mercredi 28 mai
L'ami du bout du monde

Quand j'étais jeune fille, je m'étais inscrite dans une association de correspondants étrangers... J'avais déjà une correspondante anglaise depuis le lycée. J'ai correspondu longtemps avec elle, elle est venue en France, moi je suis allée chez elle en Angleterre.
Mon inscription m'a un peu déçue, pas de réponses, ou de fausses adresses. Une lettre puis plus rien... Un jour j'ai reçu une lettre d'un correspondant belge : il s'était inscrit des années auparavant, l'association avait gardé son adresse. Il n'était plus lycéen mais marié avec deux enfants. J'étais très gênée, mais on a correspondu quand même un peu...
Puis est venu l'avènement de l'informatique. Je ms suis inscrite sur un site de correspondant, moins courageuse que dans ma jeunesse, j'ai demandé un ou une correspondant(e) francophones...
Le premier qui m'a écrit, Gabriel était le bon... Mais j'y reviens...
Parce que les correspondants c'est comme dans la vie : pour 10 personnes rencontrées, on en garde un...
Un gentil Louis québécois qui m'écrivait tous les vendredis... Homme plutôt classique, père de famille, presque grand père (fille aînée enceinte). Il aimait les peintres, s'intéressait à l'art... On avait pas grand chose en commun, mais on parlait de nos pays, de l'actualité.
Un jour il m'a dit qu'il n'était pas habitué à correspondre, qu'il ne penserait pas que ce serait si lourd...
Ben oui moi quand je m'engage, je m'engage ! Je ne lâche pas prise !
Pourquoi s'inscrire sur un site de corres si on ne sait pas écrire ! Car il ne s'agit même pas d'aimer écrire là !
Mais de savoir ce que représente une correspondance !
Un autre québécois, Alain... Relativement prétentieux, ne parlait que de lui, ne posait que très peu de questions.... Oui je sais ça existe aussi dans la vraie vie !
Et puis il y a ceux qui ne respectent pas les règles du site : pas un site de rencontres, merci de ne pas faire de demande en mariage...
J'avais pourtant décoché la case de certains pays où on cherche "mariage en vue carte de séjour en France"...
Et contrairement à ce que j'aurais cru, les femmes sont celles qui m'ont plus déçue ! C'est connu les femmes lisent plus, écrivent plus, répondent aux cartes de vœux et.... s'inscrivent sur des sites de correspondance !
Celle qui m'écrivait comme sur msn kikou lol mdr ! et bombardait ma boîte mél de diaporamas Vive l'amitié chantée par des petits chats alors qu'on s'écrivait depuis 2 jours...
Celle qui avait 10 corres et s'en vantait, mais écrivait à tous un mél commun, ne répondant pas au mien, (le lisait elle ?)...
Quand elle répondait au mien c'était en copiant-collant un morceau de paragraphe :
au sujet de ce tu dis dans ce paragraphe....
Bonjour la communication, je déteste ce procédé... Inutile d'ajouter qu'elle répondait deux lignes à un paragraphe de 6 lignes... J'ai échappé au + 1 !
Mais la règle générale, c'est plutôt pour les femmes au bout de 3 méls : "je suis débordée à cause de ma soeur qui vient ce week-end... Plus le temps de suivre une corres mais je reviendrais"...
Et bien sûr elles ne reviennent jamais !
Mais oublions ces souvenirs désagréables ! Le premier a été le bon ! Le premier, c'est Gabriel, québécois aussi. Comme beaucoup de français j'ai toujours fantasmé sur le Québec. et rêvé d'y aller.
Gabriel, en vrai, porte comme prénom mon nom de jeune fille.
Avec Gabriel ça a accroché tout de suite ! Ça parait bizarre que ça puisse accrocher par mél ! Et bien si !
Le même humour, les mêmes valeurs, les mêmes centres d'intérêt...
Les premiers temps on s'est écrit tous les jours... La découverte de l'autre, l'excitation, l'impatience d'en savoir plus, de lire les réponses aux questions... la peur, parfois de déplaire, d'avoir une opinion qui pourrait blesser ou tout casser...
Gabriel est plus jeune que moi (il va fuir en apprenant mon âge, non ? ouf !)
Il est marié a des enfants. Je lui parle de mes filles, de ma vie... J'aborde aussi avec lui des sujets auxquels je ne pense pas forcément au quotidien... Son pays, le mien...
Ensuite les méls s'espacent un peu... Tenir un tel rythme c'est dur !
J'ai même un peu peur. Je sais tout sur le Québec, lui tout sur la France ou presque. On s'est tout raconté de nos vies... Va t-il m'abandonner dans les cyber espaces ? Non ! De toutes façons je débarque chez lui si il fait ça !
Quand je n'ai pas le moral, quand j'ai un souci, j'écris un long mél et j'attends sa réponse. Quel que soit le problème, mes filles, le travail, le quotidien
Il arrive, mon ami du bout du monde, à me remonter le moral. Il a donné l'adresse de son neveu à Artémis. Mais Artémis et son neveu ne communique que par MSN quand ils se croisent... Vu le décalage horaire, c'est rare.
Un jour je l'ai croisé sur MSN un matin. Il était au travail et m'a dit la prochaine fois, il faut que ce soit chez moi, que j'ai la webcam...
J'ai vu des photos, il a vu les miennes. Il connait par cœur mon blog de photos de famille. Mais j'avais peur ! Oh la la, si il me décevait ! Si je le décevais !
Puis un soir vers 18 h, heure française, je l'ai croisé. Une vingtaine de minutes pour réussir à faire marcher la webcam, trouver le micro planqué par les filles. Nous sommes restés presque 2 heures en lignes...
Artémis est venue faire coucou !
Souvent il me dit qu'il aimerait qu'on se retrouve dans un bistrot et qu'on parle jusqu'à plus soif...
L'an dernier pour le jour de l'an on s'est donné rendez-vous pour se souhaiter la bonne année. Pas facile car je n'étais pas chez moi... C'était court et sympa. Moi c'était après le champagne, après minuit... Lui c'était le début de la fête, les invités qui arrivent !
Puis je l'ai recroisé une autre fois, après lui avoir fait de la pub pour Skype (moins de plantage) et là c'est moi qui ait vu sa fille. Ça fait tout drôle d'avoir l'impression d'être dans son salon ensoleillé au bout du monde, alors qu'il fait nuit noire chez moi !
Mes éclats de rire à cause de son accent et ses expressions !
Lui : ça ne te gêne pas ? tu vas t'habituer !
Mon coup d'œil au miroir au dessus de la cam , ça va je suis dans un bon jour !
Ça fait plus de deux ans maintenant. Je rêve toujours de partir au Québec, quand je serais riche, tout comme lui viendrait bien faire un tour chez moi... Plus de chance peut-être ! Pour le travail il aura peut être une occasion !
J'ai l'impression de le connaître depuis toujours ! Je me vois bien passer une soirée, à rire, danser, écouter de la bonne musique. Nos jeunesses se ressemblent d'ailleurs !
Ça me fait un peu peur aussi ! Mais pas vraiment ! Je serais sûrement intimidée au début ! Mais pas longtemps !
Ah ! Comme je serais heureuse quand je raconterais dans mon blog ma première rencontre avec mon ami du bout du monde !
Edit du 10 juin 08 : Gabriel a été très ému par mon billet ! Il n'a pas commenté, mais m'a écrit ! Il se souvient des dates mieux que moi (rare pour un homme) et m'a dit que nous nous écrivons depuis décembre 2005 !
dimanche 09 mars
Chemin de terre
Ils marchent un chemin de terre. Ils ont 15 ans, ils se tiennent par la main. Il n'est pas très grand, brun, frisé, un peu maigre. Elle n'est pas grande non plus, les cheveux bruns longs et raides. Elle a un peu de hanches, elle se trouve trop grosse.
Ils parlent de leurs rêves, du grand Meaulnes, qu'ils ont lu et vu au cinéma. Ils parlent de leur parents aussi, de leur famille.
C'est le printemps, l'herbe est verte, les arbres bourgeonnent.
Ils marchent sur le chemin de terre. Ils ont vingt ans. Il la tient par les épaules et elle le tient par la taille. Il est toujours un peu maigre. Elle a maigri et ses cheveux sont courts. Ils parlent de leur études, de leurs projets, de prendre un studio ensemble.
C'est l'automne, l'herbe est verte foncée, les feuilles tombent.
Ils marchent sur une route de campagne. Ils ont 30 ans. Le chemin de terre est trop dur avec la poussette. Il s'est élargi, il n'est plus maigre, il a les cheveux plus courts et commence à les perdre. C'est lui qui pousse la poussette. Elle est enceinte, elle marche lentement. Ses cheveux sont mi-longs et bien coiffés. Elle tient la poussette en marchant. Mais ils ne se tiennent pas tous les deux... C'est l'hiver, les arbres sont dénudés.
Ils marchent sur un chemin de terre. Le chemin est de boue séché, il a gardé des traces de roues de bicyclettes et de roues de tracteur. Ils n'ont plus d'âge. A sa gauche à lui marche une jeune fille, à sa droite à elle une autre jeune filles. Elles rient et plaisantent. Il a encore des cheveux bruns, mais plus beaucoup. Elle porte des lunettes et marche lentement. Ils ne se tiennent pas. Soudain, il lui prend la main, et lui dit "viens on court". Elle proteste : "non je ne peux pas, j'ai grossi et je ne cours plus depuis longtemps".
Il tient sa main, ça faisait longtemps. Ils se mettent à courir, les jeunes filles suivent. Elle s'aperçoit qu'elle peut encore courir, elle a des ailes, que le chemin boueux, cahoteux ne la gêne pas. Et cette impression de sécurité, de sérénité... Parce qu'il est là, parce que sa main est chaude et protectrice...
Et que c'est le même chemin de terre que lorsqu'ils avaient 15 ans...
vendredi 09 novembre
Souvenir de toussaint

Mon souvenir d'été, je pensais le revoir en été. J'aurais une robe légère, je serais bronzée et j'aurais l'esprit léger. Et puis après j'aviserais. Il me dira quelque chose, et je verrais ce que j'ai envie de répondre. Ou alors il ne me dira rien.
Seulement voilà ce n'est pas Louisianne qui décide, c'est le destin, ce vieux farceur !
C'est la Toussaint, il fait froid, je n'ai pas de robe légère, mais un gros manteau. Je vais faire un tour au marché et je vois Marc... et sa femme. Je dis bonjour à sa femme en premier, elle me dit qu'elle m'a aperçue au supermarché mais qu'elle n'était pas sûre que c'était moi. Puis elle s'éloigne aussitôt pour parler à quelqu'un d'autre me laissant seule avec Marc. Elle n'a jamais essayé de me connaître, ni de me parler.
Nous nous retrouvons face à face à parler. De la difficulté de chauffer les maisons en pierre du pays, de nos enfants. Les siens qui s'ennuient à la campagne, les miennes qui s'amusent bien car elles ont plein de copains ici. Il me regarde tout de même intensément. Je suis gênée, mais je pense que ça ne se voit pas. Comme dans un film défilent devant mes yeux, les images de cet été, le mur de l'église en pierre, la nuit d'été, jusqu'à la robe que je portais ce soir là. Je me surprend à fixer ses lèvres, signe indéniable chez moi, à le trouver beau, à le détailler comme il le fait aussi.
Cela m'agace un peu tout ça. De se parler comme avant, alors que ce n'est pas comme avant, car entre temps il y a eu cet été. J'ai l'impression de faire des mondanités : pire de me moquer complètement de ce qu'il raconte... Lui aussi sans doute. Puis je finis par m'éloigner, à bientôt, à Pâques peut-être ?
Ensuite je n'y repense plus. J'étais un peu gênée mais pas troublée. Et puis je n'ai personne à qui en parler, alors je passe à autre chose.
Puis de retour chez moi, j'appelle Gaël, mon nouvel ami, il raconte ses vacances, je raconte les miennes, et puis bien sûr je dis : "devine qui j'ai vu ?". Il était aux premières loges cet été, et m'avait demandé plusieurs fois ensuite si j'avais revu Marc, si j'y pensais quelquefois.
Je lui ai raconté, il riait, m'a demandé si j'étais stressée (non ce n'est pas le mot) si la présence de sa femme me gênait, (pas vraiment puisqu'elle m'ignore et ce n'est pas la première fois que je discute avec Marc).
Je lui ai dit que j'aurais préféré le voir seul à seule et être fixée... Il m'a dit : "plutôt que de discuter comme des gamins". À mon tour de rire : "c'est toi le gamin, Gaël, attends un peu de rencontrer ta prochaine copine que je rigole !"
mardi 23 octobre
Rêve éveillé
Je fais souvent ce rêve éveillée... Quand je suis malade ou très fatiguée. A la fin d'une sieste ou le matin... Je suis dans un demi sommeil, je sais que je vais bientôt en sortir mais pas encore, je traîne...
Je suis dans une maison, une maison à la campagne, ou à la mer... Une location ou un gîte, une maison où je me sens bien. Je suis dans une chambre à l'étage. Quelqu'un vient me parler doucement, une voix masculine, mais je ne vois pas son visage...
Il me dit "repose toi encore, je vais préparer le repas". Et après ça sent bon dans la maison... Je traîne encore un peu et je me dis que je n'aurais rien à faire, juste à me mettre à table, il y aura plusieurs personnes que j'aime... ma famille sans doute...
Si c'est le matin, il me dit qu'il va préparer le petit déjeuner... alors ça sent bon le pain grillé et le café... et je prends plaisir à traîner encore au lit...
Mais ce rêve ne se réalise jamais..
Je me lève et c'est moi qui dit cette phrase à mes filles, à ma fille. C'est moi qui dorlote et plus jamais moi qu'on dorlote...
mercredi 17 octobre
Lettres souvenirs
Il m'arrive de temps en temps de plonger dans la boîte aux souvenirs. En fait il y en a plusieurs de ces boîtes où je range les lettres reçues. Je ne sais pourquoi j'ai perdu le vieux sac à main où j'avais rangé mes lettres d'enfants. Peut-être l'ai-je jeté, mais ça m'étonnerait, ce n'est pas mon style. Je le regrette encore ce vieux sac !
Je plonge dans le passé. Morceau de vie, mémoire d'une époque. Je m'en souviens comme si c'était hier de la lettre d'une amie alors qu'elle déménageait pour Bordeaux et me racontait sa nouvelle vie. Et bien sûr dans cette lettre, dans les autres, des réponses aux miennes, des passages qui me rappellent où j'en étais à ce moment là...
Ça t'a changé d'avoir un bébé ? Aime tu ta nouvelle maison, tu as bien fait de rompre avec X. Donc tu as apprécié ton voyage ?
Une belle carte d'un ex sur laquelle je tombe régulièrement. En général, je n'ai rien gardé de mes ex, sauf si la missive me flattait (orgueil quand tu nous tiens !) D'ailleurs ce n'est pas forcément un ex, ça peut être la déclaration enflammée d'un dont je n'ai pas voulu. Et que j'ai du relire un soir où mon ciel était trop gris !
Cette carte là a échappé au massacre et à chaque fois que je la retrouve je sais pourquoi elle a échappé au massacre : sur l'enveloppe l'écriture est presque la même que celle de mon ami d'enfance. Et à chaque fois je me demande pourquoi elle est là, et pas dans l'autre boîte bleue où sont rangées toutes les lettres, les photos ou autre souvenirs de mon ami. Puis j'ouvre la lettre et je constate que c'est un ex. Je la relis et à chaque fois je n'ai pas le coeur de la jeter. Voici quelques mots :
Je t'écris pour te dire que je ne viendrais pas à la soirée organisée par ton frère. C'est trop dur pour moi. À chaque fois je suis là parmi vous, avec toi et j'ai l'impression que tout est comme avant. Je te vois et tu n'es plus avec moi, tu n'es plus à moi. Dis à tes soeurs et à ton frère que je les aime et que je suis désolé.
Voilà pourquoi je ne la jette pas. Pourtant finalement il était venu quand même à cette soirée, le coeur est parfois faible !
Une autre lettre d'une amie (ou soi disant telle), après un repas d'anniversaire, celui de mes 23 ans. Des années après quand je la relis, je sens la colère revenir intacte. Elle me reprochait dans cette lettre de l'avoir placé à table à côté de moi, et critiquait allègrement mes amis et ma soeur. En effet ils avaient eu le tort de s'amuser et de mettre l'ambiance. J'avais placé à côté de moi les amis qui ne connaissaient personne afin qu'ils soient plus à l'aise. Et mon amie avait fait la tête toute la soirée, heureusement qu'elle n'était pas à côté de moi finalement.
Mais si la colère revient en lisant cette lettre ce n'est pas tant la lettre elle-même que ma réaction qui me revient. Je n'avais pas répondu, je lui en avais parlé en la voyant, mais en haussant les épaules "tu ne t'es pas amusée, tant pis pour toi, les autres au moins ils parlaient !".
Je regrette encore aujourd'hui de n'avoir pas à mon tour écrit une lettre ! Je pourrais même l'écrire là, tout de suite ! Lui dire que c'est très mal élevé de faire des reproches quand on a été invitée, que d'ailleurs je ne l'inviterais plus ! Lui dire qu'elle n'a pas à critiquer mes amis, de quel droit !
Parfois on regrette de n'avoir pas su réagir !
Et puis il y a aussi les lettres que j'ai écrites. Quand j'étais très jeune, j'écrivais mon journal tous les jours et de temps en temps, j'écrivais une lettre, une sorte de résumé à mes amies de l'époque. C'était le temps du narcissisme, miroir mon beau miroir ! La lettre était un miroir, l'interlocuteur comptait peu en somme, d'ailleurs y avait-il beaucoup de mots pour s'enquérir de l'autre ?
Ces lettres résumés, j'aime bien les relire, elles étaient peut-être destinées à moi finalement ? C'est moins fastidieux à lire que le résumé heure par heure du journal de mes 13 ans.
Car je garde un double de tout ce que j'écris. Exercice physique du temps où j'écrivais encore au stylo plume, (ah ! l'encre bleue des mers du sud, mes stypen de toutes les couleurs et cette bosse au majeur droit qui a disparu alors que j'aurais cru qu'elle ne partirait jamais "la bosse de l'écrivain" !)
Plus facile de garder des doubles maintenant que je tape tout et que j'imprime (sauf la signature bien sûr).
Mon journal j'ai cessé de l'écrire, progressivement, surtout bien sûr une fois que mes filles ont pris tout mon temps. Seules quelques lettres restent, mais plus rares. Autre période, autres souvenirs. Mais mes correspondants aussi se faisaient plus rares, amies perdues, mères trop occupées.
Les mél ont remplacé les lettres. Le mél a de bons côtés, c'est très rapide, on répond tout de suite. En même temps c'est un peu dommage, c'était bien agréable de recevoir une belle lettre ! Maintenant même pour les anniversaires on reçoit une carte virtuelle, ça n'a pas le même charme !
Mais moi aussi j'écris moins. Parce qu'avec le temps je trouve effectivement la lettre trop "miroir". Il n'y a pas vraiment d'échange. Comment vas-tu ou quelque commentaires sur la lettre qu'on a reçue, (encore faut-il qu'il y en ait eu une) mais sinon comment être attentif à l'autre dans une lettre ?
Bien sûr il y a toujours les cartes de félicitations, d'anniversaire, les petites cartes postales, mais c'est une juste une pensée fugace qui s'envole vite, une envie de faire plaisir un court instant.
J'écris encore et j'y mets un point d'honneur dans un cas précis : un deuil. Je m'applique à faire une belle lettre manuscrite, cette fois, et si possible en évoquant des souvenirs de la personne disparue. Quand ça nous arrive, ces lettres font plaisir, et pour une fois elles sont vraiment une attention.
L'autre raison pour laquelle j'écris moins est que j'ai grandi. Quand j'étais timide, ça m'arrangeait souvent une lettre. Plus facile de régler ses comptes, de faire des reproches par écrit ! Ah ! ça j'en ai écrit de ces lettres, et même beaucoup que je n'ai heureusement pas envoyées !
Mais plus tard je me suis rendue compte qu'il y avait de la lâcheté là dedans. Maintenant je n'ai plus peur d'affronter l'autre, même si parfois il faut se forcer un peu. À une époque chaque fois que j'étais tentée d'écrire je m'interrogeais sur mes motivations : si c'est par lâcheté, ma vieille tu oublies !
Il reste les lettres d'amour ! Les seules que j'espère écrire un jour, écrire et recevoir bien sûr ! Quoi de plus merveilleux que de reconnaître l'écriture de l'être aimé sur une enveloppe !
Là c'est sur je ressortirais mon encre bleue des mers du sud. Et même peut-être, oh ! quel courage, mon porte plume et mon encrier d'encre violette !
mercredi 10 octobre
Poème

01 février 2007
Je me suis perdue un instant dans l'étendue de tes yeux noirs
Un petit bistrot à Paris
Comme avant, comme toujours.
Comment ai-je pu t'aimer autant ?
Tel un chat qui guette sa proie
Je guette un sujet de conversation,
Un mot, un geste, un regard,
qui me ramènerait l'espace d'un instant béni
au temps où suspendue à tes lèvres
j'en admirais le dessin.
Comment ai-je pu t'aimer autant ?
En deça de l'amour fou
du bonheur, de la douleur,
Je ne parviens pas à retrouver
la route tranquille et sereine
de nos trente ans d'amitié
Comment ai-je pu t'aimer autant ?
Non je ne retrouverais pas
ce que je suis venue chercher là
une fois de plus, une fois de trop
Ni l'ami, ni l'amant,
mais parfois peut-être le petit garçon
que j'aimais tant
mercredi 19 septembre
Soir d'été (partie 4)
Dans la voiture du retour une bande d'ados déchaînés (enfin 4 ados j'exagère) se tordent de rire, me questionnent, font des blagues salaces (ils font pas vraiment dans la dentelle ces petits djeuns !) Je les hais ! Je tente désespérement de les faire taire, j'ai besoin d'être seule là, de me remettre de mes émotions, d'y penser au calme...
Arrivée à la maison, je les jette (enfin je le ferais si je pouvais !) En clair ils descendent, je fais demi tour et je repars.
Me revoilà sur les routes de campagne qui serpentent. Je repasse devant le village, devant la maison de Marc, mais ce n'est pas le but. Je roule, doucement tout de même il y a des épingles à cheveux impressionnantes. Je ne vois pas les kilomètres. 15, 20 ? Je ne sais même pas quelle heure il est.
J'ai les jambes qui tremblent, un noeud dans le ventre, le coeur qui bat.
J'arrive dans un autre petit village. Je me gare sur la place. Un banc, une église, classique. Je prends mon portable. Une voix un peu étouffée : j'arrive !
Il arrive en courant me rejoint sur la place. Pourquoi je me retrouve en pleine nuit dans ce village. C'est une autre histoire dont je parlerais peut-être plus tard !
C'est un ami. Cette soirée a été riche en émotion car si ça fait un bout de temps que nous partageons beaucoup de choses lui et moi, j'ai l'impression que la relation, une vraie amitié, s'est installée vraiment ce soir là. C'était la première fois que nous parlions de choses aussi intimes. Encore un coup du destin. Je devais le rejoindre après la soirée, mais j'ignorais que la soirée serait si riche en événements !
Nous parlons. Je parle surtout. Ça me fait drôle de parler de mes émois, je ne peux en parler à personne et ça renforce mon impression d'avoir 18 ans ce soir ! Et comme le destin est bizarre ! Me retrouver là, en pleine nuit à parler avec un ami d'un flirt qui vient d'arriver ! J'avais besoin de cette balade en voiture dans la nuit, j'avais besoin de ce sas entre deux mondes. Après tant d'années à être plus mère que femme, je me croyais sur des rails...
Il me dit "il ne faudrait pas que tu deviennes sa maîtresse". Je réponds non. Je suis troublée bien sûr mais cela est du en grande partie au fait que ce genre d'aventures ne m'est pas arrivée depuis longtemps. Mais je ne suis pas amoureuse. D'autres m'ont marquée bien plus que Marc. "Si ça devait arriver, je crois que je passerais un bon moment et puis basta". Mais je doute que ça arrive !
Il me parle de lui aussi, de son ex. Nous parlons de nous aussi. La nuit est propice à ce genre de confidences. Nous nous aimons bien, nous avons des tas de points communs. Nous sommes toujours heureux de nous voir.
La dernière fois que j'ai du parler comme ça j'avais quel âge ? Pas de doute, j'entame une seconde jeunesse !
Je n'ai pas revu Marc. En fait je n'en avais pas trop envie. J'avais trop peur de le croiser avec sa femme. Comment aurions nous réagi ? Bien sûr nous aurions été capable de dire :
- les vacances se passent bien ? Tu es là jusqu'à quand ?
Mais bon tous ces non-dits, tous ces regards... C'est bon je préfère attendre l'année prochaine ! Je serais mieux armée, plus prête, ou alors je serais passée à autre chose !
lundi 17 septembre
Soir d'été (partie 3)
Donc je parle un peu à Marc et je le laisse. Je rejoins mes filles et leurs copains qui me bombardent de questions :
- c'est qui, c'est ton ex ? Il est marié ? Vas-y emmène le faire un tour derrière !
Je réponds à mes filles qu'elles rêvent, qu'elles arrêtent de vouloir me caser. Mais sans doute parce que je suis passée par la buvette, (et que je suis économique, deux verres me suffisent pour être gaie, mais pas au point de rouler sous la buvette quand même), donc ça m'amuse, je réponds. Ils insistent :
- regarde il est seul, c'est clair,si ça se trouve il a divorcé depuis l'an dernier !
Finalement lui et moi nous nous parlons une deuxième fois. Il me dit que sa femme est partie pour emmener un de ses fils je ne sais pas trop où. Puis ensuite je l'emmène voir mon frère et ma soeur. C'est la première fois depuis des siècles que je lui parle autant !
La soirée passe. Je danse, je me déplace, mes filles vont près de l'église pour discuter, je passe près d'elles, le copain de ma fille continue de me demander où j'en suis avec Marc.
Je n'avais rien prémédité. Je m'éloigne de la fête pour un besoin bien naturel. Je reviens et je le croise. Je lui demande où est sa maison. Nous descendons vers le village, une petite route qui descend vers la route principale. Sa belle soeur et son fils marchent à côté de nous quelques minutes. J'y fais à peine attention, pas plus que je ne remarque le moment où ils nous quittent.
Nous arrivons devant sa maison. Nous parlons. Puis nous parlons des autres maisons, celle là est à M. Machin, celle ci a été vendue. Puis chemin faisant, nous remontons une autre ruelle plus petite plus sombre, et il me montre l'arrière de sa maison, le jardin. Nous sommes derrière l'église.
Et bien vite je ne dis plus rien. Je ne sais plus quoi dire. Il me dit :
- quand on était jeune j'ai essayé de t'embrasser.
Je n'en suis pas si sûre. Je dis ah bon. Je ne sais vraiment plus quoi dire, nous nous faisons face. Il me dit : - en tout cas j'ai essayé quelque chose
- Je sais, j'étais jeune et stupide
Je ne me rends compte que plus tard que c'est un encouragement. Et ce qui devait arriver arrive : il m'embrasse.
Après je lui dis :
- tu vois il n'est jamais trop tard
En fait je serais presque prête à partir !
Voilà un baiser manqué il y a des années, un baiser rattrapé !
Il me dit : "maintenant je suis un homme marié".
Je réponds, "je sais je ne t'embêterai pas", et de nouveau je suis prête à tourner les talons. Je n'ai rien vu venir, mais je commence à être très troublée...
Mais il me tient pas la taille, il a du sentir que j'allais partir.
Et là j'ai 18 ans ! Je suis derrière l'église avec un garçon, nous nous embrassons loin des regards. Nous parlons un peu mais si peu !
Le temps passe doucement mais je suis de moins en moins à l'aise. Je pense à mes filles et à ma famille. Ils ne sont pas habitués à me voir disparaître (enfin pas si longtemps). J'entends des bruits de mobylette, les copains de mes filles sûrement.
Je lui dis que je ne suis pas à l'aise, que mes filles doivent me chercher. Il comprend. Nous contournons l'église et nous retrouvons à l'endroit où nous nous sommes croisés. Il me parle il me dit :
- je ne sais pas quoi te proposer. C'est dommage.
Puis : "j'espère qu'il y aura une prochaine fois !"
À son comportement, et en entendant ses mots je me dis que ça doit être la première fois que ça lui arrive. Nous marchons côte à côte. En bas de la descente ils sont tous là : mes filles, leurs copains, ma soeur mon frère. Je suis aussi gênée qu'une gamine surprise par ses parents !
Nous nous retrouvons tous ensemble, les copains de mes filles disent aurevoir. Marc dit bonne nuit à mon frère et à ma soeur. Je suis tellement troublée que j'avais presque oublié sa présence ! Mes filles sont mortes de rire !
Ensuite ma soeur me demande ce que je faisais dans le noir avec lui. J'explique qu'il me montrait sa maison. Elle trouve ça un peu bizarre mais bon !
Dans ma voiture j'emmène Athéna, Artémis, Martin et mon neveu. La soirée n'est pas fini ! Les jeunes ont décidé de m'embêter ! Ils ne vont pas se contenter de croire à la visite de la maison !
mercredi 12 septembre
Soir d'été (partie 2)
Nous voilà donc partis tous les trois en voiture. Mon ami Pierrick me fait des clins d'yeux, me donne des coups de coude, me regarde, pas la peine de parler, je comprends :
- hein il est bien mon frère non ? Tu veux pas sortir avec lui ? Ce serait chouette non !
J'étais (je suis) une rebelle. Je n'ai jamais beaucoup aimé qu'on me dise où aller et comment. Qui plus est je n'ai jamais compris ce besoin qu'ont les amis garçons de vouloir vous caser. Soit vous caser tout court (ils ont peur de quoi qu'un soir de pleine lune je leur danse la danse des amours comme si il était le dernier mâle sur terre ?). Soit vous caser avec leur frère, cousin, meilleur pote. C'est quoi ça, une façon de garder un oeil sur moi, des fois que j'ai envie d'épouser un australien et de partir avec lui !
Ce n'est pas le propos du jour mais il y a pire : l'ami qui vous présente un type improbable qui ne plairait à aucune femme normalement constituée ! Soit il n'a rien compris aux femmes, soit vous êtes vous même une femme improbable qui ne plairait à aucun homme normalement constitué !
Mais je m'égare ! Je veux en venir où ? Mon regard sur Marc le frère aîné aurait sûrement été différent sans les coups de coude de Pierrick. J'étais jeune je le rappelle.
Pendant que mon traître d'ami exhibe ses mollets poilus. Marc et moi nous parlons. Je ne suis ni aveugle, ni sourde, je vois les regards j'entends les compliments. Il est ingénieur, il me dit qu'il a rompu il y a peu avec son amie. L'appareil photo greffé à l'oeil je prends en photo mon ami. Marc discute photo il s'y connaît. Il me parle de la région, s'intéresse, me demande ce que je fais l'été.
Il est un peu maigre. Il n'est pas laid. Mais ça n'accroche pas, je reste sur mes gardes. Je le trouve aussi trop vieux, trop sérieux. Je sens quelque part le type qui veut s'engager dans une relation sérieuse. Moi je délire avec ma soeur et mes copains. Je ne suis pas prête et je suis bien chez mes parents. Car rappelons le je suis en vacances dans le Sud, mais j'habite l'île de France. Alors dans ma tête d'ado je me vois déjà tout quitter à sa demande... Et je freine des quatre fers !
La fin du match arrive. Je propose d'aller boire un verre. Mais Pierrick est invité par ses potes de foot. Du coup je me retrouve au café avec Marc. Nous continuons à parler. Les copains de ma bande sont là pas loin. J'aimerais bien les rejoindre. L'un deux vient me voir et me dire qu'il fait une soirée pour son anniv. Je suis contente, chouette !
Puis enfin Marc me ramène, après avoir récupéré mon vélo chez lui. Des années plus tard il me dira qu'il m'a raccompagnée chez moi comme si c'était un souvenir inoubliable. A tel point que je me suis souvent demandé si je n'avais pas perdu la mémoire en cours de route ! Se pourrait il qu'il y ait eu une autre occasion ? Une autre fois où il m'aurait raccompagnée ? Je ne sais pas quelque chose de plus marquant, plus romantique par exemple la nuit après une fête ?
Je ne l'ai pas revu des années durant. Le temps passe tout le monde se marie, a des enfants, on le sait par les parents. Seul Pierrick (marié deux enfants) est resté dans le village.
La relation n'a plus jamais été la même. On se dit des banalités, malgré mes tentatives pour avoir des conversations plus profondes. Du coup j'ai plus de choses à dire à ses frères qu'à lui. Jean Paul par exemple, je l'ai plus connu adulte que jeune.
Et Marc. Marc s'est marié a eu des enfants. Il est allé vivre quelques années à l'étranger et je l'ai revu avec deux enfants en bas âge. Marc a changé, il n'est plus maigre, beaucoup plus beau. Je connais sa femme qui a plus sympathisé avec ma soeur qu'avec moi. Sans doute parce qu'il dit à chaque fois qu'il m'a raccompagnée chez moi. On se voit tous les ans. Bonjour ça va, les enfants vont bien, et tes soeurs, frère, parents ? Il connaît le nom de mes filles, je sais celui de ses fils. Je le croise souvent une seule fois l'été, car il ne reste jamais bien longtemps chez ses parents. Et si je le croise deux fois, on a plus grand chose à se dire à part "ça se passe bien les vacances ?".
Il est vrai que je me suis souvent demandé pourquoi je ne lui avais pas donné sa chance à l'époque. Trop jeune, trop bête, qui sait ? Mais je ne le connais pas vraiment alors ce n'est pas un regret non plus !
C'est comme ça ce soir là. Il est seul et nous parlons plus que d'habitude. De loin je vois ma fille et son copain me faire des clins d'yeux, se donner des coups de coude ! Décidément rien ne change !
mardi 11 septembre
Soir d'été (partie 1)
On croit toujours que l'on est sur des rails, que le quotidien, les contraintes, les enfants ont pris le dessus. Je n'attends plus grand chose de mes soirs d'été à part passer un bon moment avec mes filles et ma famille.
Je souris en voyant mes filles se préparer pendant des heures avant de partir pour les bals de campagne. Je ris de ce qu'elles me racontent en rentrant dans la voiture, elles et leurs copains...
Mais je ne suis pas aigrie, loin de là ! Heureuse pour elles ! Heureuse qu'elles prennent la relève, c'est la vie !
Je suis loin de mes émois d'adolescentes, je crois que je ne vivrais plus d'émotions fortes. Enfin pas dans ces conditions en tout cas !
Et pourtant !
Un soir de bal. Je pars avec mes filles, Martin le Jules de mon aînée, un autre que nous emmenons. Puis ma famille, mon frère, ma soeur et leurs enfants, enfin leurs préados pour être plus précis. C'est le bal disco, celui de mon village. Ce n'est pas un des bals qui attirent du monde comme les festivals de rock ou les bals de certains villages mieux placés qui attirent les villes alentours.
Nous dansons tous, nous nous arrêtons à la buvette. Pas énormément de monde, ni d'ambiance. Je discute soit avec mes filles et leurs copains (d'autres les ont rejoint), soit avec ma famille.
Et voilà que je croise une connaissance. Il s'appelle Marc. Mais commençons par le commencement.
J'avais 18 ans. Ma soeur Camomille et moi allions régulièrement danser. Nous avions ainsi connu des garçons du village, des frères, Jean-Paul et Pierrick. Avec une nette préférence pour le plus jeune des trois (notre âge) Pierrick. Après avoir été le petit copain éphémère de ma soeur Camomille, Pierrick était devenu un ami et un confident pour nous deux. Nous connaissions un peu Jean-Paul, mais il venait moins souvent. Comme dans tous les villages, les jeunes gens quittaient leur parents pour la grande ville, pour étudier, travailler. Pierrick était encore chez ses parents. Ses deux frères étaient partis. J'avais appris qu'il avait un frère aîné, Marc que je n'avais jamais vu. Il avait 2 ans de plus que moi.
Pierrick et moi on s'écrivait toute l'année, il venait à Noël à Paris, ma soeur et moi passions le jour de l'an chez ses parents, bref un ami très proche.
Un jour de petites vacances, je crois que c'était à Pâques, j'étais allée en bicyclette chez Pierrick, (sans ma soeur j'ignore pourquoi). Il devait jouer au foot dans un petit village, et je devais aller le voir.
Son frère aîné que je n'avais jamais vu était chez lui. Marc. Il a semblé ébloui en me voyant, demandant à son frère cadet pourquoi il ne nous avait jamais présenté avant. Puis il a proposé de nous emmener tous les deux en voiture voir le match de foot...
