer chez mes parents... Elles sont volubiles, prennent toute la place... Je n'ai pas le temps de penser...

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mardi 15 avril

Le petit prince (partie 3)

tasse_by_louisianneLe mois d'août passait vite. Il y a eu un week-end où j'ai rejoint mes filles en train, et où Alexis rejoignait sa famille en train aussi.
Le lundi matin nous nous sommes retrouvés tous les deux très tôt au bureau, arrivant directement de la même gare parisienne...

Il restait peu de temps avant la fin de son stage, peu de temps avant le retour des autres collègues, peu de calme en fait.

Un midi nous sommes allés déjeuner au restaurant tous les deux et les choses se sont accélérées...

Les histoires d'amour commencent toujours par les pieds. Non on ne se faisait pas de pied sous la table. Mais il avaient emprisonné mes pieds entre les siens, puis les genoux, puis les jambes. Et nous avons parlé encore plus que d'habitude... Mais là nous passions aux choses sérieuses : où ? quand ?
Tout en restant très lucides. Nous savions tous les deux que c'était une belle histoire éphémère à vivre vite et fort...  Qu'il repartirait pour le Sud. Qu'il allait changer de travail mais pas pour venir à Paris. Qu'il était en pleine séparation, mais que ses enfants ne le savait pas encore et qu'il ne savait pas ce qu'il attendait, qu'il avait peur de ne plus voir ses enfants.
Il ne restait qu'un week-end de libre. Un week-end où un vieil ami de ceux qu'on ne voit jamais, mais qui tout d'un coup se manifeste, passe un coup de fil : "tu es seul à Paris, viens donc à la maison !". Il refuse.

Le soir en partant, je vais le voir dans son bureau. J'ai réfléchi. Il habite une chambre de bonne minuscule, et propose l'hôtel à Paris. Chez moi, je n'en ai pas envie, peur que le téléphone sonne, et puis il y a trop peu de temps que mon mari a fait ses valises, je ne serais pas détendue...

Je lui propose la maison de campagne. Loin de son univers, du mieux, coupés du monde. Il est tout heureux à l'idée de passer tout un week-end avec moi. Et là je ris presque et je me dis qu'à part nos pieds, nous ne nous sommes pas touchés. Je lui dis "embrasse moi". Il court presque pour faire les 3 pas qui nous séparent.
Après il me dit qu'il est si heureux qu'il est capable de sauter par la fenêtre pour courir sur les toits.

Le vendredi soir il a une réunion et je l'attends dans mon bureau. J'ai peur. Qu'il ait changé d'avis, qu'il soit rentré chez lui. Où ?  Pas de portable, je ne sais même pas où le joindre. Et puis il faut encore passer chez lui chercher des affaires, aller chez moi chercher la voiture. Et si mon ex-mari me faisait une mauvaise blague et soit venu chercher la voiture ? Et si...

Enfin il arrive avec un grand sourire. Le temps est long... et court ensuite. Le voyage dans le métro à s'embrasser comme des ados. Le passage chez lui, où il voudrait bien essayer le lit à une place, mais je préfère attendre d'être "dans mon rêve". Le train de banlieue et le passage chez moi, puis la voiture enfin. Je le laisse conduire et nous partons.

La maison de campagne n'a pas été ouverte depuis 2 mois. Le portail grince, nous nous garons sur la pelouse. Ça me fait drôle d'ouvrir la porte, des toiles d'araignée traverse la pièce. Les tomettes sont fraîches, le vent fait murmurer les feuilles des arbres...

Le calme, le temps de la fin août en Normandie que j'aimais tant retrouver quand j'étais enfant après des vacances brûlantes au Sud... Un sas entre deux mondes, après les mois d'été, avant la rentrée quand les vacances duraient jusqu'à septembre... Un soleil reposant...

Mais là, la maison pour nous seuls, c'est encore mieux... La nuit va tomber. Nous n'avons pas faim, c'était trop long le préambule jusqu'ici. Je l'emmène au grenier où la fenêtre mansardée donne sur les plus hautes branches du merisier. En face on ne voit pas une maison, juste la campagne. Je veux changer les draps mais il m'en dissuade, pas le temps. Et pourtant il prend tout son temps.

Je lui avais dit que j'aimais lire. Alors il me parle du petit prince. Un petit prince qui lui ressemble avec ses cheveux frisés. C'est un poète, il me raconte des histoire extraordinaires, me parle des arbres, des sables du désert, du désert du petit prince, de la rose du petit prince...

Et il me fait des tas de compliments. Je revis. Je suis une jeune fille qui a profité de l'absence de ses parents pour emmener un garçon à la maison de campagne...

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lundi 14 avril

Le petit prince (partie 2)

avril_014Alexis venait du Sud de la France. Il était en stage dans notre service pour deux mois, juillet et août. Il ne travaillait pas avec nous, mais nous l'hébergions physiquement dans un de nos bureaux. C'est pour cela que notre chef est venu nous le présenter dès le premier jour.
Il avait la quarantaine, tout de suite le courant est passé entre lui et nous. Drôle, agréable, sympathique, nous devions nous retenir de ne pas le tutoyer d'emblée.

Il vient donc très souvent parler avec Nathanëlle et moi, et nous parle un peu plus de sa vie. Il vit en couple et a deux enfants comme nous tous. Il nous parle aussi de son travail, de sa vie au Sud. Il apporte un renouveau et de la bonne humeur.

Comme je vais bientôt partir en vacances, nous parlons du Sud et nous trouvons des points communs. Il repart souvent chez lui le week-end.

Je pars en vacances en juillet. Mais je sais déjà que quelque chose s'est passé, que quelque chose va se passer...  Durant toutes mes vacances au soleil, je pense au retour, ce qui n'est pas du tout dans mes habitudes.

Et puis je reviens, je laisse mes filles en vacances. Un moment de liberté en août à Paris. Du calme et du soleil plein la tête. J'ai bronzé, cela me va bien, je me sens belle.

Je reviens et c'est calme au bureau. Tout le monde est en vacances. Nathanaëlle, Fred, il ne reste que Annette mais elle ne travaille pas dans mon bureau. Alexis vient prendre le café tous les matins dans mon bureau. Et il reste longtemps... beaucoup trop longtemps...
Et il revient dix fois par jour sous n'importe quel prétexte. Le soir quand tout le monde est parti, nous fermons la porte et nous restons.

Il me parle de son travail qu'il veut quitter. Je lui parle de mon divorce et il m'avoue qu'il est aussi en crise, que son couple ne marche plus. Nous nous parlons comme si nous nous connaissions depuis 20 ans, ébahis et ravis. Il me tutoie, se force à me vouvoyer en public. Le soir quand je rentre, j'écris tout ce qu'on s'est dit. Je n'ai qu'une envie repartir au travail. Je rêve en regardant le plafond, je n'ai pas vécu ça depuis... depuis... des lustres, avant mon mariage, une autre vie...

Je m'achète une robe orange qui fait ressortir mon bronzage. J'achète un vêtement pour plaire et cela non plus je ne l'ai pas fait depuis longtemps. Je suis différente, même au travail. Sociable, gaie, enjouée...

Je plane. J'ai des ailes.

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vendredi 11 avril

Le petit prince (partie 1)

Je voulais raconter l'histoire d'Alexis le petit prince. Mais il est impossible de la raconter sans parler aussi de ma meilleure amie de l'époque... Elle n'apparaîtra pas dans le titre, mais il y aura deux histoires en une.

colline_automne_by_louisianneDurant les dernières années de mon mariage j'avais changé de poste, et j'arrivais ainsi dans un nouveau service où je fis la connaissance de celle qui allait être ma meilleure amie plusieurs années. Elle portait, comme prénom, mon nom de jeune fille : Nathanaëlle. J'y voyais là un signe.

Elle a été ma dernière meilleure amie, et même si grâce à elle j'ai appris beaucoup de choses, (comme me méfier des amitiés de bureau, et me méfier aussi de certain travers), il n'en reste pas moins que je reconnais avoir eu la chance de travailler tous les jours avec une amie, durant ces années où tout allait mal dans ma vie. Nos confidences, son regard, son avis, tout cela m'a beaucoup aidée.

J'étais dans ces années où j'évoluais encore beaucoup où je me cherchais encore beaucoup. Un mélange d'adulte et d'adolescente attardée (sans doute cette nouvelle catégorie des adulescents... qui n'a rien à voir avec des ados attardés d'après les sociologues !)
À la fois à l'aise dans mon rôle d'épouse et de mère, mais gardant une certaine frustration de mes années de jeunesse. Sans doute que mon mari avait laissées vacantes une part de ma capacité amoureuse et intacts mes rêves de jeune fille (jolie phrase un peu modifiée qui m'a marquée à l'époque, et qui est de Benoîte Groult).
Et si j'explique tout ça, c'est aussi pour expliquer cette amitié, parce que les choses changent : aujourd'hui même si je trouvais la meilleure des amies, je ne parlerais plus de tout ça...

Nathanaëlle avait que deux ans de plus que moi, deux enfants. Nous en sommes venues très vite aux confidences, (et pourtant j'ai mis très longtemps à lui dire que je n'étais pas heureuse dans mon couple). De  quoi parlions nous ? Et bien de ce tout ça justement : les sentiments, nos anciennes histoires d'amour, nos petits copains, notre jeunesse. Bien sûr nous parlions aussi de nos enfants, du travail. Mais tout ça n'en restait pas moins l'essentiel de nos conversations.  Probablement qu'elle aussi, malgré les apparences, était une adulescente (le mot n'existait pas). 

Je lui parlais beaucoup de Laurent. Elle se disait souvent étonnée de cette relation. Je me souviens d'un jour où je lui avais dit que Laurent m'avait appelé de Moscou pour mon anniversaire. Elle m'avait dit qu'il devait m'aimer plus qu'il n'aimait sa propre femme. Nathanaëlle était mariée avec un garçon qu'elle avait connu très jeune (16 ans). Ses souvenirs de jeunesse ressemblaient aux miens, et elle avait vécu une longue histoire d'amitié avec ce garçon, (enfin elle avait trouvé ça trop long), avant qu'ils ne soient vraiment ensemble.

Son histoire tombait donc à pic pour Louisianne qui s'interrogeait sur son mariage et sa relation avec Laurent.
Ce moment de ma vie où je me demandais si je n'étais pas passée à côté de quelque chose, si l'histoire d'amitié avec Laurent n'aurait pas du, à un moment ou à un autre se transformer...

Ce qui m'aidait aussi, c'est que Nathanaëlle était heureuse en couple. Or jusque là je n'avais pas eu d'amie heureuse de son choix. Ça peut paraître bizarre mais c'est ainsi : Roselyne n'était pas heureuse en couple, (s'était elle vraiment mariée par amour ?), Serena ne nageait pas dans le bonheur. Reste ma soeur Camomille qui est heureuse de son choix encore aujourd'hui, sauf que son couple ne m'a jamais fait baver d'envie !
Alors à cette période cela m'a aidée...

Pourtant Nathanaëlle et moi étions très différente. Elle était très extravertie, très mondaine, incapable de se débarrasser des bavards. Pleine d'humour, d'un abord facile, elle était très avide de confidences. Beaucoup de collègues venaient comme au confessionnal raconter leur malheurs. Elle déjeunait deux, trois fois avec, puis ensuite ils se montraient déçus et frustrés d'avoir été si vite oubliés. Nathanaëlle se nourrissait des confidences des autres, mais ne leur apportait rien, sinon une oreille attentive durant un temps limité. Tout cela je ne l'ai su que beaucoup plus tard. C'était (c'est toujours probablement) une belle femme, et comme nous faisions un métier en relation avec le public, elle attirait pas mal de soupirants souvent collants, dont elle ne savait pas se défaire.

J'avais bien sûr un peu de mal à supporter ces satellites autour d'elle, mais je m'en accommodais en déjeunant avec elle ailleurs qu'à la cantine.  Il lui restait peu de temps pour travailler, mais elle savait faire illusion auprès des chefs, et comme je l'ai dit c'était une belle femme.

De plus elle n'était pas seule dans l'équipe. En dehors de nous deux, il y avait un homme de notre âge Fred, et une femme en âge d'être ma mère, Annette.  Nous étions tous très proches, une ambiance presque familiale que je n'ai jamais retrouvé ensuite.

Nathanaëlle a donc été ma confidente. Elle a tout su de mon divorce, de mes souffrances, de ma relation avec Laurent. C'était l'été, le premier que je passais sans mon mari. Mes filles étaient dans la maison du Sud avec mes parents. J'étais blessée, triste, mais pourtant pleine d'espoir.

Et c'est dans ce contexte que j'ai rencontré Alexis le petit prince. Le préambule était long, mais nous y voilà !

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jeudi 27 mars

Chérubin (sans fin)

Il y a deux ans, en vacances, Athéna et Artémis ne cessent de parler de Boris Verlac.
Je pose des questions : de la famille d'Alban Verlac ?
Elles ne savent pas. Pourtant je sais qu'Alban n'a pas de fils en âge de "draguer" mes filles.

Peu de temps après Athéna me reparle de Boris Verlac qui lui a fait une déclaration enflammée. Sauf qu'Athéna n'est pas libre... Boris est le neveu d'Alban.

Un soir dans un bal de campagne, Athéna me présente Boris. Blond aux yeux bleus, mais pas aussi séduisant que son tonton. Il me raconte qu'Alban a vécu longtemps avec quelqu'un, qu'il s'est séparé. Il en a rencontré une autre, il vient d'avoir un bébé, et se marie cet été. Alban marié, ça fait drôle. Il me dit quel jour il sera là, quel jour je pourrais le voir...

Le voir ? Pas sûre d'en avoir envie ! Est-il toujours aussi beau ? Ressemble t-il encore à un chérubin ?
Et ai-je vraiment envie qu'il me voit ? Je ne ressemble pas à celle que j'étais moi non plus...
Boris prévient son tonton que je viens toujours en vacances ici, qu'il connaît mes filles...

Je ne l'ai pas vu. L'été dernier Boris m'a parlé souvent de Alban.  Il va venir, non il ne vient pas. 
Et deux soirs de suite nous nous sommes trouvés à quelques mètres l'un de l'autre... Sans nous voir.  À chaque fois je l'ai su après, car bien sûr, si on m'avait dit : il est là bas, je n'aurais pas pu résister à la tentation d'y aller. 

Mais lâche que je suis, ça m'a un peu arrangée... Je ne suis pas présentable. Mais ça fait quoi au fond ? Je lui dirais bonjour, je lui dirais que je suis contente de le voir...

L'été 2008 sera le bon... D'ailleurs Athéna est libre elle aussi et Boris Verlac n'a jamais cessé de l'appeler.

Posté par louisianne à 08:00 - Le passé - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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